Elections Chambres d'agriculture 2013 Toutes les réponses de Philippe Collin (CP) à vos questions

| par | Terre-net Média

Pendant plus d'une heure, lors d'un tchat organisé mercredi 12 décembre 2012, Philippe Collin, porte-parole de la Confédération paysanne, a répondu à vos questions sur le programme de son syndicat pour les élections Chambres d'agriculture 2013. Retrouvez toutes les réponses qu'il a apportées pendant ce tchat.

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Philippe Collin, porte-parole de la Confédération paysanne
Pendant plus d'une heure, mercredi 12 décembre 2012, Philippe Collin, porte-parole de la Confédération
paysanne, a répondu aux questions des agriculteurs sur le programme de son syndicat
pour les élections Chambres d'agriculture 2013. (© Terre-net Média)
Lutte à Notre-Dame-des-Landes, politique d'installation, "Sauvons l'élevage"...: retrouvez toutes les réponses que Philippe Collin, porte-parole de la Confédération paysanne a apportées lors du tchat élections Chambres d'agriculture 2013 sur le programme électoral de son syndicat.

Philippe Collin n'a pu répondre à toutes les questions qui lui ont été posées. Il s'est engagé à ne pas laisser de question sans réponse. Terre-net les publiera donc dans les prochains jours. 

Retrouvez l'interview de Philippe Collin sur le programme de la Confédération paysanne aux prochaines élections Chambres d'agricutlure 2013.

Question de AUPY Laurent : "Lors de la sécheresse 2011, la FNSEA a mis en place des opérations solidarité-paille qui souvent n'ont été qu'une mascarade sans nom, pour se faire de la publicité dans les médias, de la paille vendue au prix du marché....
pour les chambres qui seront dirigées majoritairement par la CPaysanne, mettrez-vous en place un service de soutien et d'aide aux agriculteurs en difficulté GRATUIT, là où les chambres actuelles facturent ces prestations d'aide d'urgence ?"

Philippe Collin : Ces actions collectives indispensables de solidarité doivent être accessibles à tous les paysans et les chambres d'agriculture à ce titre, doivent veiller à ce qu'il n'y ait pas d'exclusions de paysans liées à des appartenances syndicales. Nous avons constaté que l'utilisation des moyens des chambres d'agriculture pour la promotion des Fdsea avait été un détournement de la mission d'un établissement public.

L'un des problèmes des chambres d'agriculture est leur financement. Elles sont de plus en plus dans des logiques de vente de prestations payantes en oubliant leur mission de service public. Dans les chambres qu'on serait amenés à gérer, nous ferions participer financièrement l'ensemble des acteurs des filières, amont et aval.

Question de acdc59 : "bonjour Mr Collin. pourquoi votre syndicat est réticent aux marchés financiers en agriculture style marché à terme alors que vous êtes favorable aux développement des AMAP pourtant le but final est le même : la possibilité au producteur de vendre avant de mettre en production sur 1 prix défini à l'avance , vendre à l'avance n' est-il pas la meilleur solution de ne pas produire en dessous du prix de revient ? comme par ex en ce moment où l'on peut vendre du blé sur la récolte 2014 à un prix correct, je vois mal un producteur vendre sa production en dessous du prix de revient 18 à l'avance . ce serait pas mal pour les éleveurs ce type de marché .
merci de votre réponse "

Philippe Collin : Le développement des marchés financiers est la conséquence de l'abandon des politiques publiques de maîtrise des prix des denrées agricoles. Ces marchés financiers sont des amplificateurs de mouvements de prix mondiaux, et donc de la volatilité. Donc il ne s'agit pas de condamner la possibilité de vendre par anticipation mais de constater que cette vente n'est en aucune manière un élément de régulation des prix. Dans un contexte de prix stables, les ventes à terme auraient beaucoup moins d'intérêt.

Dans les années 70, nous avions des fluctuations de prix sur le marché mondial qui étaient très fortes, et néanmoins, des prix sur le marché européen qui ne bougeaient pas parce qu'il existait des politiques d'intervention et de stockage. De nombreux paysans ont pu, et paieront parfois très cher l'incapacité de livrer des marchandises physiques lors d'aléas climatiques.

Les Amap sont un outil qui met directement en relation un producteur et le consommateur, alors que les marchés à terme sont des outils qui éloignent le producteur de l'utilisateur final et de tous les intermédiaires.

