; Double activité : la SCEA Poullain a délégué la gestion de son exploitation

Double activité La SCEA Poullain (78) délègue la gestion de son exploitation à Agridomaine

Terre-net Média

Parce qu’elle doit aussi gérer son activité historique de pépinière et de jardinerie, la famille Poullain, installée dans les Yvelines, a fait le choix, en 2008, de déléguer totalement la gestion de son exploitation agricole à Agridomaine. Outre la conduite des cultures, cette entreprise spécialisée en gestion déléguée s’adapte aux différents souhaits d'évolution de l'exploitation.

Christophe Martin et Thierry De BeauvilléÀ gauche : Christophe Martin, gestionnaire d'exploitations pour Agridomaine, et Thierry De Beauvillé, associé de la SCEA Poullain et directeur général des jardineries. (©Terre-net Média)

Déléguer totalement la gestion des grandes cultures pour mieux développer une activité de diversification : voilà le choix peu commun qu’a fait la famille Poullain. Associé de la SCEA Poullain depuis une dizaine d'années, Thierry de Beauvillé revient sur l’historique de la ferme et les raisons de cette gestion déléguée : « La famille Poullain s’est installée sur les terres de La Queue Lez Yvelines (78) en 1929 ; puis mon grand-père, Bernard Poullain, a repris l’exploitation en 1936 et a décidé de diversifier son activité en cultivant des végétaux d’ornement à partir de 1946. » Au fil des années, la pépinière se développe, si bien que le groupe Poullain compte aujourd'hui 7 jardineries implantées en Ile-de-France et en Normandie.

Afin de se dégager du temps pour ses différentes activités, Bernard Poullain fait appel à un chef de culture pour gérer son exploitation. Une organisation qui perdure au fil des générations. Mais en 2008, au départ à la retraite du chef de culture, la famille Poullain réfléchit à externaliser cette activité. Une réflexion est alors menée au sein du GRCeta d'Ile-de-France (basé à Bazainville dans les Yvelines) dont ils sont adhérents et c'est ainsi que démarre l'activité d'Agridomaine. Rattachée au départ aux GRCeta d'Ile-de-France et de l'Evreucin, l'entreprise est devenue indépendante en 2018 et compte pour actionnaires les deux GRCeta à 50 % chacun.

De l'assolement à la récolte 

Elle continue toutefois à s'appuyer sur leur expertise technique et s'engage à « sécuriser les récoltes en quantité et en qualité tout en minimisant l'apport d'intrants ». La SCEA Poullain est ainsi la 1ère exploitation suivie par Agridomaine. Ce sont « nos yeux et nos oreilles » sur la ferme, explique Thierry de Beauvillé. 

En l'occurrence, il s'agit de ceux de Christophe Martin, l'un des trois gestionnaires d'exploitation de l'entreprise. Il supervise l'organisation de l'assolement jusqu'à la récolte, et s'arrête juste avant la commercialisation. Parmi les missions de la campagne : les tours de plaines, avec des comptes-rendus d'observations : « 34 en moyenne par campagne et par exploitation », précise Christophe Martin. En fonction, il prévoit et dirige aussi les différentes interventions, à réaliser par l'ETA. « On est le garant que tout se fasse correctement (délai, conditions de réalisation ou d'application, dosage, etc.). »

Semences, phytosanitaires, engrais... : le gestionnaire Agridomaine s'occupe également de toutes ces commandes et met en avant « une économie sur les intrants », grâce aux appels d'offres réalisés auprès de 7-8 fournisseurs à chaque fois. « Le prix est un élément de choix primordial bien sûr, mais ce n'est pas le seul, souligne Christophe Martin. Il faut, par exemple, prendre en compte les délais d'approvisionnement aussi ».

À côté, il suit toute la traçabilité réglementaire de l'exploitation via Geofolia : « tenue du carnet de plaine et validation, plan prévisionnel de fumure, dossier Pac, assistance aux contrôles, accompagnement des expertises climatiques ou déclaration des dégâts de gibier... ». Avec les prestataires ou avec les exploitants agricoles, la communication reste la clé de l'organisation, précise Christophe Martin. « On peut proposer les plans d'assolements, les itinéraires ou d'autres solutions techniques, mais tout est toujours décidé en concertation avec les choix de l'exploitant agricole. « On fait aussi 3 à 4 tours de plaine ensemble dans l'année pour faire le point sur ces différents sujets », ajoute Thierry de Beauvillé. 

