Commercialisation du blé français Faute de blé français, le Maghreb est séduit par les origines russes

Terre-net Média

Approchant la fin d’une campagne de commercialisation à l’export difficile après la piètre récolte 2016, la filière française blé tendre voit ses principaux acheteurs du Maghreb se détourner vers les blés de la mer Noire. Au détriment de la France, la Russie et l’Ukraine deviennent de plus en plus incontournables sur le marché céréalier.

Faute de disponibilité, les parts de marché des blés français vers l'Algérie, le Maroc et l'Egypte, se sont effondrées au profit des blés russes notamment.Faute de disponibilité pour cette campagne 2016-2017, les parts de marché des blés français vers l'Algérie, le Maroc et l'Egypte, se sont effondrées au profit des blés russes notamment. (©Terre-net Média)

Après une moisson française 2016 très décevante, tant en quantité qu’en qualité, la campagne de commercialisation 2016-2017 de blé tendre vers les pays tiers a logiquement viré en nette défaveur de l’origine française.

En Egypte d’abord, premier importateur mondial de blé, le Gasc, l’office qui centralise toutes les importations de blé, a bien acheté ces dernières semaines deux bateaux de blés français. Mais faute de disponibilité et de qualité française, le pays s’est massivement reporté sur les blés russes. Fin février, l’Egypte avait importé 3,3 Mt de blé russe, représentant quasiment les trois quarts de ses achats.

D’un point de vue qualitatif, le blé français est souvent trop humide pour les exigences égyptiennes. Les meuniers procèdent toujours à des mélanges de blés d’origine locale, beaucoup moins humides que les blés d’importation, avec une part variable d’origine étrangère. « Or les taux d’humidité des blés russes varient entre 11,5 et 12,5 % contre 13 % à 13,5 % pour les blés français », explique Roland Guiragossian, responsable du bureau du Caire de France Export Céréales. « L’humidité est la principale critique qui est faite sur les blés français. »

France Export Céréales, lors de sa journée d’information consacrée aux marchés à l’export du 22 mars 2017, a aussi rappelé « la faiblesse chronique des taux de protéines » des blés français. Dans la « logique anglo-saxonne » dominante du secteur de la meunerie, « le blé français est un bon blé "biscuit" », prévient-il, sous-entendant que les blés du pourtour de la mer Noire sont de meilleure qualité pour la panification.

Dans la même tendance, la part de marché des blés français dans les importations algériennes – le premier client de la France à l’export – a fortement chuté cette année, confirmant davantage sa tendance baissière depuis la campagne 2013-2014 vers cette destination. Alors que le pays s’approvisionnait à hauteur de 90 % en blés français, ces derniers ne représentent plus que 40 % des importations pour cette campagne 2016-2017. « C’est l’Europe du Nord et la Baltique, notamment la Lettonie qui remplacent nos blés », a expliqué Yann Lebeau, responsable du bureau de Casablanca de France Export Céréales. L’Algérie a importé 1,3 Mt de blés français, soit plus de deux fois moins que l'an dernier. « Cela fait deux années sur trois qu'on a un problème sanitaire. »

Le rapport qualité-prix russe satisfait les importateurs

Ce n’est pas mieux du côté du Maroc. L’origine française ne représente qu’environ 10 % des importations, soit environ 300 000 t, contre 65 % l’an passé. Le Royaume a remplacé les blés français par des blés russe, ukrainien et américain.

Les trois pays - Egypte, Algérie et Maroc – constituent, pour les blés français, des débouchés porteurs. De cette campagne atypique par la faible disponibilité des blés français, les acheteurs de ces pays ont tiré des leçons peu favorables pour la filière française. « Les importateurs sont satisfaits du rapport qualité-prix offert par les blés russes et ukrainiens, confirment les spécialistes. Les meuniers de ces pays sont satisfaits, et les boulangers aussi ! » En clair, les importateurs du Maghreb n’ont plus d’appréhension vis-à-vis de l’origine russe.

« Il faudra surveiller la mer Noire sur le long terme », prévient-on chez France Export Céréales. Même si la Russie n’est pas l’origine parfaite pour le blé : « La logistique n’est pas parfaite, et des incertitudes demeurent sur l’homogénéité de la production d’une année à l’autre. » Comment faire, dans ce contexte, pour que la France retrouve ses parts de marché l’an prochain ? « Il faudra avoir de la disponibilité dès le début de la campagne car la logistique reste le point faible de la mer Noire. Il faudra aussi être au prix du marché et surtout disposer de blé avec des taux de protéines supérieurs à 11,5 %. »

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