Question de Pierrot : "Le problème avec la Fnsea c'est que ce soit trop la voix de son maître et pas assez la parole à tous.
Le problème avec la Conf c'est que ce soit trop la parole à tous et pas assez la voie de son maître.
En théorie c'est bien beau de vouloir consulter tout le monde, mais le temps que la Conf décide quelque chose, la Fnsea a déjà décidé et mis en place autre chose.
Bref, comment comptez-vous pouvoir mettre en pratique le fait de représenter et d'écouter tout le monde... tout en prenant quand même de réelles décisions pour faire avancer les choses."

Philippe Collin : La situation dans laquelle se trouve l'agriculture aujourd'hui est le résultat des politiques menées sans écouter et sans faire le bilan des décisions prises. Il est urgent aujourd'hui d'entendre la diversité des voix et des agricultures.

Néanmoins, toutes les agricultures qui existent aujourd'hui ne sont pas porteuses du même avenir, pour le développement des territoires, pour la création de valeur ajoutée locale, pour l'installation des paysans et pour le respect des agricultures et paysans des autres pays. La Confédération paysanne a prouvé, dans son positionnement, sa détermination et sa capacité à proposer des changements importants.

Question de GillesT : "Pourquoi s'acharner sur le dossier de Notre-dame-des-landes, qui a fait l'objet d'une procédure il me semble en bonne et due forme, alors qu'on ne vous entend jamais sur les autres dossiers qui grignotent, tous les jours, toutes les semaines, tous les mois, des milliers d'hectares.
José Bové a voulu faire du MacDO de Millau un symbole de la malbouffe. 10 ans plus tard, il n'y a jamais eu autant de restauration rapide de ce type. Aujourd'hui, vous vous excitez pour un aéroport qui se construira. Merci."

Philippe Collin: Notre-Dame-des-Landes est l'une des illustrations de l'artificialisation des terres. Nous nous félicitons de voir que ce combat de la Confédération paysanne reçoit le soutien de la chambre d'agriculture d'Ile-de-France, sans doute plus concernée que d'autres par l'invasion de la ville sur les terres des paysans. La prise de conscience du risque majeur de l'artificialisation des terres pour nos sociétés est récente, et n'a encore pas été prise en considération par les schémas d'urbanisme et par les décideurs politiques.

L'Europe est une des régions du monde dans lesquels nous avons une surface agricole utile par habitant parmi les plus faibles de la planète (30 ares par habitant). Il est donc impératif d'économiser ce qui est rare : l'énergie, la terre, l'eau, et de valoriser ce qui abondant: le travail humain et l'intelligence.

Il vous a sans doute échappé que lors du vote de la Lma en 2010, la Confédération paysanne avait demandé une taxation confiscatoire (90 % par exemple) de la plus-value réalisée lors du changement d'usage des sols. Les parlementaires se sont contenté de voter une taxe de 5 % qui n'a rien de disuasif.

Question de guilbert thierry : "que proposez vous pour aider les éleveurs(laitiers et viandes) ?
que pensez vous de la fin proche des quotas et que va t il se passer ensuite selon vous ? "

Philippe Collin : La Confédération paysanne défend la mise en place d'une prime au maintien du troupeau ruminant. Nous avons lancé une campagne intitulée "sauvons l'élevage" car l'élevage en tant que tel et les filières sont menacées par l'évolution de la politique européenne et l'attractivité de la céréaliculture. Les politiques menées depuis 1984 (gestion calamiteuse des quotas laitiers), ont séparé artificiellement les producteurs de lait et ceux de viande bovine, et les filières qui vont avec. Ces deux filières interdépendantes se retrouvent fragilisées avec des problématiques semblables.

La fin programmée des quotas laitiers risque de tourner en catastrophe pour la majorité des producteurs de lait. L'exemple récent de la Suisse le confirme. Le terme peut être modifié, mais il y aura toujours besoin d'une maîtrise physique des volumes si on ne veut pas vivre des périodes alternatives de pénuries suivies d'excédents considérables. C'est le sens que nous défendons depuis toujours.

Question de debutant : "BONJOUR a tous. La production laitiere connait une crise sans precedent du prix et des charges. Il faut absoluement avoir un prix en fonction du cout de production comment comptez vous vous y prendre ?"

