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La méthanisation A l’origine d’un cercle vertueux d’activités développées localement

GRDF

La méthanisation s’est présentée à Julien Deville et ses associés comme une réponse à plusieurs défis dont le plus important était assurer la pérennité de deux exploitations céréalières de l’Allier. En plus de bénéfices agronomiques et économiques, l’activité se révèle prolifique en termes d’échanges gagnant-gagnant avec les élevages voisins et de possibilités offertes de développements.

Unité de méthanisation Les associés sont en train d'investir dans une presse à huile pour triturer les oléagineux produits sur la ferme. Ils proposeront les tourteaux aux éleveurs voisins. (©GRDF)

Pour Julien Deville, son cousin Stéphane Deville et son associé Jean-Luc Guillaumin, céréaliers au Theil, dans l'Allier, la méthanisation a répondu à de nombreux enjeux techniques et économiques posés par leurs systèmes. « Il y a dix ans, nous nous sommes demandé comment pérenniser notre système céréalier conduit en semis direct, se rappelle Julien Deville. Nous pensions réduire notre dépendance aux engrais minéraux et aux phytos, et plus spécifiquement au glyphosate, et continuer à suivre les principes de l’agriculture de conservation pour améliorer la structure du sol et favoriser la vie biologique. Nous avions également un souci avec le fumier que nous épandions, issu d’échanges paille-fumier, qui introduisait des mauvaises herbes dans nos parcelles malgré son compostage. »

Finalement, c'est lors d'une visite d'essais sur les couverts végétaux que l'idée est venue. Après un ensilage du couvert, le sol est prêt à être semé, en direct, sans utiliser de glyphosate, ou très peu. « Puis la méthanisation est apparue comme une évidence pour valoriser la biomasse récoltée, en plus de traiter les effluents et éliminer les adventices, tout en fournissant un digestat, valorisable en fertilisant. »

Effluents voisins et couverts végétaux au menu du digesteur

C’est ainsi qu’est née, fin 2017, une unité de méthanisation. Alimentée par 3 000 t/an de fumier de bovin et 2 000 m3 de lisier de porcs issus d'élevages voisins, elle valorise également la biomasse tirée de 60 ha de couverts intermédiaires sur 400 au total. « Nous produisons beaucoup de méteils l'hiver, et de couverts à base de phacélie et de niger l'été. La majorité reste au champ pour améliorer le taux de matière organique, objectif prioritaire, explique l'agriculteur. La méthanisation n'a rien changé à nos pratiques concernant les couverts et les échanges paille-fumier mis en place pour leurs bienfaits au niveau agronomique, mais elle permet de les valoriser à la sortie du champ. »

Julien Deville(©Julien Deville)

De la luzerne est également semée pour trois ans et sert de couvert permanent sous colza et blé pour son action sur la restitution de l'azote au sol et son intérêt dans la lutte contre les adventices. Une dizaine de cultures se partagent les 550 ha de l'assolement en commun des deux exploitations : blé, colza, pois, maïs ensilage et grain, tournesol et un peu de féverole, seigle, épeautre et avoine ; cultures fertilisées grâce au digestat liquide avec un pendillard, et solide pour améliorer la structure du sol avec un épandeur à table.

Du tourteau pour les éleveurs, de l'huile pour le méthaniseur

« Traiter les effluents et notamment le lisier permet aussi d'éliminer les odeurs, ce qui participe à l'acceptabilité du projet au niveau local », relève le céréalier du bocage bourbonnais. Et pour favoriser encore la collaboration avec les éleveurs qui les entourent, les associés sont en train d'investir dans une presse à huile pour triturer les oléagineux produits sur la ferme. « Les tourteaux seront proposés aux éleveurs qui pourront valoriser l’alimentation non-OGM de leurs animaux, explique Julien Deville, et l'huile alimentera le méthaniseur. Nous sommes en cours d'achat des cuves adéquates pour cet approvisionnement. »

Une offre de séchage des céréales et de la luzerne

Autre projet, sécher de l'ensilage de luzerne pour proposer un fourrage de qualité aux éleveurs voisins, en plus de l'ensilage classique vendu aujourd'hui. « Avec la chaleur produite par l'unité de méthanisation, nous séchons déjà des plaquettes de bois et des céréales pour nous et la coopérative locale. Nous l’envisageons également pour la luzerne. » La coopérative Val'Limagne.coop est bien équipée pour les gros volumes comme le maïs, mais elle fait appel à Agribiogaz du Bocage lorsqu'elle à des petits lots à traiter. « Nous offrons une thermie peu chère adaptée à des besoins ponctuels de la coopérative pour sécher, par exemple, 20 tonnes de sarrasin ou de luzerne », renchérit l'agriculteur.

Système autonome et reproductible

Pour les associés, la méthanisation engage dans « un cercle vertueux en circuit court et conduit à plus d'autonomie ». « Nous avons beaucoup d'entrées et de sorties de l'unité, de nombreux échanges avec nos voisins. C’est une force de ne pas dépendre d'un seul acteur. Par ailleurs, la diversité d'intrants et de débouchés montre que notre système est reproductible », note Julien Deville. Leur système s’affiche comme évolutif également, car les projets ne manquent pas chez les cousins Deville. Ils se posent maintenant la question de se convertir un jour à l’agriculture biologique, histoire de se démarquer dans un marché mondialisé, et de tendre encore vers davantage d'autonomie. Allongement de la rotation, diversification de l’assolement, valorisation des couverts d’interculture et autonomie au niveau de la fertilisation : la méthanisation, avec ce qu’elle encourage comme évolution du système, est un sérieux allié dans cette démarche.


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