Témoignages sur la qualité des sols Préserver la structure tout en cultivant des pommes de terre et des betteraves

Yann Kerveno Terre-net Média

[Témoignages d'agriculteurs] Privilégier la qualité du sol quand on produit de la betterave ou de la pomme de terre ressemble à une équation à douze inconnues comme il y a douze travaux d'Hercule. Pourtant, des pistes se font jour et les expérimentations se multiplient.

Benoît LeforestierBenoît Leforestier teste l'association du pois et de la pomme de terre pour valider d'éventuels effets sur la structure du sol et le rendement. (©Benoît Leforestier)

Débarqué en France voici quelques années, le strip-till s'utilise en maïs et en colza avec succès. Aujourd'hui, des producteurs de betteraves et de pommes de terres tentent d'adapter la technique sur ces cultures a priori peu favorables. Si des solutions semblent à portée de main sur la betterave, c'est plus compliqué sur les pommes de terre. « En betterave, la dent travaille sur vingt centimètres pour créer une fissuration favorable à la croissance de la racine. C'est intéressant, parce que cela permet de maintenir la portance du sol entre les rangs », explique Victor Leforestier (Sly). Il estime qu'ils sont aujourd'hui une centaine de producteurs à avoir adopté cette technique qui permet de mieux préserver la structure du sol.

« Le cas de la pomme de terre est plus complexe puisque de la finesse du sol dépend l'aspect de la racine. Il faut former des buttes et éviter de créer des mottes. Cet impératif de finesse nécessite de nombreux passages d'outils et comme on enlève tout à la récolte, il n'y a pas de résidus. » Installé en pays de Caux, une région où l'érosion est une problématique importante et sensible, le père de Victor, Benoît Leforestier, fait partie d'un groupe d'agriculteurs qui mènent des expérimentations depuis de longues années autour de la conservation des sols. Des essais ont notamment été menés sur la taille du tamisage de la terre pour les cultures de pommes de terre.

Travail du sol et plantes compagnes

« Nous testons les effets d'un tamisage plus gros sur la qualité des sols et sur la taille des tubercules. » Mais la piste la plus prometteuse en termes de conservation de la structure des sols est celle des plantes compagnonnes. C'est à dire la mise en place des cultures associées. « Dans nos essais, nous avons semé des pois, à la main, puis nous avons planté des pommes de terre, pour voir s'il y a un effet sur la structure du sol et les rendements. » Dans cette région aux sols de très bonne qualité, mais très battants, la question intéresse l'ensemble de la filière, des semenciers jusqu'à l'aval, Pom'Alliance et Lunor… Une filière qui cherche également à éviter les critiques souvent émises quant aux méthodes de culture et à l'érosion tout en ayant à répondre à des cahiers des charges toujours plus exigeants en matière de protection de l'environnement. « Ce que nous craignons, c'est que la culture de la pomme de terre soit interdite dans certaines micro-régions », précise Victor Leforestier. La solution qui sera développée devra en tout cas être fiable, très fiable… « C'est une culture à forte valeur ajoutée, on n'a pas le droit de se planter », justifie Benoît Leforestier.

Strip-till en betteraves.Passage du strip-till dans un couvert de phacélie, trèfle et radis. (©Romain Joly)

Encore du travail de développement en betterave

Dans la Marne, Romain Joly s'est converti au strip-till en 2011 après s'être longuement renseigné sur les forums, notamment auprès de confrères expérimentant la technique aux États-Unis. « Cela fait un moment que je m'intéresse aux questions liées à la simplification du travail du sol et notamment au strip-till utilisé en maïs. J'ai fini par acheter du matériel aux États-Unis parce qu'il me semblait faire du meilleur travail que ce que nous pouvions trouver ici », explique-t-il. Il a fallu adapter la machine, initialement prévue pour le maïs en modifiant l'écartement pour la betterave, puis se lancer. « La première année, tout s'est super bien passé. Nous avons été suivi par l'ITB et nous avons eu plus de rendement et une bien meilleure portance du sol à la récolte. » Les conditions météo n'ayant pas été favorables, principalement du fait de trop d'humidité, les années suivantes, 2012 et 2013, ont été décevantes. « Nous n'avons pas pu travailler correctement en strip-till, la structure des sols n'était pas bonne, nous avons perdu 5 à 6 tonnes à l'hectare », témoigne Romain Joly.

Mieux localiser l'engrais

Une perte non compensée par les économies liées à la simplification du travail. Mais Romain continue de chercher en dépit des obstacles rencontrés. « Un des intérêts du travail en bande c'est naturellement de n'intervenir que sur la ligne. Cela permet aussi de localiser l'engrais au plus près des plantes. Mais nous avons découvert un effet secondaire que nous n'avions pas anticipé. Si l'année est humide, l'engrais va se dissoudre de manière assez homogène dans le sol et le chevelu racinaire sera limité. En année sèche, la plante va produire beaucoup de radicelles pour aller chercher l'engrais moins bien réparti. Ce n'est pas dramatique, mais on récolte plus de terre. »

Levée des betteraves en strip-tillLevée des betteraves après un travail du sol au strip-till. (©Romain Joly)

« L'an prochain, nous allons tester le semis d'une féverole en inter-rang et un couvert de phacélie et de trèfle sur la future ligne de betterave. Avec un système racinaire bien développé, ces deux plantes devraient préparer le sol correctement. » Histoire de mettre tous les atouts de son côté et d'obtenir les mêmes satisfactions qu'avec le déploiement de cette technique sur ses colzas. « J'obtiens deux à trois quintaux de plus qu'avec les techniques classiques. » Le chemin est encore long pour ces cultures, mais la foi des expérimentateurs se nourrit de leur conviction qu'il y a bien quelque chose à trouver pour y parvenir !


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