; La filière de transformation de graines bio en protéines se développe

Oléagineux bio Deux ans après son lancement, Oleosyn bio étend sa capacité de production

Antoine Humeau Terre-net Média

La filière de transformation de graines bio en protéines pour la nutrition animale et en huile de table créée par Terrena et Avril va construire une nouvelle ligne de trituration sur son site de trituration du nord Deux-Sèvres. Cela permettra de doubler la production de tourteau et huile de tournesol.

Usine Oleosyn bioDepuis le lancement de la production il y a deux ans, 60 000 tonnes de graines de soja, tournesol et colza ont été triturées sur le site de Thouars. (©Groupe Avril)

Deux ans après son lancement en pleine pandémie de Covid-19, le groupe Avril et la coopérative Terrena ont enfin inauguré leur site de production d’huiles et de tourteaux bio à Thouars (Deux-Sèvres), ce mercredi 29 juin 2022.

Dans cette ancienne usine de nutrition animale, 25 000 tonnes de graines de soja et 15 000 tonnes de graines de tournesol, auxquelles il faut ajouter 1 500 tonnes de graines de colza, sont triturées chaque année. Soit 40 000 tonnes au total, pour produire de l’huile à destination de la consommation humaine et du tourteau pour l’alimentation animale. Plus qu’une simple usine, Oleosyn bio est en fait une filière bio complète à partir de graines oléagineuses essentiellement françaises. « Historiquement, ce qui pilotait la trituration c’était la demande en huile, ici c’est la production de protéine qui est le driver de l’activité », met en avant le président de Terrena Olivier Chaillou. Le tourteau n’est plus un coproduit. Une fois nettoyées, les graines sont chauffées puis pressées selon un process de double pression, à froid et à chaud, pour concentrer la protéine dans le tourteau.

160 adhérents de la coopérative assurent une partie de l’approvisionnement en graines. Les tourteaux, à la sortie de l’usine, sont destinés aux éleveurs bio de Terrena et aux clients de Sanders, filiale du groupe Avril. L’huile bio, quant à elle, est valorisée auprès de divers opérateurs huiliers français et européens, dont Lesieur pour sa marque « Isio 4 bio ».

Doubler la trituration de graines de tournesol

Deux ans après son lancement, la production a dépassé les attentes : « L’outil devait arriver à saturation en 2023 selon nos prévisions, et il l’a été dès la première année », raconte Xavier Dorchies, directeur général délégué de Sofiprotéol, société de financement filiale d’Avril. Un troisième acteur, la coopérative vendéenne Cavac, vient donc rejoindre aujourd’hui Avril et Terrena pour un projet d’extension de l’usine d’un montant de 5,2 millions d’euros qui s’ajoutent aux 5,7 millions investis au départ. La ligne de trituration de tournesol bio (15 000 tonnes) va ainsi doubler, et «  renforcer le développement de surfaces oléagineuses bio sur le territoire du Grand Ouest ».

Le dossier est actuellement en cours d’instruction, le démarrage de la nouvelle ligne ne devrait pas commencer avant fin 2023. Pour la Cavac, « ce sera l’occasion de renforcer la production, côté éleveurs », prévient son directeur général Jacques Bourgeais.

Inauguration Oleosyn bioThouars, mercredi 29 juin. Olivier Chaillou, président de Terrena (à gauche) : « Historiquement, ce qui pilotait la trituration c’était la demande en huile, ici c’est la production de protéine qui est le driver de l’activité ».  (©Terre-net Média)

Contractualisation à tous les maillons

En réalité, Oleosyn bio n’assure que la moitié des besoins en tourteaux des éleveurs de Terrena. « Notre objectif est d’arriver à 68 % d’ici 2030 » table Olivier Chaillou. « Le simple fait de créer un tel outil, cela a un effet d’entraînement sur la production », s’enthousiasme Sophie Thouenon, directrice filières bio d’Avril. Dès la création du site de trituration, les surfaces de production de graines de tournesol bio ont doublé pour atteindre 3 600 hectares. Elles atteignent aujourd'hui 5 800 hectares.

La contractualisation est mise en place entre tous les maillons de la chaîne, producteurs, collecteurs, fabricants d’aliments, huiliers. Pour les agriculteurs, des contrats de trois ans sont passés, basés sur des prix minimums garantis. « La filière est rémunératrice, l’engagement de tous les acteurs profite aux premiers d’entre eux, les agriculteurs » claironne le président de Terrena.

15 % de graines de soja importées

Si l’objectif est de réduire l’importations de protéines dans l’alimentation animale des éleveurs bio, les graines ne sont pas toutes encore produites dans l’hexagone, en tout cas pour le soja. 85 % des graines de soja proviennent de France (essentiellement l’Occitanie), le reste provient de l’étranger. Olivier Chaillou « n’arrive pas à croire que l’on ne puisse pas produire de soja sur notre territoire ». En interne, des essais ont été faits, et les résultats semblent peu concluants à en croire le président de la coopérative : « Oui, on peut produire du soja dans l’Ouest, mais pas de façon économiquement viable, il faut de la température et de l’eau ». Et pourtant, « le soja français retrouve quelques couleurs parce qu’il n’a pas besoin d’azote », glisse Arnaud Rousseau, président d’Avril.

Quant au colza, qui représente une part infime des graines triturées dans l’usine de Thouars, le volume ne devrait pas progresser. La production de colza bio est très difficile. « Un travail est fait pour avoir des rendements et ne pas détruire entre le semis et la collecte, il y a des progrès, cela avance mais c’est difficile » constate Bertrand Roussel, directeur de l’activité bio de Terrena. De toute façon », on pense que c’est plutôt le soja et le tournesol qui seront surtout demandés, pour le besoin en protéines » argumente Xavier Dorchies.


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