Plus d'informations sur la SCEA Poullain :
- SAU : 146,2 ha
- Assolement de la campagne 2021/2022 : 60 ha de blé tendre, 7,7 ha de lentilles, 25 ha de maïs grain, 40 ha de colza, 7 ha d’orge d’hiver, 6,5 ha de betteraves fourragères porte-graines
- Types de sols assez hétérogènes : des limons, mais aussi des sols sableux et des sols très argileux selon les parcelles.
- Premier bilan de la moisson 2022 : « correcte dans l'ensemble pour le secteur ». 80 q/ha en blé tendre et 70 q/ha pour l'orge d'hiver, plutôt dans la moyenne, excepté une mauvaise surprise pour les blés sur blés (beaucoup de résidus de paille l'an dernier et des déchaumages compliqués, piétin-échaudage). Bons résultats en colza avec une moyenne de 38 q/ha. 

Diversification et semis direct sous couvert

Ça peut être l'occasion de parler diversification des cultures. Thierry de Beauvillé souhaite, par exemple, davantage s'orienter vers des cultures valorisables en local et notamment dans les jardineries du groupe. Ils ont ainsi démarré la culture de lentilles la campagne dernière. « Outre le suivi technique, c'est Christophe qui s'est chargé de trouver une solution pour la gestion post-récolte (tri, ensachage...) des graines. »

« Pour la prochaine campagne, on prévoit d'implanter du miscanthus (débouchage paillage en jardineries) et du lin textile. [...] À chaque nouvelle culture, Agridomaine nous propose une étude de rentabilité, cela donne des éléments de réflexion pour se décider », note l'exploitant agricole. Une autre évolution en cours concerne le travail du sol. Pour le moment, « on est plutôt en travail simplifié ou en labour pour les cultures de printemps, mais on s'intéresse au semis direct sous couvert pour une approche plus respectueuse des sols », indique Thierry de Beauvillé. 

PaysageEn premier plan, l'une des parcelles qui a été semée en direct sous couvert. Et c'est la parcelle au fond à gauche, à proximité des habitations, où devrait être implanté le miscanthus la campagne prochaine. (©Terre-net Média)

L'exploitant peut alors compter sur l'accompagnement d'Agridomaine sur le sujet. « Choix des couverts, apport de davantage de compost sur les parcelles : on écrit ensemble le plan d'action. » La conversion a été engagée dès les semis 2021 sur quelques hectares pour « se faire une idée tout en restant prudent ». Agridomaine est aussi intégré dans d'autres décisions de l'exploitation comme la réflexion d'un nouveau bâtiment de stockage ou le changement de prestataire de travaux agricoles. À noter : l'exploitant agricole signe un contrat avec Agridomaine et un autre avec son ETA. 

« Par les agriculteurs, pour les agriculteurs »

En comptant la SCEA Poullain, Agridomaine suit aujourd'hui 14 fermes, soit environ 3 100 ha. Parmi les clients de l'entreprise, des exploitants agricoles qui ont une double activité comme Thierry de Beauvillé, ou des personnes qui souhaitent se dégager du temps pour développer la vente directe par exemple. Face à certaines critiques du terrain, Christophe Martin insiste : « nous ne sommes pas là pour reprendre des fermes. Agridomaine a été créé par des agriculteurs, pour les agriculteurs. On adapte nos services en fonction des besoins. Certains agriculteurs délèguent la gestion d'un site distant, mais il peut y avoir aussi d'autres raisons ». Il cite notamment les accidents de la vie : « une exploitante a perdu son mari agriculteur et nous a sollicités pour gérer la période de transition pendant 2-3 ans ». Autres cas de figure : des futurs retraités qui souhaitent lever le pied tout en gardant leur exploitation dans l'attente de l'installation d'un enfant ou d'un petit-enfant, ou encore pour aider des jeunes à reprendre une exploitation en difficulté financière (appui pour la banque).

Concernant le côté économique, le coût de gestion par Agridomaine peut varier de 50 à 100 €/ha environ. « La construction du tarif se fait toujours avec le client, et va dépendre de la typologie de l'exploitation, de la surface, du type de terres et des cultures présentes dans l'assolement », précise Christophe Martin. 

La famille Poullain a toujours un lien important avec les GRCeta : c'est Bernard Poullain qui est à leur origine en 1944. Avec plusieurs amis agriculteurs, ils ont souhaité se réunir et mettre en commun leurs expériences et quelques moyens financiers, en vue d’essayer d’améliorer techniquement, économiquement et socialement leur exploitation. 

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