Sol Vivant 35 Cheminer ensemble vers l’agriculture de conservation

Terre-net Média

Le collectif Sol Vivant 35, créé en 2012, regroupe des agriculteurs d’Ille-et-Vilaine autour de l’agriculture de conservation des sols. Les membres du groupe alternent formations et journées d’échanges, afin de faire évoluer leurs pratiques et restaurer la fertilité de leurs sols. Ces changements complexes prennent du temps. Le collectif les aide à surmonter les difficultés, à se rassurer, à ne pas se décourager.

Sol vivant 35Les membres de Sol Vivant 35 se retrouvent sur leurs exploitations pour échanger et analyser collectivement leurs résultats. (©Sol Vivant 35)

La création du groupe Sol Vivant 35 a été impulsée au sein du Geda 35, en Ille-et-Vilaine, en 2012, pour une douzaine d’agriculteurs intéressés par l’agriculture de conservation des sols. Le groupe est animé par Charlotte Aymonde, du Geda, avec l’appui d’Adrien Boulet, délégué régional de Trame en Bretagne. En 2015, Sol Vivant 35 a obtenu la reconnaissance de Groupement d’intérêt économique et environnemental (GIEE). Aujourd’hui, le collectif regroupe 24 personnes dont 21 agriculteurs (quasiment tous éleveurs : bovins lait, porc, volaille, veaux de boucherie), une personne qui mène une thèse sur l’agro-écologie et un ancien formateur de la Maison familiale rurale de Fougères et son successeur. Ces derniers apportent au groupe un regard technique et scientifique et favorisent la diffusion des résultats dans d’autres cadres, notamment auprès d’élèves en formation agricole.

Restaurer la fertilité des sols

Le travail mécanique du sol induit un phénomène d’érosion et favorise le lessivage d’éléments (matière organique, nutriments, produits phytosanitaires) contribuant à dégrader la fertilité des sols et la qualité de l’eau. Le contexte de crise des filières d’élevage pousse également les agriculteurs à faire évoluer leurs systèmes pour plus d’autonomie fourragère et protéique. Face à ces constats, les objectifs des membres de Sol Vivant 35 sont de :

  • restaurer la fertilité des sols en faisant évoluer leurs pratiques culturales (par les trois piliers de l’agriculture de conservation des sols : couverts végétaux permanents, forte réduction voire suppression du travail du sol, et diversification maximale de la couverture végétale),
  • assurer la transition sans détériorer leurs résultats technico-économiques, en optimisant l’usage des intrants (engrais, phytosanitaires, carburant) et en améliorant les conditions de travail (étalement du temps de travail),
  • évaluer l’impact de l’agriculture de conservation des sols sur la performance globale de leur système, construire des références locales, et pouvoir partager les résultats avec les acteurs du territoire.

Depuis 2012, le groupe se réunit 6 à 10 fois par an et alterne journées de formations et journées d’échanges sur les exploitations de chacun. « Plusieurs formations ont été réalisées avec des intervenants externes, principalement des agriculteurs, explique Charlotte Aymond, comme Frédéric Thomas, en 2014, ou Joseph Pousset, en 2016. Fin 2016 et début 2017, les agriculteurs ont suivi une formation de six jours avec Konrad Schreiber, de l’Institut d’agriculture durable, qui brosse différents sujets : rappels sur le fonctionnement physico-chimique du sol, complexe argilo-humique, fertilisation, plantes compagnes, lutte biologique intégrée... »

En alternance avec ces journées de formation, les membres du groupe se retrouvent sur leurs exploitations pour échanger sur leurs expérimentations et analyser collectivement leurs résultats, à l’aide d’indicateurs qu’ils ont construits ensemble pour évaluer leur progression. « Certains, par exemple, explique Charlotte Aymond, ont testé différents niveaux de fertilisation sur des bandes de parcelles distinctes ou différents moments de fertilisation, d’autres ont mené des essais d’itinéraires techniques avec différentes modalités de travail du sol, enfin d’autres ont conduit des expérimentations sur le choix des couverts. Partager les résultats obtenus permet à chacun de progresser en inspirant de nouvelles idées à ses collègues de groupe. »

Des connections avec les autres réseaux sur l’agriculture de conservation des sols
Certains agriculteurs de Sol Vivant sont aussi adhérents des réseaux Apad (Association pour la Promotion de l’Agriculture Durable) ou Base (Biodiversité Agriculture Sol et Environnement). Depuis la création de Sol Vivant 35 en Ille-et-Vilaine, une association régionale a été créée en Bretagne pour promouvoir la conservation des sols : Sols d’Armorique.

