1. Les espèces concernées
- Charançon de la tige du colza – Ceutorhynchus napi
C’est l’espèce la plus nuisible au colza en France. L’adulte mesure 3 à 4 mm, son corps est gris cendré, avec l’extrémité des pattes noire. C’est un coléoptère typique à rostre (trompe portant les antennes).
- Charançon de la tige du chou – Ceutorhynchus pallidactylus
Plus petit, doté de pattes aux extrémités rousses et d’une tache blanchâtre dorsale (entre thorax et abdomen). Il est peu ou pas nuisible sur colza, mais apparaît souvent en premier dans les cuvettes jaunes en sortie d’hiver. Bien distinguer les deux espèces conditionne la pertinence des traitements.
2. Biologie, cycle et facteurs aggravants
2.1. Hivernation et reprise d’activité
Les adultes hivernent dans le sol des anciennes parcelles de colza. À la sortie de l’hiver, ils s’alimentent sur crucifères, puis migrent vers les nouveaux colzas lorsque la température dépasse 9 °C. Les vols deviennent massifs dès 12–13 °C durant plusieurs jours consécutifs.
2.2. Ponte, larves et nymphose
Les pontes débutent 8 à 20 jours après les premières sorties ou captures, dans les jeunes tiges en début d’élongation, juste sous le bourgeon terminal. Les larves apodes (env. 7 mm, blanc jaunâtre) creusent la moelle pendant 4 à 7 semaines, puis sortent de la tige et s’enfouissent dans le sol pour nymphoser.
2.3. Fenêtre de sensibilité du colza
Stades sensibles : de la reprise de végétation (C2 / BBCH 31) jusqu’à la fin de la montaison (E / BBCH 57). Une croissance rapide des tiges augmente l’impact des pontes (déformations, éclatements).
3. Dégâts et conséquences économiques
Symptômes visibles
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Petits trous baveux à la base des ramifications.
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Renflements, torsions, fissures puis éclatements de tiges.
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Développement de pourritures secondaires et dessèchement prématuré.
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Ramifications tardives nuisant à la mise en siliques.
À ne pas confondre
Ceutorhynchus pallidactylus (peu nuisible) provoque souvent des captures en cuvettes sans dégâts internes (pas de galeries ni renflements). D’où l’importance de vérifier l’espèce capturée et d’ouvrir quelques tiges douteuses.
Incidences économiques
Le charançon de la tige du colza (C. napi) peut provoquer des pertes de vigueur, une mauvaise alimentation hydrique et entraîner des pertes de rendement de 5 à 10 q/ha. Les années à vols précoces et abondants sont les plus problématiques.
4. Lutte préventive
Surveillance
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Cuvettes jaunes dès janvier–février, en bordure, côté ancien colza.
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Une capture indique l’arrivée du ravageur, mais ne reflète pas le niveau d’infestation interne.
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Suivre le BSV et les prévisions météo.
Leviers agronomiques
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Assurer une forte vigueur du colza : semis précoce, nutrition P/N suffisante, structure du sol correcte.
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Rotation allongée, destruction des repousses.
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Variétés vigoureuses : meilleure tolérance aux attaques.
5. Lutte chimique
Le choix de la variété de colza repose sur une approche multicritères : marché visé, adaptation locale, résistance aux maladies, système herbicide et stabilité des performances.
Bien sélectionner sa variété, c’est sécuriser son rendement, optimiser la qualité et maîtriser les risques agronomiques dans un contexte climatique exigeant.
Quand intervenir ?
Objectif : tuer les adultes avant la ponte. Intervenir 8 à 10 jours après les premières captures significatives, sauf si le colza est encore au repos végétatif (dans ce cas, différer l’intervention).
Matières actives
Pyréthrinoïdes : deltaméthrine, cyperméthrine, lambda-cyhalothrine…Ne jamais traiter dès les premières captures si ce sont des charançons de la tige du chou : inutile et facteur de risque pour l’apparition de résistances.
Spécialités disponibles (SOUFFLET AGRICULTURE) :
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DECIS PROTECH : 0,33 L/ha
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DECIS EXPERT : 0,05 L/ha
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KARATE XFLOW : 0,075 L/ha
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UPPERCUT : 0,2 L/ha
Résistance : la précision est obligatoire
La pression de sélection impose de réserver les traitements aux situations avérées, avec une bonne identification de l’espèce et un bon timing. Plus de robustesse agronomique = moins de traitements, plus d’efficacité lorsqu’ils sont nécessaires.
6. Bilan des observations 2025
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Sud-Ouest : vols précoces dès mi-janvier.
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Autres régions : premiers vols fin février, pression modérée.
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Vols significatifs début mars en Normandie et Île-de-France. Peu de dégâts grâce aux bonnes conditions de croissance et aux arrivées tardives.
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Les premières captures concernaient souvent C. pallidactylus, évitant de nombreux traitements inutiles.
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Les dégâts observés étaient localisés, souvent liés à des colzas à reprise lente (sols froids, stress hydrique).
Tendance générale 2025 : maîtrise satisfaisante grâce à une meilleure surveillance et un meilleur positionnement des insecticides.
7. Mode opératoire terrain – Calendrier d’action

Conclusion
Les charançons des tiges restent un ravageur essentiel à surveiller en colza. La clé d’une protection efficace repose sur :
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une identification précise des espèces,
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une vigilance dès janvier,
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une intervention chimique raisonnée,
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un colza robuste, capable de compenser les blessures
