L'actu d'Arvalis Pourquoi une telle pression JNO en 2019/2020 ?

Terre-net Média

La jaunisse nanisante de l’orge (JNO) a été responsable d’importantes pertes de rendement en céréales à paille sur la récolte française en 2020. Retour sur une année favorable à cette virose et sur les enseignements à retenir pour limiter son incidence au cours des prochaines campagnes.

Pucerons Les dégâts de JNO ont rarement été aussi visibles lors de la campagne 2019/2020. (©Arvalis-Institut du végétal)

À l’automne 2019, des sols d’abord trop secs, puis trop humides, ont réduit le nombre de jours disponibles pour les implantations et retardé une partie des semis de céréales d’hiver. Une bonne proportion a néanmoins pu être semée à des dates proches de la normale (50 à 60 % selon les espèces en moyenne nationale). Les semis se sont poursuivis en novembre, voire décembre dans beaucoup de régions, parfois sur des surfaces très significatives.

Des conditions favorables à la présence de pucerons et à la multiplication du virus

Quelle que soit la période de semis, la plupart des parcelles a finalement rencontré des conditions favorables à la présence de pucerons entre la levée et la fin du tallage. Les infestations ont rarement été exceptionnelles en termes de pourcentage de plantes habitées, mais la présence de pucerons a été notable à la fois sur la fréquence de parcelles concernées et sur la durée. Une fois les parcelles colonisées, les pucerons ont bénéficié de conditions particulièrement douces à partir du mois de décembre 2019 pour se multiplier, se disperser et transmettre le virus aux plantes.

Une fois le virus transmis par les pucerons, ce sont les conditions climatiques qui agissent sur sa multiplication dans les plantes. La période chaude rencontrée au cours de l’hiver 2019-2020 a été particulièrement favorable à une croissance continue des plantes et à la multiplication des virus.

Evolution des températures mini et maxi de septembre 2019 à février 2020Evolution des températures mini et maxi de septembre 2019 à février 2020 (©Arvalis-Institut du végétal) 

Ecart à la moyenne 1999/2018 des températures enregistrées entre octobre et mars de la campagne 2019/20Ecart à la moyenne 1999/2018 des températures enregistrées entre octobre et mars de la campagne 2019/20 (©Arvalis-Institut du végétal)

Les premiers signalements de JNO ont été très précoces en début d’année 2020, avec des cultures d’orge retournées pour laisser la place à une autre culture. Si dans la plupart des situations, les symptômes n’étaient pas encore visibles, ceux-ci sont apparus sur des surfaces plus ou moins importantes selon les régions au fil du développement des stades de la culture et de façon concomitante à l’exposition de la plante à d’autres stress d’ordres climatiques et alimentaires (eau, azote). Au cours du printemps 2020, les épisodes de stress se sont enchaînés. À chaque nouvel épisode, de nouvelles parcelles révélaient des symptômes de viroses…

Une chute des surfaces protégées à l’automne

La campagne 2019-2020 se caractérise donc par des conditions climatiques atypiques et favorables à la multiplication du virus et à l’expression des symptômes de viroses. Ce n’est cependant pas le premier hiver sans période de froid et les dégâts de JNO ont rarement été aussi visibles.

L’évolution des pratiques mises en œuvre pour lutter contre les pucerons peut aussi expliquer l’ampleur des dégâts. Les surfaces protégées à l’automne 2019 ont été exceptionnellement faibles, avec seulement 12 à 15 % de surfaces traitées en blé tendre contre 50 % il y a 5 ans. En orge d’hiver, 85 % des surfaces bénéficiaient d’une protection contre les pucerons il y a encore 5 ans contre près de 35 % en 2019 (en additionnant les surfaces de variétés tolérantes - qui ne nécessitent pas de traitement contre les pucerons - et les surfaces protégées à l’aide d’un traitement insecticide).

Evolution des surfaces protégées contre les pucerons à l'automneEvolution des surfaces protégées contre les pucerons à l'automne. Cliquez sur l'image pour l'agrandir. (©Arvalis-Institut du végétal)

Des solutions efficaces mais pas suffisamment mises en œuvre

La protection contre la JNO ne se fait plus au semis depuis le retrait du traitement de semences à base d’imidaclopride (Gaucho, Ferial, Nuprid), mais il existe encore des solutions pour protéger efficacement les céréales à paille contre cette virose. Qu’il s’agisse de la tolérance variétale en orge d’hiver ou de la lutte insecticide à l’aide d’une application d’un produit de la famille des pyréthrinoïdes, ces solutions ont confirmé leur intérêt technique dans les essais réalisés par Arvalis en 2019-2020.

Encore fallait-il pouvoir les mettre en œuvre ! Certes, la surveillance des pucerons n’étaient pas très favorable (conditions pluvieuses ou à forte couverture nuageuse) mais leur présence avait bien été observée dans les parcelles dans les réseaux de surveillance. Les conditions météo ont également été peu engageantes pour l’application d’une protection insecticide en végétation à l’automne compte tenu du nombre de jours de pluie et des quantités de précipitations au cours du mois de novembre. Il y a bien eu quelques jours de gelées mais le sol gorgé d’eau a fait office de tampon thermique et le froid n’a pas atteint les pucerons. Il était donc indispensable de réaliser une intervention insecticide, même tardivement (au retour des beaux jours fin novembre / début décembre) dans les parcelles où des pucerons étaient présents.

Pour ceux qui n’ont pas pu intervenir pour des raisons de portance des sols ou ceux qui ont attendu - en vain - des températures suffisamment négatives pour refroidir le sol, les pucerons sont le plus souvent restés dans les parcelles jusqu’à la fin du printemps. Le mal était fait depuis l’automne car le virus avait déjà été transmis aux plantes et s’était multiplié au cours de l’hiver exceptionnellement chaud.

Pour une parcelle donnée, il est très difficile d’estimer les pertes imputables à la JNO car celles-ci ont été plus ou moins amplifiées par les conditions agronomiques (difficultés d’implantation de la culture) et les stress abiotiques subis par la culture. Compte tenu de la variabilité des situations qui caractérise la campagne 2019/2020, il est compliqué d’évaluer l’impact précis de la JNO à l’échelle du territoire, même s’il a été exceptionnellement élevé sur la production nationale de blé tendre et d’orge d’hiver.


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