Philippe Collin : Une proposition de loi a été déposée lors de la précédente législature, demandant que soit mis en place un prix minimum payé aux producteurs (amendement Chassaigne). De la même manière qu'un salaire minimum garanti existe en France et est défendu pour être étendu au niveau européen, il est indispensable que les paysans puissent être assurés de vendre leurs produits à un prix rémunérateur. Il appartient ensuite aux pouvoirs publics que les volumes soient gérés afin d'éviter les dérives qui pourraient en résulter.

La contractualisation proposée tant par Bruno le Maire que par Stéphane Le Foll pose beaucoup plus de questions que de réponses. La somme de contrats entre deux parties (producteurs et collecteurs) ne pourra jamais faire office de politique de régulation des marchés et de maîtrise des volumes.

La loi devrait protéger les plus faibles, donc les producteurs, plutôt que de les livrer pieds et poings liés aux quelques industriels laitiers qui se réjouissent sans doute de voir le Gouvernement valider les premières OP qui seront de ce fait plusieurs centaines sur l'ensemble du territoire.

Question de oollii : Quelles ont été vos actions passées et vos projets en faveur des paysans installés hors cadre familial ? Quelle politique comptez-vous mener pour l'installation de paysans issus du hors cadre familial? Merci de votre réponse.

Philippe Collin : La Confédération paysanne participe à l'animation d'un réseau sur l'ensemble du territoire,les Adear (associations départementales pour l'emploi agricole et rural). Ce réseau contribue à accompagner les projets d'installation qui, souvent, ne sont pas reconnus dans le cadre réglementaire actuel et, dans certains départements, il assure plus d'installations que le réseau "officiel" des Jeunes agriculteurs. C'est le cas notamment dans le Gard.

La question majeure de l'installation, et spécifiquement hors cadre familial, est l'accès au foncier. Il est urgent de remettre en œuvre des politiques de contrôle des structures, avec traçabilité des formes sociétaires, si nous voulons ne pas se contenter des bonnes déclarations du style "12.000 installations aidées" promises par Bussereau quand il était ministre de l'Agriculture. Il est indispensable de remettre à plat le dispositif législatif et réglementaire qui accompagne les installations, dispositif qui a une cinquantaine d'années, et qui aujourd'hui aboutit à la situation d'une installation sur deux hors de ce cadre réglementaire.

Il est amusant de constater que le chiffre officiel des installations ne comprend plus seulement les installations aidées, mais toutes les installations.

Question de Flou : Bonjour, est-ce vraiment stratégique de faire une campagne anti-FNSEA. Moi je vote pour des idées, un projet et depuis quelques mois vous dénoncez et vous ne proposez jamais.

Philippe Collin : Je n'ai pas le sentiment d'être concerné par cette question. Cela sous-entenderait que le fait de ne pas partager la politique agricole menée par la Fnsea depuis 60 ans est illégitime alors que le bilan est sans appel.

Les réponses que j'apporte ici même sont une illustration que la Confédération paysanne s'est créée sur un projet agricole différent, et y travaille depuis 25 ans dans tous les départements. Au seul projet d'améliorer la compétitivité de la "ferme France", nous opposons la nécessité de mettre les paysans, et en particulier ceux qui souffrent le plus, dans l'ordre de nos priorités. Les inégalités n'ont jamais été aussi fortes. La cohésion entre les paysans ne sera assurée que si cette réduction des inégalités est un objectif.

La guerre de tous contre tous, qui est en train de se déclarer sur l'ensemble du territoire, est le résultat des politiques qui favorisent ceux qui sont déjà les plus favorisés, et qui fragilisent ceux qui sont les plus menacés.

 Question de paul : Comment se fait-il que vous fassiez liste commune dans le puy de dome, alors que vous ne partagez pas la meme vision du developement agricole?

Philippe Collin : Il existe des exceptions départementales. La question que devraient se poser les sortants dans ce département est "pourquoi l'équipe sortante se scinde en deux à la veille des élections?". En conséquence, les paysans qui sont lassés de cette gestion départementale se disent "tout sauf la Fnsea". Dont acte.

 

Terre-net Média poursuit, par ailleurs, sa série de tchat Elections Chambres d'agriculture 2013. Le prochain aura lieu mercredi 19 décembre de 18h30 à 19h30, avec François Lucas, vice-président de la Coordination rurale.

Pour tout savoir sur les Elections Chambres d'agriculture 2013 :

Dossier spécial Elections Chambres d'agriculture 2013


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DÉJÀ 1 RÉACTION


titou36
Il y a 733 jours
que pensez vous des changements de status cotisant de solidarité dans l indre 36 merci pour eux et pour leurs avenir merci
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