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Interview sur les débouchés du colza Biocarburants : « L’Europe pourrait produire davantage de biodiesel »

Corteva

Le débouché biodiesel pour le colza est loin d’être saturé en Europe, tout comme celui pour les tourteaux coproduits, et pour autant, la capacité de production de biodiesel reste structurellement excédentaire, c’est l’huile qui manque. Jean-Philippe Penet, directeur Trade et Commerce, et Thibaut Dumans, responsable des achats de colza chez Saipol, font le point pour nous sur le marché du biodiesel.

Thibaut Dumans et Jean-Philippe Penet de SaipolThibaut Dumans et Jean-Philippe Penet de Saipol (©Saipol)

Quel débouché représente le biodiesel pour le colza français ?

JP Penet : Le marché du biodiesel, et du colza destiné à sa fabrication, ne doit pas s’analyser à l’échelle de la France mais de l’Union européenne car la France a la particularité d’exporter une grande partie du biodiesel produit sur son territoire et d’importer les deux tiers de ses besoins. Chez Saipol, par exemple, nous exportons plus de la moitié de notre production.

Quel est le bilan pour la trituration du colza à l’échelle européenne ?

JP Penet : L’Union européenne triture plus de 23 millions de tonnes (Mt) de colza chaque année. 17 Mt sont produites en Europe et 6 Mt sont importées. Ces 23 Mt de graines fournissent 10 Mt d’huile qui sont destinées pour un tiers à l’alimentation humaine, et deux tiers à la production de biocarburants ou à l’oléo-chimie. L’Europe pourrait produire davantage de biodiesel. En parallèle, les 13 Mt de tourteaux de colza coproduits sont consommées sans aucun souci, et ne viennent combler qu’une partie de notre énorme déficit en protéines d’origine végétales. Pour une consommation française de l’ordre de 3 Mt de biodiesel, chez Saipol, nous en avons produit 1,2 Mt en 2020 dont plus de la moitié est exportée.

Pourquoi ce choix des raffineurs français d’importer du biodiesel plutôt que d’utiliser celui qui est produit en France ?

JP Penet : Pour deux raisons, tout d’abord parce le biodiesel issu de l’huile de colza résiste à des températures de - 10 à - 15 °C alors que la France se contente l’hiver d’un biodiesel qui résiste à - 5°C et l’été, à 0°C. Le biodiesel français est donc mieux valorisé en Europe du Nord où les hivers sont plus froids. La France exporte donc du biodiesel de qualité, valorisé avec un bonus de 5 à 10 %, et les raffineurs français importent du biodiesel de « commodité » moins cher, du monde entier.

Et la deuxième raison ?

Thibaut Dumans : Elle est relative à l’intérêt que portent les différents pays à la lutte contre les gaz à effet de serre (GES). Les pays d’Europe du Nord et l’Allemagne valorisent la fonction « capture du carbone et réduction des GES » des colzas produits en Europe, ce qui nous permet de rémunérer la graine de colza avec un bonus GES qui s’élève actuellement à 27 €/t. Ce n’est pas le cas de la France. Cette valorisation supplémentaire nous a permis de créer un contrat OleoZE et de le proposer aux agriculteurs et organismes collecteurs français. Un an après son lancement, il a déjà concerné 90 000 t sur les 3 Mt de colza produits en France.

Quel est l’impact du Covid sur le marché du biodiesel ?

JP Penet : La consommation de gasoil en France et donc de biodiesel a été divisée par deux lors du premier confinement, impactant négativement l’activité de nos usines de biodiesel que nous avons été contraints de ralentir. A l’inverse, lors du deuxième, l’activité n’a diminué que de 15 % dans un contexte où la demande en huiles végétales était très élevée. Par conséquent, les cours du biodiesel se sont maintenus et l’activité a été moins impactée. En ce début d’année, les cours d’huiles végétales, et donc de biodiesel restent haussiers du fait de la demande d’huile mondiale à des niveaux historiquement hauts.

Article publié initialement le 19 mars à 12h19.

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