Stockage des grains « Évaluer le risque et ne rien négliger pour prévenir les infestations »

Terre-net Média

Un insecte dans un tas de grains, ça peut paraître anodin. Sauf qu’il est le signe d’une infestation déclarée et d’un lot qui ne vaut plus rien. Heureusement, il existe une large palette d’actions de prévention, de détection et même de traitement. Le point avec Philippe Goujon, responsable technique, et Thibaut Karoubi, chef de marché, chez Bayer CropScience.

Stockage de la récolte à la ferme.Trois éléments doivent être surveillés chaque semaine pendant le stockage : l’activité des insectes à l’aide de pièges ou de sondes, la température des grains, l’humidité des grains. (©Bayer)

Protéger les grains stockés consiste à prévenir l’arrivée des insectes ainsi que des rongeurs dans leur environnement. Philippe Goujon, responsable technique chez Bayer CropScience, préconise « la mise en place d’un plan général de lutte contre les nuisibles, avec les insectes comme première cible ». Ceux-ci se différencient par le type de grains qu’ils parasitent et leur comportement.

Philippe Goujon, responsable technique chez Bayer CropSciencePhilippe Goujon, responsable technique chez Bayer CropScience (©Bayer) Les insectes primaires pondent à l’intérieur des grains pour que leurs larves s’y développent. Ils endommagent les grains et augmentent la température et l’humidité, favorisant le développement des insectes secondaires, des champignons et des acariens. Les principales espèces sont les charançons, capucins, bruches et alucites. Les insecticides sont inefficaces sur œufs et larves. En cas de traitement, ce n’est qu’une fois adultes, en se déplaçant dans le tas, que les insectes seront en contact avec le produit qui provoquera leur mort une fois la dose létale ingérée.

Les insectes secondaires, eux, se développent sur des grains endommagés, brisés, moisis, ou préalablement infestés par des insectes primaires, mais aussi sur la farine ou les poussières de grains. Ils pondent sur le grain, les larves se développent à l’extérieur. Les insecticides sont donc efficaces à tous les stades. Les principales espèces d’insectes secondaires sont les silvains, triboliums et plodia/ephestia.

Les acariens, enfin, sont beaucoup plus petits que les insectes (moins de 0,5 mm). Ils peuvent causer des dégâts importants et provoquer des réactions allergiques chez les humains et le bétail. Parmi les espèces nuisibles on peut citer le ciron de la farine (acarus siro) et l’acarien du colza (Tyrophagus putrescentiae).

« Les insectes, précise Philippe Goujon, sont déjà présents ou véhiculés par les différents moyens de transport des grains. Les conséquences sont des grains abîmés physiquement, éventuellement contaminés par des moisissures, et donc un lot déprécié. En effet, notamment pour l’export, un lot doit être « sain, loyal et marchand », soit indemne de tout insecte. Il s’agit d’une règle tacite du commerce international. Un lot infesté ne vaut plus rien. »

Tribolium ConfusumTribolium Confusum (©Bayer)

Le développement des micro-organismes et des insectes est influencé par la température, la teneur en eau, la durée de stockage. Et plus le silo abrite de grains, plus le risque d’infestation est élevé. « Là où les infestations sont détectées tôt, il est recommandé d’utiliser une combinaison de techniques comme le refroidissement, le nettoyage ou le séchage. La prévention passe par l’entretien des locaux avant entreposage de la récolte. »

Agir avant l'arrivée des grains

Des mesures doivent être prises avant l’arrivée des grains : nettoyer, vérifier et entretenir le matériel, les circuits électriques et mécaniques, contrôler l’état des murs et de la toiture, éliminer ou boucher les espaces poussiéreux où peuvent se cacher des insectes, dépoussiérer l’ensemble du silo, les cellules et les équipements de transport du grain, « en respectant quelques principes : nettoyer du haut vers le bas, utiliser une brosse et un aspirateur et non la soufflette qui disperse la poussière et les insectes, et évacuer rapidement les débris pour éviter une recolonisation ». Afin de détecter la présence d’insectes, placer des pièges dans les coins et dans les angles entre mur et sol, à intervalles de 4 à 5 m, et les vérifier régulièrement.

Thibaut Karoubi, chef de marché, de Bayer CropScienceThibaut Karoubi, chef de marché, de Bayer CropScience (©Bayer)

Dans certaines situations, il peut être nécessaire d’envisager l’utilisation d’insecticides liquides ou la fumigation. « La ventilation du tas et le contrôle de la température agissent comme une barrière physique contre les insectes. La lutte chimique, explique Thibaut Karoubi, chef de marché, de Bayer CropScience, consiste à traiter les parois des silos avant l’entrée des grains mais aussi à traiter le grain directement une fois stocké, cette dernière pratique concernant plutôt les organismes stockeurs. »

Dans tous les cas, le chef marché conseille de prendre en compte les facteurs de risque suivants pour « évaluer l’opportunité du traitement : silo à plat, métallique, poussiéreux, exposé sud, murs et bétons dégradés, ventilation insuffisante, température extérieure élevée, taux d’humidité et d’impuretés élevés, présence d’insectes l’année précédente, dans d’autres cellules ou dans les lots réceptionnés, durée de stockage de plusieurs mois ». En cas de traitement, les LMR doivent être respectées. « Il faut notamment veiller aux applications successives qui peuvent faire grimper les LMR et entraîner le refus du lot. »


© Tous droits de reproduction réservés - Contactez Terre-net

Tags

A lire également

Chargement des commentaires


Contenu pour vous