Maïs Quels sont les leviers à actionner au champ pour lutter contre les mycotoxines ?

Bénédicte Normand Terre-net média

A partir de juillet ou octobre 2007, les limites maximales de teneurs en mycotoxines entreront en vigueur pour le maïs destiné à l’alimentation humaine. Cette nouvelle réglementation deviendra une condition d’accès au marché. Quelles sont donc les techniques à mettre en œuvre au champ pour préserver la qualité sanitaire du grain ? Explications avec Bertrand Carpentier, ingénieur Arvalis.

Pour en savoir plus :

Mycotoxines - Bruno Barrier-Guillot, Arvalis : «L’application de la réglementation devient une condition d’accès au marché»   

A partir de juillet ou octobre 2007, le règlement UE 856/2005 imposera des limites réglementaires pour les teneurs en toxines de Fusarium (Don, zéaralénone et fumonisines) du maïs grain destiné à l’alimentation humaine. Les seuils proposés par la Commission européenne, à savoir 1750μg/kg de Don, 200μg/kg de Zea et 2000μg/kg de fumonisines, sont encore en discussion. Face à l’apparition de symptômes de Fusarium de plus en plus fréquents et à sa nouvelle réglementation, les agriculteurs vont devoir agir sur tous les leviers à leur disposition pour limiter le développement des fusariotoxines.

Arvalis a mis en place un réseau d’enquête avec une soixantaine de parternaires pour identifier les causes du développement des fusarioses sur épis et des mycotoxines au champ. Ce sont près de 1600 enquêtes parcellaires qui ont été réalisées depuis 2003. Elles ont permis d’identifier des facteurs de risques pour les différents types de fusariotoxines : Don et Zea d’un côté et fumosines de l’autre.

Climat : un rôle prépondérant


x (© B.N., Terre-net)

Le premier facteur de risque concernant les Don et Zea sur maïs est le climat. Il est suivi par la date de récolte et le décalage de cycle, la sensibilité variétale, la gestion des résidus de récolte et enfin la présence de foreurs et une hygrométrie excessive à l’automne. La hiérarchie des facteurs de risques est différente pour les fumonisines. Si le climat joue toujours le rôle primordial, c’est ensuite les foreurs qui occupent une place importante. Arrivent ensuite la date de récolte et le décalage de cycle, la sensibilité variétale, le stress hydrique, la topographie et l’hygrométrie et pour terminer, les blessures des épis.

Quelque soit le type de fusariotoxines, le niveau de risque est très lié aux aléas climatiques. Le climat est déterminant, tant en terme d’espèce de fusariose que d’intensité. La pluviométrie lors de la sortie des soies et l’alternance sécheresse-humidité procurent des conditions favorables aux fusarioses, de même que l’hygrométrie après la floraison et à l’automne.

4 leviers à actionner

C’est l’accumulation des facteurs qui amplifie le risque de développement des mycotoxines. Les agriculteurs peuvent jouer sur 4 leviers pour préserver la qualité sanitaire du grain : la date de récolte, la gestion des résidus de récolte du maïs et le travail du sol, la protection contre les foreurs et le choix variétal.

La maîtrise des dates de semis et de récolte est primordiale, elle s’accompagnera d’un choix de précocité variétale adaptée à la zone de culture : « Il faut faire attention au décalage de cycle. Le risque augmente significativement après le 1er novembre. C’est une date charnière » précise Bertrand Charpentier, ingénieur Arvalis. Les semis précoces sont aussi à favoriser : « Ils présentent moins de risque que les semis tardifs même à date de récolte égale » d’après Bertrand Carpentier.

Une date charnière

Une grille de décision

Arvalis vient de publier une grille d’évaluation qui permet d’identifier et de classer les itinéraires techniques selon un risque croissant d’apparition des mycotoxines. Elle prend en compte les différents facteurs prédisposants : foreurs, date de récolte, gestion des résidus et sensibilité variétale. Le but de cette grille est de repérer les situations à risque pour ensuite pouvoir agir en prévention.

En complément, Arvalis a réalisé une hiérarchisation de la sensibilité variétale à développer des mycotoxines. Ce sont ainsi 243 variétés qui ont été évaluées.

La gestion des résidus de récolte passe par un broyage fin. L’objectif est de réduire la taille des résidus - pour accélérer la dégradation et limiter l’inoculum - et de perturber les foreurs. « Un broyage et un enfouissement dans les 5 cm procurent un bon travail » commente Bertrand Carpentier.

Les foreurs sont le facteur principal de risque de fumonisines. Ils créent des galeries dans les épis qui constituent des portes d’entrée aux infections de Fusarium. La gestion des résidus fait partie des mesures à prendre pour maîtriser ces insectes. Ils nécessitent une surveillance accrue et une lutte adaptée par bassin de production. « Ce sont des actions à mener dans une dimension collective : celui qui ne traite pas met en péril tout le reste » insiste l’ingénieur.

Enfin, le choix variétal doit être raisonné. En effet, les observations d’Arvalis (cf encadré) confirment l’effet variétal dans le risque de développement des mycotoxines.

 

 



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