L'actu de Terres Inovia Colza : vigilance après les sulfonylurées au printemps sur précédent céréales

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Étant donné la séquence climatique particulièrement sèche du printemps et de l’été 2019 sur une grande partie du territoire français, et afin d’éviter tout risque de phytotoxicité sur le colza en raison de reliquats de sulfonylurées appliquées au printemps sur le précédent céréale et non dégradés, il est nécessaire de porter une attention particulière à ce scénario climatique.

ColzaPour une bonne dégradation du produit, il faut qu’il y ait eu, grâce à de bonnes pluies (proches des 100 mm sur un mois), une migration du produit dans le sol. (©Terre-net Média)

Les risques de rémanence sur le colza après l’utilisation d’inhibiteurs de l'ALS sur céréales sont liés aux produits utilisés.

- La propoxycarbazone-sodium (Attribut-Monolith) est la matière active la plus agressive et depuis de nombreuses années Bayer déconseille la culture de colza après son usage quel que soit le scénario climatique.
- Inversement, le pyroxsulame (Abak, Octogon) ou l’amidosulfuron (Gratil) ne devraient poser aucun problème vu la rapidité de leur dégradation. C’est en général aussi le cas avec le metsulfuron-méthyl et le tribénuron-méthyl. Cependant, les applications tardives de metsulfuron-méthyl (avril, contre le chardon par exemple) sur des blés à faible biomasse représentent un risque similaire à celui des herbicides à base de méso et iodosulfuron.
- L’expérience des années passées montre en effet que le iodosulfuron-méthyl seul ou associé au mésosulfuron-méthyl (Atlantis pro, Archipel Duo, Kalenkoa...(1)) et le sulfosulfuron peuvent poser de sérieux problèmes de rémanence sur les levées de colza dans les conditions de ce printemps.
- Enfin, envisager un semis de colza après un protéagineux de printemps (pois, féverole) semé début mars et désherbé avec Nirvana à 3 ou 4 l/ha est également risqué.

Les conditions de dégradation des substances actives permettent d’évaluer ce risque

Ces molécules à risque se dégradent dans le sol par activité microbienne. Cette activité est fortement dépendante de l’humidité, et donc de la pluviométrie printanière. Pour une bonne dégradation du produit, il faut qu’il y ait eu, grâce à de bonnes pluies (proches des 100 mm sur un mois), une migration du produit dans le sol de façon à ce que l’horizon où se trouve les substances actives soit moins exposé à la sécheresse. Dans cette zone, l’activité microbienne est présumée plus stable et la dégradation peut se faire de façon plus continue.

L’année de référence en matière de reliquats de sulfonylurées dans le sol au moment des implantations de colza reste 2004. En 2019, la pluviométrie suivant les applications (cumul du 1er mars au 30 avril) reste relativement faible (50 à 90 mm) notamment dans le centre de la France, en Île de France et en Normandie. Ce cumul est d’ailleurs en retrait en comparaison de l’année 2004. Cependant, le retour des pluies est marqué sur l’ensemble du territoire pour les mois de mai et juin ce qui devrait avoir favorisé les reprises de dégradation microbienne, avec des températures chaudes de surcroît. La Bourgogne marque un retrait par rapport au cumul pluviométrique de 2004 sur la même période, mais cette région a bénéficié de pluies plus abondantes sur les mois de mars et avril 2019.

En conclusion, au regard des précédentes campagnes, et à l’exception de petits territoires très marqués par la sécheresse sur ces deux périodes, le risque de reliquats de sulfonylurées entraînant de graves phytotoxicités sur les levées de colza nous paraît moyen.

Les facteurs aggravants

Les faibles pluviométries laissent les matières actives dans un horizon très superficiel. L'activité de dégradation est interrompue par intermittence à chaque période sèche. L'activité microbienne est réduite dans les sols au taux de calcaire actif élevé ou suite à un chaulage important. Les dates d’application tardives (ex : mi-mars) sont plus facilement soumises à la sécheresse tandis que la durée de la période de dégradation est moins importante.

Que faire pour limiter ce risque s’il existe ?

Avant tout, cette gestion doit être anticipée, et il est recommandé d’éviter d’appliquer une sulfonylurée antigraminées au printemps sur la céréale qui précède un colza et si cela est nécessaire, de viser une date d’application précoce (stade plus sensible, application avant la fertilisation azotée).

Afin de limiter les effets négatifs sur les colzas qui vont bientôt être implantés, certaines précautions peuvent être prises :

- Retarder la date de semis du colza n’est pas une solution. Retarder la date de semis vers le 20-25 août pourrait allonger la durée de dégradation de ces substances actives à la seule condition de rencontrer une pluviométrie estivale suffisante. Cependant, le risque ravageur est tel dans certaines régions (risque de mauvaises levées, levées tardives, non atteinte du stade 3-4 feuilles avant attaques des ravageurs etc..,.) que cette option n’est à réserver qu’aux parcelles en situation de risque phytotoxicité le plus élevé. Implanter son colza dans de bonnes conditions et avec les bonnes pratiques reste le principe de base à appliquer.

- Lorsque le labour est possible (limons), il est conseillé. Dans les autres situations, le labour reste une pratique à risque : préparation motteuse engendrant des échecs à la levée.
- Un déchaumage, le plus tôt possible va enfouir une partie de l’herbicide et stimuler la dégradation (cela fonctionne s’il y a une pluie suffisante avant ou après l’opération).
- Le travail profond (15-20 cm) est à privilégier tant qu’il respecte l’objectif final d’un bon lit de semence. Le colza démarre plus rapidement (vigueur) sur une plus grande profondeur d’horizon racinaire. Le risque d’exposition à la rémanence est alors plus limité.
- Une fertilisation localisée « starter » pourrait également favoriser la vigueur du colza et donc la détoxification.

Il est à noter que les variétés de colza Clearfield auront un tout autre comportement face à ce problème que les variétés classiques (meilleure tolérance aux inhibiteurs de l’ALS).

Enfin, le développement de la post-levée, notamment via l’herbicide Mozzar/Belkar, peut permettre de réaliser une impasse désherbage en prélevée. Dans les situations les plus à risque, ceci peut permettre d’éviter de cumuler une rémanence de sulfonylurées avec des substances actives de prélevée, parfois un peu agressives (ex : Alabama, Colzor Trio, etc..,.).

Quels symptômes au démarrage de la culture ?

Les symptômes peuvent être plus ou moins prononcés : perte de pieds, cotylédons disproportionnés, premières feuilles légèrement déformées avec réduction du limbe, apex plus ou moins réduit voire atrophié et rougissant. Arrêt plus ou moins prolongé de la croissance du colza avec risque de répercussion plus tardive.

(1) Atlantis Pro / Absolu Pro / Altesse Pro, Absolu Star / Atlantis Star, Archipel Duo / Olblak Duo / Auzon Duo, Tallit Star / Cossack Star / Chevalier Star, Pacifica Xpert / Inixio Xpert / Bocage Xpert, Kalenkoa / Biscoto / Diambo, Othello / Medzo

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