Christian Fournier, agriculteur à Villers-Bretonneux (80) Jachères faune sauvage : « de l’alimentation et un abri pour l’hiver »

Bénédicte Normand Terre-net média

Quand la construction de l’autoroute A29 vient bouleverser son parcellaire, Christian Fournier, agriculteur à Villers-Bretonneux (80) décide de réagir. Le regroupement des parcelles et des chemins a un impact très négatif sur la faune sauvage. Pour préserver la faune environnante, il implante des haies en plus des jachères faune sauvage qu’il a déjà mises en place depuis une quinzaine d’années. Témoignage.


Christian Fournier (© B.N., Terre-net)

  • Sau : 210 ha
  • Céréales, cultures légumières, betteraves
  • 10ha de jachère faune sauvage
  • 4ha de haies, bandes d'interculture ou enherbées

Christian Fournier, agriculteur à Villers-Bretonneux (80), est très sensible à la préservation de la faune sauvage : « Je suis chasseur et cavalier randonneur. Je tiens beaucoup aux chemins enherbés et à garder la nature intacte ». Cependant, la construction de l’A29 mise en service en 2001 au bord des parcelles de l’agriculteur est venue changer la donne : « C’est l’autoroute qui a fait que nous nous sommes retrouvés avec un parcellaire reconstitué avec de grandes parcelles et des chemins regroupés. » Un remembrement lourd de conséquences : « L’impact sur le petit gibier est énorme avec les chemins goudronnés et le passage intempestif des voitures ».

2800m de haies

Christian Fournier décide alors de s’engager dans un contrat de 5 ans financé par le Conseil régional au sein de la démarche picarde "Gestions de territoire". Le contrat ne permet plus d’échanges de terre. Pour l’exploitant, ce sera la plus grosse contrainte, avec la perte de 20ha de pommes de terre dans son assolement.

Ce sont 2800m de haies dans le cadre du contrat et 250m volontaires supplémentaires qui sont implantés en un mois de temps fin février-début mars 2003. « Le problème lorsqu’on n’est pas propriétaire, c’est qu’il faut l’assentiment du propriétaire. Donc j’ai posé des haies uniquement sur mes terres en propriété pour ne pas avoir de soucis » explique Christian Fournier. « Ça prend du temps au niveau entretien. Nous avons choisi des essences pour petit gibier. Nous ne sommes donc pas sûr de pouvoir l’exploiter en chauffage. J’espère que j’en parlerai toujours positivement. Ça coûte plus cher que la subvention mais c’est un effort du Conseil régional. Sans rien, je ne pouvais pas le faire. La subvention représente 5.000€/an pendant 5 ans. Mais cela a un peu baissé maintenant » précise-t-il.

Pas de labour


Haies, bandes enherbées et bandes de maïs interculture
(© B.N., Terre-net)

Parallèlement, Christian Fournier a implanté des jachères faune sauvage depuis 1990. « J’ai toujours été motivé par la chasse. Sur les jachères, il faut broyer les repousses : cela fait beaucoup de dégâts. Au lieu d’être bénéfique, c’est un véritable carnage. Donc pour y pallier, j’ai mis des jachères faune sauvage. Cela procure un abri de l’alimentation et un abri pour l’hiver ». L’agriculteur sème également des bandes de maïs grain pour séparer les cultures et implante 120ha de moutarde pour couvrir les terres pendant l’hiver.

En général, les jachères sont tournantes : «  Nous essayons de les laisser en place d’une année sur l’autre pour habituer le gibier. Nous changeons à partir du mois de mars pour que la faune soit dans d’autres couverts et nous réimplantons au mois de mai. Légalement, nous pourrions à partir du 15 février mais je prolonge car je trouve ça trop juste. Je ne laboure jamais : je broie et je retourne pour qu’il reste toujours des débris végétaux. »

Un impact sur le petit gibier énorme

Christian Fournier a vu un impact réel de ses aménagements sur la faune sauvage : « Tout de suite, il y a eu une concentration de petit voire de gros gibier. Nous voyons réapparaître des passereaux que nous ne voyions plus. L’hiver, les bandes de haies et de petit maïs sont pleines de petits oiseaux que je ne connaissais plus. Avant, c’était tout nu à cette période, maintenant c’est joli à voir. » Mais le développement de la faune s’accompagne de celui des prédateurs, qu’il faut réguler.

Christian Fournier ne s’est pas impliqué seul dans le projet. Ainsi la motivation de son fils a compté dans la décision : « Mon fils est aussi chasseur. Il a un travail à l’extérieur mais s’il souhaite s’installer, il est prêt à suivre ce qui a été entrepris ». Les salariés de l’agriculteur ont également été impliqués et se sont pris au jeu : « Mes deux employés qui ne sont pas chasseurs ont été mis à contribution pour planter mais ils ne l’ont pas fait à contrecoeur. Ils prennent plaisir à observer le gibier. Ils sont convaincus que nous faisons quelque chose de bien. »


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