Colza Mobiliser toutes les armes contre la hernie des crucifères

Bénédicte Normand Terre-net média

La hernie des crucifères est provoquée par le parasite Plasmodiophora brassicae. Maladie typique des zones tempérées, elle attaque de nombreuses crucifères et même des mauvaises herbes non crucifères. La lutte fongicide n'offre aucune réponse efficace. Louis-Marie Allard, du Cetiom Dijon, évoque les solutions à mettre en oeuvre pour lutter contre la hernie des crucifères.

La hernie des crucifères se manifeste par des déformations de racines qui vont de quelques renflements à une véritable excroissance du pivot formée d’un amas de galles pouvant atteindre 2 cm de diamètre. Les plantes flétrissent aux heures les plus chaudes de la journée, puis rougissent et vont jusqu’à dépérir. « La confusion est possible avec le charençon galicole. Si la gale est blanche et spongieuse, il s’agit de la hernie. Dans le cas du charençon galicole, il y a présence de galeries et de larves. » explique Louis-Marie Allard.

La hernie des crucifères affecte l’ensemble des cultures crucifères – colza, moutarde noire, navet - mais également les adventices crucifères comme la capselle bourse à pasteur ou la sanve - ou non crucifères comme l'agrostide ou l'oseille. La nuisibilité de ce pathogène est élevée précise Louis-Marie Allard : « Pour l’agriculteur les pertes de rendement peuvent aller de quelques quintaux au retournement de la parcelle en cas d’attaque précoce et intense. Pour l’organisme stockeur, la perte se traduit par une diminution de la teneur en huile de 1,8 points à 3,8 points. Enfin pour l’organisme de transformation, l’augmentation de la teneur en chlorophylle des graines de colza de 7,3 à 17,2 ppm engendre un surcroît de travail pour décolorer l’huile. »

Deux variétés résistantes sont disponibles

Comment savoir si une parcelle est contaminée ?

  • Le test se réalise au printemps en pots, avec du chou chinois, un témoin très sensible.
  • Prélever un échantillon de terre dans des pots (même technique de prélèvement que pour une analyse de sol)
  • Semer 4 à 5 graines de chou chinois
  • Arracher les plantules 6 semaines après la levée
  • Observer l’absence ou la présence de galles sur les racines
 

Louis-Marie Allard propose quelques précautions à adopter pour ne pas infecter une parcelle : « Un sol bien drainé et pourvu d’une bonne structure limitera les risques. Les excès d’eau prolongés favorisent la maladie. Les sols à faible stabilité structurale et sensibles à l’hydromorphie déterminent des situations à risque ». Il recommande également d’être prudent sur l’origine des effluents épandus : « Si vous épandez du fumier, veillez à ce qu’il ne provienne pas de troupeaux nourris aux déchets de légumes infectés par la hernie. En effet, le transit animal ne détruit pas l’agent pathogène. » Enfin, le nettoyage des outils ou équipements provenant d’un champ contaminé est nécessaire pour éviter la propagation de la maladie.

Si la parcelle est déjà contaminée, d’autres mesures sont à envisager : augmentation de la durée de rotation sans crucifères à 5 ans, gestion des repousses et des mauvaises herbes et suppression des Cipan à base de crucifères au profit des céréales. Louis-Marie Allard explique les raisons de ces mesures : « Beaucoup de cultures et de mauvaises herbes sensibles peuvent servir de réservoir à l’agent pathogène  et engendrer un nouveau cycle. » Le développement de la hernie du colza est favorisé par des sols acides. Dans ces cas, le chaulage permet de diminuer la pression de la maladie en créant des conditions défavorables à son développement. Aujourd’hui, la résistance variétale offre une réponse aux problèmes de hernie du colza. Deux variétés commerciales résistantes sont disponibles : Mendel et Tosca. Cependant, la résistance portée par ces variétés n’est pas efficace vis-à-vis de tous les pathotypes, d’où un risque rapide de contournement.


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