Des analyses de sols et d’eau

De 2014 à 2016, l’opportunité d’un appel à projets de la Fondation de France a permis de mettre en place un partenariat avec le bassin versant de la Seiche, au sud-est de Rennes. Dans ce cadre, des analyses de sol et d’eau ont été réalisées chez quatre des agriculteurs du groupe Sol Vivant 35, afin de mesurer les bénéfices des pratiques liées à l’agriculture de conservation des sols. « Nous avons eu des résultats intéressants sur les reliquats d’azote dans les sols, mais les résultats sur l’eau n’ont pas été exploitables suite à des erreurs dans les paramètres mesurés. Ce projet avec le bassin versant a aussi permis de mettre en place quatre binômes entre des agriculteurs « parrains » déjà avancés dans l’agriculture de conservation des sols, et des « filleuls » souhaitant se lancer ».

En 2016, Sol Vivant 35 a postulé à l’appel à projets « Agriculture écologiquement performante » lancé par le Conseil Régional de Bretagne et a obtenu un soutien financier permettant d’approfondir le travail réalisé par le groupe Geda sur la période 2016-2019. « Ce nouveau financement va permettre de poursuivre les analyses de sols et d’eau, démarrées sur le bassin versant de la Seiche, chez d’autres membres du groupe, explique Charlotte Aymond. Le groupe va pouvoir aller plus loin dans le suivi et l’analyse croisée des expérimentations, retravailler les méthodes d’essai pour mieux décrire ce que les agriculteurs font et chercher des outils de mesure pour affiner les résultats. »

Des rythmes différents

« Une grande partie des agriculteurs du groupe vise le semis direct sous couvert vivant, explique Charlotte Aymond. Pour certains c’est déjà opérationnel, pour d’autres, il y a des étapes intermédiaires à franchir avant, car ils y voient des freins, par exemple, en termes de matériel ou de risque d’erreur. Certains ont besoin d’y aller par petits pas. Cette hétérogénéité n’est pas facile à accompagner en tant qu’animatrice. Parfois, lorsque nous organisons des journées d’échanges, ceux qui sont les plus avancés y voient moins leur intérêt. Cependant, ils partagent tous l’envie d’être ensemble pour progresser. Les agriculteurs manquent de références techniques sur l’agriculture de conservation des sols, le fait d’être en groupe leur permet de chercher collectivement des idées, de se rassurer, de se remotiver, cela fait du bien de ne pas être seul quand on doit prendre un risque. »

Les changements de pratiques et de systèmes nécessitent du temps pour se mettre en place. Les effets de ces changements se font aussi sentir à long terme : évolutions du fonctionnement biologique, physique et chimique du sol, effets sur les paramètres technico-économiques de l’exploitation comme la réduction de carburants, d’engrais, ou la qualité des productions. « Au niveau des résultats techniques, explique Charlotte Aymond, les agriculteurs poursuivent leur chemin chacun à leur vitesse. Sur les résultats humains, ils sont clairement confortés dans leurs pratiques, ils sont rassurés de faire partie d’un groupe. Enfin, économiquement, ce travail a eu des impacts positifs. L’année 2016 a été difficile, mais chez les membres de Sol Vivant 35, il semble qu’il y ait eu moins de casse que chez ceux qui pratiquent systématiquement le labour. »

Poursuivre le travail

Les agriculteurs du groupe souhaitent poursuivre le travail sur la partie fertilisation du sol. Il reste encore de nombreux sujets à travailler : l’utilisation du glyphosate et l’optimisation de l’usage des produits phytosanitaires, le matériel (investissement ou adaptation du matériel existant) ou encore la génétique (sélectionner les espèces et variétés les plus adaptées à des systèmes d’agriculture de conservation des sols) et derrière ces aspects techniques, l’envie de faire évoluer la réglementation actuelle, correspondant aux systèmes culturaux basés sur le labour, est également forte…

Rédaction : Agnès Cathala de Trame pour la revue Travaux & innovations. Geda 35 est la Fédération départementale des groupes d’étude et de développement agricole d’Ille-et-Vilaine. www.geda35.bzh. Elle compte 16 groupes pour 150 adhérents.
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