Stockage à la ferme Les raisons d’investir

Camille Gauthier Terre-net Média

L’éloignement de son organisme de collecte, le souhait d’alloter sa récolte, la volonté de garder la liberté de commercialisation de ses céréales jusqu’au bout… Les raisons qui poussent les agriculteurs à stocker chez eux leurs productions peuvent être multiples. Une fois la décision prise, reste à choisir entre le stockage à plat ou en cellules.

Stockage à platStocker sa récolte à la ferme a un coût et ne s’improvise pas. (©Terre-net Média)

« Comparé aux dix dernières années, les agriculteurs semblent à nouveau vouloir investir dans le stockage des céréales à la ferme et ce, pour plusieurs raisons », souligne Etienne Losser, ingénieur d’études au pôle stockage des grains chez Arvalis-Institut du végétal.

« En France, nous avons globalement un déficit de capacité de stockage et les organismes stockeurs manquent souvent de place. Il est aussi plus facile d’alloter chez l’agriculteur lors de la moisson, en isolant la récolte d’une variété donnée dans une cellule, que de le faire chez le collecteur. Les agriculteurs, qui stockent chez eux, participent alors à l’effort collectif pour accroître les capacités de stockage et améliorer l’allotement. »

Pas d’attente à la moisson

« Les producteurs choisissent aussi de stocker leurs céréales à la ferme pour rester plus libres quant à leur commercialisation. Ce n’est pas forcément vrai, mais ils estiment qu’ils pourront ainsi mieux valoriser leur production et mieux profiter des hausses du marché. Un sentiment qui se développe suite à la forte augmentation de la volatilité ces dernières années. »

« Par ailleurs, des agriculteurs stockent leur récolte sur l’exploitation car celle-ci est trop éloignée des silos de leur organisme stockeur. A l’inverse, d’autres exploitent des parcelles plus proches du site de collecte que de leur propre corps de ferme. »

« Enfin, les débits des chantiers de récolte se sont beaucoup accrus, ce qui conduit parfois à l’engorgement des points de collecte. Pour éviter les files d’attente à la coopérative ou chez le négociant, certains exploitants préfèrent stocker chez eux. Quoi qu’il en soit, le stockage à la ferme a un coût et ne s’improvise pas, au risque de voir son capital se dégrader et donc se déprécier. »

A plat ou en cellules

Une fois la décision prise de stocker ses céréales, encore faut-il choisir le type d’installation. Le montant de l’investissement est bien sûr à prendre en compte.

Une étude conduite par Arvalis-Institut du végétal montre que pour de petites capacités, 150 t par exemple, investir dans un stockage à plat ou en cellules, entièrement équipé dans les deux cas, revient pratiquement au même, 137 €/t(1) pour le stockage à plat et 147 €/t(1) en cellules. En revanche, à mesure que la capacité de l’installation augmente, le stockage à plat devient de plus en plus compétitif : 143 €/t(1) contre 235 €/t(1) en cellules. (1) Coûts réactualisés en 2014.

Sachant que dans l’étude d’Arvalis, le stockage en cellules permet d’automatiser aussi bien les opérations de remplissage que de vidange et surtout l’évacuation du grain (présence de manutention). Les cellules offrent aussi la possibilité d’intégrer un nettoyeur à grain qui facilite le passage de l’air de ventilation.

La température mieux suivie en cellules

Sur le plan purement pratique, les deux modes de stockage présentent des avantages et des inconvénients. « Le stockage à plat revient en général moins cher et est plus modulable, explique Etienne Losser. Le hangar avec dalle en béton peut servir à autre chose, hors période de stockage. Construire des cellules verticales mobilise une certaine surface dans les corps de ferme que l’on ne peut pas réutiliser entre deux saisons. »

La gestion du stockage diffère également selon les installations. « Les cellules permettent de mieux suivre la température des grains avec la présence, par exemple, de capteurs tous les mètres, précise l’ingénieur. Les céréales sont aussi refroidies plus facilement par ventilation. »

« Gérer le refroidissement est souvent plus fastidieux en stockage à plat : il faut creuser des caniveaux dans la dalle béton ou installer des gaines de ventilation hors sol. Les premiers étant plus pratiques mais plus chers que les secondes qui, elles, compliquent le déchargement des bennes puis la reprise des grains au télescopique et au godet. Il faut veiller à passer entre les gaines pour ne pas les abîmer. »

Ne pas abîmer la dalle béton

Lorsque la dalle béton est réemployée entre deux périodes de stockage, quelques précautions s’imposent. « Si elle accueille du matériel, attention aux chocs et aux rainures. Et aux fuites d’huile ou de graisse qui souilleraient le sol et donc la récolte suivante », remarque aussi le spécialiste d’Arvalis.

Concernant les temps de travaux et la praticité, les jours d’entrée et de sortie des céréales, les deux modes de stockage semblent équivalents. « Vider la remorque sur une dalle béton et la reprendre au godet ne mobilise pas plus de temps et de personnes que la vider dans une fosse, les céréales étant ensuite acheminées vers la cellule via une vis sans fin. » Reste à assurer un stockage de qualité, en prenant toutes les mesures nécessaires pour refroidir correctement les céréales.

Jean-Pierre Bouchet, agriculteur à Orveau-Bellesauve dans le Loiret : « Les cellules exploitent mieux l’espace »

« Je stocke chez moi l’ensemble de mes récoltes de grains car je suis en agriculture bio et ma coopérative Biocer est trop éloignée de l’exploitation. Je dispose aujourd’hui de 350 t de capacité de stockage répartie en deux aires de stockage à plat de 125 et 60 t et le reste en sept cellules différentes.

Notre assolement comprend des cultures assez diversifiées : du blé, du lin oléagineux, des lentilles, de l’orge de brasserie, de l’avoine à flocon, des féveroles et des semences sous contrat. C’est pourquoi j’ai opté pour de petites installations. Je produis l’équivalent de 200 t de semences par an, qui ne restent que quelques jours en cellule, le temps de constituer un lot. Comme la station de semences de l’Union de coopératives à laquelle adhère Biocer est à quelques kilomètres seulement de chez moi, les lots peuvent être livrés facilement. La cellule dédiée aux semences est ainsi remplie et vidée à plusieurs reprises en cours de campagne.

Je n’ai pas de préférence particulière pour l’un ou l’autre des modes de stockage. Si ce n’est que le stockage à plat prend finalement un peu plus de place. Les cellules sont installées dans un bâtiment assez haut, ce qui permet de mieux exploiter l’espace, alors qu’à plat, le stockage est limité à 3 m. Je cultive 110 ha, dont 35 à 40 % de luzerne chaque année. A plat, je n’aurais pas assez de capacité de stockage pour l’ensemble de ma récolte. »

Un article extrait de Terre-net Magazine n°37.

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