[Reportage] C. Dubois (70) « La volonté de réduire les produits phytosanitaires, c’est beaucoup d’essais »

Élisabeth Vetter Terre-net Média

Sur ses 127 hectares d’exploitation, Christophe Dubois nourrit l’amour du beau et du bien fait. Cet agriculteur, également à la tête d’un élevage laitier de 30 têtes, prône une agriculture à moindre impact environnemental en limitant l’usage des produits phytosanitaires. Rencontre.

Champ de blé tendrePour réduire son utilisation de produits phytosanitaires, Christophe Dubois s'est inspiré de certaines techniques de l'agriculture biologique. (©@bubu1664) Aussi loin qu’il s’en souvienne, Christophe Dubois a toujours vécu au rythme de la terre. « Une histoire de famille », souffle celui-ci. « Petit, j’habitai au pied de la ferme, au contact des animaux, et j’y ai vite pris goût », situe-t-il. Après avoir travaillé dans divers secteurs, cet enfant du pays reprend en 1991 la ferme familiale en tant que double actif. Un an plus tard, il est déjà à la tête d’une partie de l’exploitation (60 ha), avant de la gérer en totalité en 1994. Aujourd’hui, il cultive 127 ha et élève un troupeau laitier de 30 vaches avec deux salariés à temps partiel et l’aide de son frère Nicolas et de son épouse Frédérique.

Christophe DuboisChristophe Dubois (©Elisabeth Vetter)

Les couverts, puis la réduction de produits phytosanitaires

Avec cet amour de la nature, l’exploitant assume une approche « plus respectueuse » de ses cultures et de ses bêtes. « La diminution des produits phytosanitaires c’est un projet de longue date. Mais on a vraiment sauté le pas en 2010 », explique-t-il. Et de reprendre : « Nous avions commencé les couverts sur l’exploitation en 2003 pour éviter la propagation des adventices ». Ainsi, plutôt que d’avoir recours à des produits chimiques, Christophe Dubois optait, il y a 15 ans déjà, pour une option plus en adéquation avec l’environnement et la situation agronomique de chacune de ses parcelles. Le temps faisant, c’est en 2008 qu’il diminue réellement la dose de produits phytosanitaires, notamment au niveau du captage d’eau. « La certification Certiphyto a réellement permis de comprendre comment fonctionnait ce type de produit, en particulier pour l’usage de l’eau », révèle l’agriculteur. Avec cette certification, il obtient les connaissances nécessaires au dosage des phytos en toute sécurité tout en découvrant comment réduire leur usage. En 2018, pas moins de 27 hectares sont cultivés sans aucun traitement sur l’exploitation.

Pour les terres et les animaux

Afin que son troupeau de 30 têtes bénéficie du même traitement, il a développé des cultures associées pour l’alimentation de ses bêtes certifiées label rouge. « Pour que les cultures restent propres, nous avons associé l’orge, le pois ou encore l’avoine dans une démarche inspirée de l’agriculture biologique », explique l’éleveur. Après avoir obtenu de bons résultats, Christophe Dubois a appliqué cette pratique à d’autres parcelles. En découle une alimentation composée de plus de protéines. « Les animaux ne consomment pas de produits phytopharmaceutiques et sont moins malades. Une avancée dans cette démarche environnementale tant d’un point de vue économique qu’écologique », reprend-t-il. Dans le secteur de Champtonnay, en plus de l’exploitation de Christophe Dubois, quatre agriculteurs tentent de diminuer l’usage de produits phytosanitaires et certains sont passés en agriculture biologique.

En respect du dispositif Dephy

Christophe Dubois sélectionne avec choix les cultures qu’il ne traitera pas. Parmi elles, 8 hectares de cultures de vente de soja ou encore de l’avoine associée utilisée en couvert. Des alternatives vers lesquelles il s’est orienté après plusieurs tests. « La volonté de réduire les produits phytosanitaires implique beaucoup d’essais », avoue-t-il. Il bénéficie d’un petit coup en intégrant le réseau des fermes Dephy en 2011, qui rassemble des exploitations agricoles ayant adopté des techniques économiquement, environnementalement et socialement performantes pour limiter l’utilisation de produits phytosanitaires. « L’année passée, j’ai même intégré le groupe de travail sur l’agriculture bio », indique l’agriculteur. Il reprend : « C’est pas mal de travail et beaucoup de la technique pour laquelle on a pas forcément le matériel ». Ainsi, en un à trois passages d’une traditionnelle herse plate de 6,30 m, il entretient son soja. Il utilise également une mousseuse ou encore une bineuse pour ses autres parcelles. Des stratégies de désherbage mécanique qui depuis lors, ont fait leurs preuves.

Le réseau des fermes Dephy, en quelques mots

Comme 1 900 autres, l’exploitation agricole de Christophe Dubois fait partie du réseau des fermes Dephy. Le but ? Réunir des groupes de travail autour de la volonté commune de réduire l’usage des produits phytos. Ce, grâce à l’appui de différents acteurs locaux tels que les chambres d’agriculture, les communes, les coopératives, ou encore d’autres réseaux tel que celui des Civam (Centres d’initiatives pour valoriser l’agriculture et le milieu rural).

Pour les exploitations agricoles, des grandes cultures à la viticulture en passant par les espèces tropicales, c’est un appui de taille pour mettre en place un système de culture moins gourmand en phytos tout en étant performant économiquement.

Le projet Dephy, c’est l’un des axes développé par l’État en 2008 dans le cadre du plan Ecophyto qui vise à diminuer l’utilisation des produits phytos pour une agriculture véritablement plus performante. Dirigé par le ministère de l’agriculture, le plan s’accompagne d’outils tels que le Certiphyto, la création d’un réseau de fermes pilotes ou encore le contrôle régulier des pulvérisateurs.


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