Bas volume V. Franquet, Agri-Conseil : « C’est la moitié du temps de gagné »

Terre-net Média

Depuis dix ans, Vincent Franquet, à travers Agri-Conseil, délivre formations et conseils sur la réduction de dose et la technique du bas volume, communément appelée "méthode Franquet" tellement elle est marquée de son empreinte.

Bas volumeLes motivations de ceux qui approchent le bas volume ont changé. (©Terre-net Média)

Terre-net Magazine (Tnm) : Depuis tout ce temps, n’en avez-vous pas assez de parler de bas volume ?

Vincent Franquet (VF) : Non, pas du tout. Et puis le public a changé. Au départ, les motivations étaient plutôt d’ordre économique. Aujourd’hui, les pressions environnementales prennent le relais. Les clients d’Agri-Conseil deviennent moins pointus, plutôt suiveurs, et recherchent des solutions éprouvées.

Vincent FranquetSelon Vincent Franquet, créateur d’Agri-Conseil et expert en pulvérisation bas volume, « les agriculteurs font encore souvent l’amalgame entre bas volume et réduction de dose ». (©DR)

De plus, malgré les nombreuses publications sur le sujet, les agriculteurs font encore souvent l’amalgame entre bas volume et réduction de dose. Pour preuve : le principal objectif des agriculteurs qui assistent à nos formations est d’utiliser moins de produits. Alors que, plus que le volume d’eau, c’est la stratégie phytosanitaire qui va permettre de moduler les doses. Même si, qui dit nouvelle technique, dit adaptation des programmes de traitement. Et ces évolutions s’accompagnent d’économies de phytos comprises, en moyenne, entre 40 et 50 % pour les "Scopers" et entre 20 et 30 % pour les producteurs de légumes de plein champ.

Temps de travail optimisé

Tnm : Finalement, quel est l’intérêt premier ?

VF : L’optimisation du temps de travail. Même si cela implique de traiter tôt, avant que le soleil se lève et que le vent commence à souffler. En moyenne, en grandes cultures, le volume de bouillie se situe autour de 150 l/ha. En passant à 75 l/ha, c’est la moitié du temps de gagné ou la possibilité de traiter deux fois plus de surface avec un même tonneau, même si l’économie réalisée dépend aussi d’autres paramètres comme le niveau d’éclatement du parcellaire.

Tnm : Rappelez-nous le principe du bas volume ?

VF : Reprécisons d’abord le but de la pulvérisation : atteindre la cible en assurant une couverture suffisante de celle-ci. La masse de végétation ciblée conditionne en effet le volume de bouillie. Plus celle-ci est importante, plus vous aurez besoin d’eau. En désherbant tôt des adventices jeunes, donc plus réceptives, dans une culture peu développée, dix gouttelettes atteindront leur cible contre seulement trois plus tard lorsque la culture, plus avancée, masque en partie les mauvaises herbes.

Le bas volume implique une réduction du pouvoir couvrant du traitement : il faut donc faire en sorte que le maximum de gouttelettes atteigne l’objectif. Car, hors conditions idéales d’application, c’est-à-dire sans une hygrométrie suffisante ou avec du vent, 30 à 40 % des gouttes risquent de ne pas l’atteindre. Question volume, descendre en dessous de 80 l/ha permet globalement d’avancer à 10-12 km/h sans problème de couverture. En dessous de 60 l/ha, les défauts de couverture peuvent être plus fréquents.

Démarrer tôt en saison

Tnm : En pratique, comment assurer la protection d’un blé par exemple ?

VF : Pour un blé en développement, la stratégie à adopter sera fonction de la capacité à toucher toute la plante. En bas volume, il vaut mieux démarrer tôt en saison. Ensuite, il faut avoir conscience que le traitement assurera la couverture des nouvelles feuilles, pas des anciennes.

Je recommande déjà de privilégier les variétés les moins sensibles. Dans le nord de la France, quatre passages sont nécessaires en saison sur les blés. Un chiffre qui passe à six en bordure maritime. Enfin, pour sécuriser un passage ou pour appliquer un antifusariose, il faut augmenter le volume d’eau.

Tnm : Quelles évolutions impliquent le bas volume au niveau matériel ?

VF : Il faut commencer par choisir des buses et des filtres adaptés. Je conseille les jeux de buses basse pression XR TeeJet et QS Lechler. La rampe du pulvérisateur devra rester bien stable pour assurer une bonne répartition de la bouillie. L’entretien du matériel devient un enjeu majeur. De même que la précision du remplissage, le fond de cuve représentant quelques hectares. Par ailleurs, l’eau doit être la plus neutre possible : il faut ajuster son pH et sa dureté pour éviter les interactions avec certaines molécules. Le sulfate d’ammoniac adoucit l’eau et, en prime, l’acidifie à un pH de 6-7.

Tnm : Vous parlez d’interactions, le bas volume est-il compatible avec tous les produits ?

VF : La qualité de l’eau n’a aucun effet sur les produits racinaires. L’efficacité des produits de contact, elle, dépend du pouvoir couvrant de la pulvérisation. Quant aux systémiques, qui brûlent la cible, ils réagissent à la concentration. Reste alors à trouver le bon compromis entre efficacité et sélectivité. Pour les produits sensibles à la dureté de l’eau, moins il y a d’eau mieux c’est. Ajouter 2 % de sulfate d’ammoniac et un mouillant garantit l’efficacité du traitement.

Dossier pulvérisation 2014


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