Recul intentions de semis, sécheresse... Nette baisse des surfaces de colza pour la campagne 2018/2019

Terre-net Média

D'après les dernières estimations Agreste, la sole de colza enregistre une baisse de 23,6 % sur un an. Suite à la sécheresse subie, la situation est très hétérogène en fonction des régions (et même à l'intérieur des régions) : de - 10 à - 70 % par rapport à la surface habituelle. Les conditions douces et le retour des pluies depuis fin octobre ont toutefois permis une amélioration de nombreuses parcelles.

ColzaLa sécheresse qui a touché les régions productrices de colza a empêché les semis ou gêné les levées. (©Terre-net Média) Selon les dernières estimations d’Agreste, service statistique du ministère de l’agriculture, la sole de colza s’établit à 1 228 milliers d’hectares au 11 décembre 2018, soit une baisse de 23,6 % sur un an et de 18,8 % par rapport à la moyenne 2014-2018. Au plus bas depuis 2005, ces chiffres sont basés sur des données du 1er décembre 2018.

« À la moisson, les intentions de semis étaient déjà à la baisse, à cause des rendements moyens et des prix pas forcément au rendez-vous », explique Nicolas Latraye, ingénieur régional Hauts-de-France chez Terres Inovia. De plus, « la sécheresse qui a touché la majorité des régions productrices a empêché les semis ou gêné les levées », souligne Agreste. La pression ravageurs a également été très importante.

De - 10 à - 70 % par rapport à la surface habituelle selon les régions

Dans les Hauts-de-France, la baisse des intentions de semis couplée aux problèmes de levées et d’insectes (dont les noctuelles terricoles) ont entraînés une diminution d'environ 10 à 15 % des surfaces, estime Laurent Jung, ingénieur Nord-Est chez Terres Inovia. Bilan quasi similaire en Normandie et Île-de-France, avec des problèmes de levées très marqués dans le Sud de l'Essonne et les Yvelines notamment. En Champagne-Ardennes, la baisse des intentions de semis représente, à elle seule, - 10 à - 15 % de la sole de colza habituelle. Et parmi les semis réalisés, « la moitié des colzas se portent très bien, 25 % sont dans un état moyen mais ont bien récupéré depuis la fin octobre (et le retour des pluies) et 25 % restent incertains, il faudra attendre la sortie hiver pour juger. En tout, la surface de colza pourrait être réduite d'environ 35 % par rapport à la moyenne habituelle », ajoute Laurent Jung.

La situation en Alsace-Lorraine ou en Bourgogne-Franche-Comté est également très compliquée. Là encore, les conditions de sécheresse ont retardé les semis et perturbé les levées. Pour la Lorraine, « il devrait manquer environ 50 % de surfaces en colza ». En Bourgogne-Franche-Comté, les levées se sont étendues « jusque fin septembre » et de nombreux colzas ont subi « de fortes attaques d’insectes (dont la mouche du chou) », précise Laurent Jung. « Si la situation ne se rétablit pas avec le temps, le manque pourrait être d’environ 70 %. »

Pour la région Centre-Val de Loire, « l’absence de pluies significatives » a également pesé sur les semis de colza, « au sud de la Loire, dans les sols argilo-calcaire », présente Julien Charbonnaud, ingénieur régional Terres Inovia. « La surface de colza est estimée à 60-70 % de la surface habituelle, mais certaines zones ne dépassent pas 10 à 20 % ! »

Des assolements modifiés

Suite aux retournements ou aux non-semis de colza, de nombreux agriculteurs ont dû changer leur stratégie. Parmi les cultures gagnantes : orge de printemps, blé, tounesol, pois de printemps, pois d'hiver ou féverole d'hiver, comme le présente Gilles VK sur sa chaîne Youtube. En cette « année très spéciale », l'agriculteur du Loiret a retourné 80 % de ses surfaces de colza, au profit du blé, de féveroles d'hiver et de maïs. « Seuls les premiers colzas semés ont marché et certains en TCS », commente l'agriculteur. 

Pour les agriculteurs ayant remplacé le colza par une céréale d'hiver, l'institut technique Terres Inovia appelle à la vigilance. À cause des conditions très sèches, cette année n'a pas permis de faire de faux-semis « pour gérer les graminées très présentes (ray-grass, vulpin...) la campagne précédente. La situation pourrait donc être explosive ». « Le maintien de cultures "têtes de rotation" est essentiel. Les cultures de printemps permettent également d’activer de bons leviers agronomiques dans la gestion des graminées dans la rotation ».

Attendre la sortie hiver pour les colzas en place

Depuis fin octobre, le retour des pluies et les conditions douces dans de nombreuses régions ont cependant permis « une évolution plutôt positive » de nombreuses parcelles, assure Laurent Jung. Même certains colzas, encore chétifs, pourraient alors se rétablir. Il faudra « attendre la sortie hiver pour déterminer la suite, tout dépendra des conditions hivernales ».


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