L'actu d'Arvalis Stockage des pommes de terre : satisfaire les marchés et l’environnement

Arvalis-Institut du végétal Terre-net Média

Trois sujets d’actualité replacent la conservation des tubercules dans l’évolution réglementaire et environnementale : l’inhibition de la germination, les fluides réfrigérants et la gestion énergétique des bâtiments.

Pommes de terre à la récoltePour des tubercules récoltés précocement et destinés à une conservation réfrigérée en palox, l’agriculteur peut chercher à récolter aux températures les plus fraîches : un gain sur la température moyenne des tubercules se traduit par des économies en électricité. (©Terre-net Média)

La pomme de terre passe plus de temps en bâtiment qu’en terre. Le stockage s’inscrit donc complètement dans son itinéraire technique et doit répondre aux enjeux réglementaires, environnementaux et technico-économiques.

Par exemple, pour inhiber le processus physiologique inéluctable de la germination, il existe aujourd’hui quatre substances antigerminatives qu’il est possible de combiner entre elles et avec l’effet température. La germination peut en effet être retardée par une conservation à basse température mais celle-ci ne suffit généralement pas, notamment pour limiter le phénomène dit de « sucrage de basse température ». Pendant longtemps, le chlorprophame (Cipc) est resté le seul produit disponible. Il impose notamment de ne stocker aucun autre produit agricole dans le bâtiment où il a été appliqué. Avec l’homologation en 1992 de l’hydrazide maléique (applicable en végétation) et, plus récemment (2010 et 2011), de l’huile de menthe verte et de l’éthylène, les producteurs disposent désormais d’un choix élargi permettant d’adapter le choix du produit aux contraintes de la mise en marché des tubercules comme la teneur en résidus dans les pommes de terre. Les deux solutions les plus récentes sont aussi autorisées en agriculture biologique. L’huile de menthe est appliquée par thermo-nébulisation dans le bâtiment, à intervalles réguliers au fur et à mesure de la réapparition des germes.

La cadence peut être réduite si la culture a été traitée avec de l’hydrazide maléique. Le mode d’action de l’éthylène est différent : il ne détruit pas le germe mais, en tant qu’hormone végétale, il limite son apparition puis son élongation et peut bien compléter l’action du froid en stockage réfrigéré.

Du nouveau pour les frigos

Depuis plus de vingt ans, les fluides frigorigènes subissent les pressions liées à la sauvegarde de la planète : lutte contre la disparition de la couche d’ozone initialement puis, aujourd’hui, lutte contre le réchauffement climatique. L’accord informel signé le 16 décembre dernier entre les différentes institutions européennes sur le nouveau règlement F-Gaz amorce cette nouvelle étape. Il pourrait entrer en vigueur dès janvier 2015. Il propose un gel des Hfc (hydrofluorocarbures) puis leur réduction progressive avec des quotas d’attribution. Il interdira certains équipements utilisant des Hfc dès 2020 et exigera la traçabilité des équipements à gaz fluorés importés dans l’UE. La nature d’autres mesures est encore en attente comme la taxe payable par les producteurs de frigorigènes. Cette réforme impose d’être vigilant sur le choix du fluide frigorigène, tout particulièrement en détente directe, mais elle donne aussi un regain d’intérêt à la détente indirecte utilisant l’eau glycolée. La quantité de fluide mise en œuvre est en effet alors réduite car le circuit du réfrigérant est plus court. Cela tout en élargissant le choix de fluides car il est possible d’évaporer à plus basse température pour refroidir le fluide frigoporteur.

Récolter aux heures les plus froides

Autre axe d’action, le stockage est un des premiers postes de consommation d’énergie primaire avec l’irrigation : dans l’approche « empreinte carbone », il représente de 30 à 40 % de ces consommations, liés à 80 % à l’électricité consommée. Pour les réduire, plusieurs types d’action sont envisageables dès la récolte. Ainsi, pour des tubercules récoltés précocement en période estivale et destinés à une conservation réfrigérée en palox, l’agriculteur peut simplement chercher à récolter à des températures les plus fraîches possible : un gain de 4°C sur la température moyenne des tubercules se traduit par des économies de… 20 % en électricité ! Pour cela, l’arrachage doit démarrer tôt à très tôt le matin et être suspendu l’après-midi. Dans le même esprit, le refroidissement en stockage réfrigéré devra rester raisonnable et se limiter à 4,5°C pour les pommes de terre destinées au marché du frais afin de réduire l’ampleur du refroidissement à mettre en œuvre.

D’une manière générale, les équipements frigorifiques étant plus énergivores que la ventilation froide utilisant l’air extérieur, il y a intérêt à disposer d’une option de ce type. De plus, pour ne pas gaspiller les frigories introduites dans le stockage, l’isolation du bâtiment constitue un autre levier d’action efficace. Enfin, pour optimiser les échanges thermiques entre les tubercules et l’air froid introduit dans le stockage, deux pistes sont possibles : optimiser le passage de l’air à l’intérieur des palox stockés en les installant avec des couloirs d’aspiration ; limiter la vitesse d’air dans les stockages en vrac une fois le séchage achevé en utilisant des régulateurs de fréquence ou des ventilateurs à variateur électronique intégré.

Rédaction : Michel Martin (Arvalis-Institut du végétal)

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