L'actu de Terres Inovia Légumineuses associées au colza : gèleront ? gèleront pas ?

Terre-net Média

Le semis de colzas associés à des légumineuses gélives a montré un regain d’intérêt en 2017, y compris dans les régions où le thermomètre descend moins fréquemment sous la barre des 0°C… Et ce mois de janvier a bénéficié d’une exceptionnelle douceur, c’est le plus chaud jamais enregistré sur la période 1900-2018 !

Colza associé à des légumineuses Colza associé à la lentille (très sensible au froid) et à la vesce (moins sensible). (©Terre-net Média)

Les gelées ont été anormalement rares, y compris dans le nord-est du pays. Même si dans certains secteurs, les quelques froids de novembre et début décembre ont impacté le développement des légumineuses, force est de constater que les plantes gélives ne disparaissent pas aisément ! Les prévisions météo pour février affichent des températures nettement à la baisse.

Toutes les légumineuses ne tolèrent pas de la même manière le froid hivernal

La lentille, le fenugrec, la gesse, les variétés mono-coupe de trèfle d’Alexandrie sont les plus sensibles : elles terminent leur cycle et se dégradent pendant l’hiver même en l’absence de gels prononcés. Les vesces, même les variétés les plus précoces, et la féverole de printemps sont moins sensibles au froid. Les vesces non détruites peuvent exercer une concurrence importante vis-à-vis du colza. Les féveroles non détruites exercent généralement peu de concurrence quand le peuplement est inférieur à 10 pieds/m² mais peuvent occasionner de la gêne à la récolte.

Cas particuliers, les légumineuses pluriannuelles utilisées comme couvert semi-permanent (trèfle blanc, violet, incarnat, luzerne, lotier, etc.) sont peu sensibles au gel.

État des lieux de la situation pour les féveroles  

La féverole associée au colza fait partie des espèces particulièrement en vogue cette année du fait de ses atouts agronomiques et de ses effets souvent avantageux pour la conduite culturale et les performances du colza. Du fait de difficultés pour trouver des semences de féveroles de printemps ou par choix, certains ont utilisé des féveroles d’hiver, peu sensibles au gel.

Plusieurs cas sont observés :

Féverole détruite Féverole détruite
Féveroles détruites : noires dès le début de l'hiver (à gauche) et devenues noires en décembre/janvier (à droite) (©Terres Inovia)

Les féveroles sont détruites ou partiellement détruites. Elles peuvent être noires dès l’entrée hiver : il s'agit dans la plupart des cas de semis très précoce (début août voire avant). Les plantes au stade avancé ont facilement gelé ou ont dépéri du fait de l’arrivée de maladies (botrytis…) en novembre généralement. Ou alors elles sont devenues noires en décembre / janvier : généralement détruites par les gelées et/ou après application de Ielo ou de Callisto appliqués en bonnes conditions. Que faire ? Dans ces situations, aucune intervention n'est justifiée à ce jour. Il faut surveiller les redémarrages du pied.

Féverole saine Féveroles avec signes de phytotoxicité
De gauche à droite : féverole verte et saine (©Terres Inovia) et féverole tassée, montrant des signes de phytotoxicité (©CA 14)

Les féveroles ne sont pas détruites. Soit elles sont vertes et saines si aucun évènement naturel (gel) ou intervention herbicide n’ont atteint la légumineuse. Soit elles sont tassées et montrent des signes de phytotoxicité (décoloration noirâtre en bords de feuilles et sur tiges, jaunâtre au cœur) après application de Callisto. Dans les régions les plus douces, cette intervention semble ne pas avoir suffi. Que faire ? Un rattrapage avec un herbicide est conseillé dans les situations suivantes (voir les modalités dans le tableau ci-dessous) :

  • si la densité des féveroles est > 10 plantes/m²
  • s'il s'agit de féveroles d’hiver (qui vont être rapidement concurrentielles avec le colza)
  • si l'on ne souhaite pas avoir de féveroles au printemps (concurrence avec le colza et difficultés de récolte). Dans le cas où la densité des féveroles est de moins de 10 plantes/m² et que l'on accepte leur présence au printemps, il est possible de faire impasse sur cette intervention de rattrapage.

Les légumineuses gélives sont encore là ? … Attendons au moins le 15 février

Des gelées suffisamment marquées (- 3 à - 5°C) peuvent survenir au mois de février (comme indiqué sur les cartes ci-dessous) et ont été atteintes ces derniers jours dans plusieurs régions de France. En effet, les conditions météo actuelles et annoncées pour les prochains jours affichent des températures à la baisse. Il est donc nécessaire d'attendre au moins la mi-février voire début mars pour prendre une décision de destruction par voie chimique.

Carte montrant le nombre de jours avec atteinte de température inférieure à -2 degrés au mois de février sur les 20 denières annéesCarte montrant le nombre de jours avec atteinte de température inférieure à -4 degrés au mois de février sur les 20 dernières années

Cartes réalisées par Météo France montrant le nombre de jours avec atteinte de température inférieure à - 2 degrés (à gauche) et à - 4 degrés (à droite) pour le mois de février sur les 20 dernières années. (©Terres Inovia)

Couverts permanents à surveiller également

Dans les situations avec des légumineuses pérennes associées au colza (trèfle violet, trèfle blanc), installées pour couvrir le sol après la moisson, une surveillance de l'état de la végétation est également recommandée. Dans certaines conditions, plutôt rares, ces légumineuses peuvent en effet concurrencer le colza au printemps. N’oublions pas : le colza d’abord ! Il convient donc d’être attentif au début du mois de mars, en observant la dynamique des légumineuses pérennes. Un trèfle développé et vigoureux, suspecté de concurrencer fortement le colza, pourra ainsi être régulé.

Destruction chimique avec Lontrel SG : le dernier recours

Attention : ces applications risquent de détruire également les légumineuses utilisées comme couvert semi-permanent (trèfle blanc, violet, incarnat, luzerne, lotier, etc.).

Modalités :

  • Intervention possible à partir du 15 février (date réglementaire), entre les stades élongation de la tige et boutons floraux visibles.
  • Utilisation limitée à une application de 0,174 kg/ha tous les deux ans, fractionnement possible.
  • Les doses peuvent être modulées selon l'objectif recherché (se reporter au tableau ci-dessous)
  • Conditions d’application optimales : hygrométrie supérieure à 60 % et température supérieure à 12 °C.
  • Évitez les périodes d'amplitude thermique supérieure à 15°C. Le temps doit être poussant. Il ne doit pas pleuvoir dans les 4 h suivant l'application.

Tableau des doses de Lontrel SG à appliquer en fonction des objectifs Terres Inovia indique les doses de Lontrel SG en fonction de l'objectif poursuivi (©Terres Inovia)


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