Ravageurs des cultures Evaluer le risque limaces à la parcelle

Camille Gauthier Terre-net Média

Pour tenter de réduire les infestations et mieux cibler la lutte, il est essentiel de savoir quels types de terrain, culture, parcelle, préparation de sol, précédent, interculture… favorisent les limaces. La mise en place de pièges est également un bon indicateur pour repérer les zones sensibles.

Granulés d'anti-limace dans le bléAttention dans un blé derrière colza. Celui-ci est un précédent favorable aux limaces. (©Terre-net Média)

Les enjeux pour Eric Monchablon, agriculteur à Erize-Saint-Dizier dans la Meuse sur 250 ha de colza et de céréales :

« Nous sommes dans une région où le risque limaces est très élevé. Sur les 250 ha de colza et de céréales que nous implantons chaque année avec mon associé, il y a toujours des parcelles où les limaces peuvent poser problème. Pour être sûr de bien les contrôler, j’anticipe la surveillance avant le semis. Si j’en détecte, j’interviens avec 3 kg/ha de Métarex Tds par exemple avant de semer le colza, dans les secteurs où j’ai repéré une forte présence du ravageur. De même, j’ajoute environ 1,5 kg/ha d’antilimace dans le semoir et, après le semis, je continue à suivre l’évolution des populations.

Il m’arrive de devoir intervenir à nouveau deux à trois fois si les conditions climatiques sont favorables aux limaces. J’applique entre 2 et 5 kg/ha de Métarex, en fonction du degré d’infestation. Le colza est la culture la plus sensible aux limaces, mais on peut aussi être fortement gêné dans les céréales d’hiver, et en particulier dans un blé après colza. Je surveille l’arrivée du ravageur dans une parcelle en installant des pièges que je prépare avec des sacs de papier plastifié. Je les pose sur le sol dans les zones à risque et je les relève tous les jours. Si je ne récupère qu’une ou deux limaces, je n’agis pas. Par contre, dès que j’en trouve entre cinq et dix, je déclenche une intervention.

Qualité de l'épandage

J’accorde également une grande importance à la qualité de l’épandage. C’est pourquoi j’ai acheté un épandeur spécialement conçu pour épandre de l’antilimace, le Spando Tds, que j’attèle à mon quad. Grâce au débit proportionnel à l’avancement, le Spando Tds assure un épandage régulier de l’antilimace sur toute la largeur et on ne retrouve pratiquement pas de granulés cassés. Il est également équipé d’un dispositif de gestion des bordures, très appréciable. Fini les granulés perdus sur les chemins ! »

L’avis des experts : Cetiom et Arvalis-Institut du végétal

Les limaces sont surtout nuisibles aux cultures au moment des semis et des premières semaines de vie des plantules, les années humides comme à l’automne 2013. Mais d’autres éléments peuvent favoriser ce ravageur et accroître la gravité des attaques, en commençant par la culture en place. « Une graine de colza ou de tournesol en germination est moins appétente qu’un grain de blé, explique le Cetiom. Mais contrairement aux céréales qui, attaquées au niveau des gaines foliaires, continuent à fonctionner et à se développer, le colza et le tournesol ne peuvent pas régénérer un bourgeon terminal ou un hypocotyle. » Ce qui explique pourquoi les attaques sont très préjudiciables aux deux cultures. Toujours selon le Cetiom, les plantules de colza et de céréales attirent les limaces, mais celles de tournesol moyennement.

Le rôle du travail du sol

Le type de sol joue aussi un grand rôle. « Les limaces s’abritent et se déplacent dans les anfractuosités, indique Arvalis-Institut du végétal. Ainsi, elles sont plus fréquentes dans les terrains argileux et motteux que sableux. » Dans les situations à risque, il est quand même possible de limiter les populations en essayant de casser les mottes, d’assécher un peu la terre ou de l’émietter, c’est-à-dire en jouant sur le travail du sol. Comme le souligne Arvalis-Institut du végétal, il peut être intéressant de « déchaumer juste après la récolte du précédent, pour éliminer les œufs et les jeunes limaces en les exposant à la sécheresse et aux blessures des outils. Un second déchaumage peut permettre ensuite d’agir sur les repousses et les nouvelles levées d’adventices, sources de nourriture pour les limaces. Le déchaumage freine le développement de ces ravageurs en maintenant le sol sec en surface. Le labour, lui, les enfouit en profondeur plus qu’il ne les détruit. Il retarde l’attaque sur la culture implantée juste après. De même, le roulage du sol diminue temporairement l’activité des limaces en surface. »

« Dans la mesure du possible, le semis doit être réalisé dans une terre fine, assez tassée et peu motteuse, avec une température et une humidité du lit de semences propices à une germination rapide et à une levée vigoureuse, insiste de son côté le Cetiom. Les parcelles fréquemment attaquées par les limaces, les rotations herbagères, le travail superficiel du sol, la présence de paille ou de résidus mal dispersés ou les successions de cultures d’hiver représentent des situations à risque. De même que les zones près des bois, les friches et les bas fonds. »

Attention aux rotations 

« Les rotations à base de colza, céréales et fourrages offrent nourriture et abri en continu aux limaces, note Arvalis-Institut du végétal. Le colza est le précédent le plus risqué. Les rotations avec des cultures d’été, qui laissent au contraire le sol nu, sans nourriture, au printemps, leur sont moins favorables. » Les intercultures sont aussi souvent montrées du doigt. « Les repousses, les adventices, les cultures intermédiaires procurent au ravageur humidité et nourriture », remarque l’institut technique. Mais toutes les cultures intermédiaires ne sont pas aussi appétentes pour les limaces. Selon une expérimentation menée par Arvalis-Institut du végétal à Boigneville en 2008 et 2013, l’intensité des attaques est forte dans les repousses d’orge, moyenne à forte dans le seigle ou le tournesol et moyenne dans les pois fourragers. Des couverts comme les vesce velue, féverole, moutarde ou moutarde brune, phacélie, gesse présentent en revanche un niveau d’attaque faible à très faible.

Pour bien connaître la pression des limaces à la parcelle et mieux cibler la lutte, il est indispensable d’évaluer le risque. Les instituts techniques conseillent pour cela de poser des pièges avant le semis en période humide. « Le piège constitue un abri obscure avec un microclimat humide qui attire les limaces à courte distance, précise Arvalis qui recommande de poser quatre pièges standardisés (50 cm x 50 cm) par parcelle, après les avoir humidifiés à saturation et sans placer d’antilimace dessous. « L’idéal, pour apprécier l’activité des limaces, est de mettre les pièges le soir et de les relever le lendemain matin avant qu’il ne fasse trop chaud, puis de les déplacer de quelques mètres à chaque relevé », ajoute l’institut. A noter : l’observation doit être poursuivie même si un traitement a été réalisé. Car comme le remarque le Cetiom, un nouvel épandage d’antilimace peut s’avérer nécessaire sur les parcelles fortement infestées.


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