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Enjeux économiques pour le colza « Des perspectives à trouver en dehors des marchés mondiaux classiques »

Corteva

Le colza se situe dans un tel contexte de marché qu’il devient très difficile pour l’origine française d’être compétitive sur la scène internationale. Perrine Tonin, responsable des études économiques du groupe Avril, voit cependant des perspectives favorables à la culture à travers plusieurs débouchés, à condition d’ajustements au niveau de la production : les biocarburants de spécialité pour des colzas avec un bilan carbone minimisé, l’alimentation humaine pour l’huile, misant sur son profil nutritionnel de qualité, et animale, pour des tourteaux riches en fibres grâce à des variétés sélectionnées en ce sens.

Fleur de colzaLe colza bénéficie de perspectives favorables grâce à de multiples débouchés. (©Corteva)

Comment est configuré le marché sur lequel évolue le colza ?

Perrine Tonin : Le colza est aujourd’hui une commodité, qui s’échange sur le marché mondial et dont la valeur dépend de l’ensemble du complexe oléagineux. Pour chacun de ces produits, même si dans des proportions différentes, il faut trouver un débouché, à la fois à l’huile et aux tourteaux.

Le soja est le principal représentant de ce complexe avec 340 Mt produites en 2017/18. La production a explosé ces dernières années et seulement trois pays assurent 80 % des volumes, les États-Unis, le Brésil et l’Argentine. La Chine, premier consommateur, en importe autour de 90 millions de tonnes par an dont un tiers des États-Unis. Pour l’anecdote, les traders suivent les twits de Trump pour leur potentielle influence sur les cours ! Le colza est la deuxième graine oléagineuse la plus produite dans le monde (74 Mt en 2017/18).

Qui sont les producteurs de colza ?

L’Union européenne, le Canada et la Chine. En 2018, pour la première fois, le Canada a produit plus de colza, du canola OGM en l’occurrence, que toute l’Union européenne, pourtant premier producteur historique. Mais le pays a engagé son troisième plan stratégique en faveur du canola. Les surfaces ont considérablement augmenté, plaçant la culture devant le blé, et les ambitions en termes de rendement sont fortes, avec un objectif de progression de 30 % d’ici 2025. Le rendement moyen actuel est de l’ordre de 2,2 t/ha, ils comptent ainsi atteindre 2,9 t/ha. Le Canada destine 90 % de sa production, à l’export, notamment pour l’Asie et les États-Unis.

Dans ce paysage, il semble évident qu’il va être de plus en plus difficile pour le colza français d’être compétitif sur la scène internationale.

Quelles valorisations envisagez-vous alors ?

Sachant que les omégas 3 ne sont pas synthétisés par l’organisme humain, le colza, à l’instar du lin et de la noix, bénéficie d’un très bon profil d’acides gras d’un point de vue nutritionnel et donc d’un potentiel de valorisation intéressant en alimentation humaine. Cependant, c’est le biodiesel le débouché clé du colza français et européen. Ce marché des carburants est en croissance notamment grâce aux politiques publiques. Et malgré la concurrence accrue de l’huile de palme et du soja sur le créneau, la tendance devrait se maintenir, surtout que le biodiesel de colza a l’avantage d’une meilleure tenue au froid et s’en trouve mieux valorisé l’hiver.

Et pour demain ?

Une vraie perspective de croissance existe dans les spécialités, telles que l’Oleo100, un carburant 100 % colza, 100 % renouvelable et 100 % français, destiné aux transporteurs routiers ou aux collectivités. Il faut viser les marchés de niches en complément des commodités où la concurrence est rude. Le biodiesel bas gaz à effet de serre (GES) est un autre exemple. Il intéresse les pays où l’objectif d’incorporation de biocarburant est fixé en fonction du potentiel d’économie d’émissions de GES. Sachant que l’essentiel des émissions est lié à l’utilisation d’intrants en culture, les agriculteurs ont un rôle important à jouer pour le développement de ce marché.

Quant aux tourteaux, la France n’étant autonome qu’à 55 % pour les besoins en protéines de ses élevages, tous devraient trouver preneur ! La tendance est aux animaux nourris avec de l’aliment sans OGM, voire bio. Il y a une vraie demande, illustrée par une croissance réelle. Aujourd’hui 13 % de l’alimentation animale est certifiée sans OGM à travers les cahiers des charges. Ce n’est pas toujours affiché sur le produit fini ! Selon nos projections, l’alimentation conventionnelle pourrait devenir minoritaire. La démarche a été initiée en Autriche, en Allemagne et arrive en France. Le tourteau de colza, naturellement riche en fibres, se destine plutôt à l’alimentation des ruminants. Pour une meilleure valorisation notamment en volailles, il faudrait augmenter la teneur des variétés cultivées en protéines et baisser celle en fibres. Il s’agit d’un vrai levier de croissance pour le colza et le tournesol français.


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