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« Planter un hectare de trop, c’est se planter à coup sûr »

« Seule une offre en adéquation avec la demande permettra de recréer de la valeur dans notre filière pomme de terre », affirme Luc Chatelain.

Dans une lettre ouverte adressée aux producteurs, Luc Chatelain, président du Comité national interprofessionnel de la pomme de terre (CNIPT), appelle à « une gestion responsable » de la filière pour retrouver un bon équilibre de marché.

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La filière française de la pomme de terre fait face aujourd'hui à une crise profonde : l’augmentation rapide des surfaces, conjuguée au ralentissement de l’activité industrielle et aux tensions géopolitiques, a entraîné une chute brutale des prix. 

En l’espace de deux ans, la sole française de pommes de terre de conservation a progressé de 23 %, pour atteindre 200 000 ha en 2025. Portée par des rendements proches de la moyenne décennale (43,5 t/ha), la production nationale a établi un record, s’élevant à 8,58 Mt, soit une hausse de 14,7 % en un an.

Une offre qui dépasse la demande

« À ce stade de la campagne, nos débouchés, qu’ils concernent le marché intérieur, l’export ou pour la transformation industrielle, ne sont pas en mesure d’absorber la totalité des pommes de terre produites en 2025 », rappelle Luc Chatelain, agriculteur à Fontaine-lès-Croisilles (Pas-de-Calais) et président du Comité national interprofessionnel de la pomme de terre (CNIPT) depuis janvier 2026, à l'occasion du Salon de l'agriculture.

« Les surfaces ont augmenté trop vite : on a eu en 2025 les volumes dont on aura besoin en 2030, avec les usines en cours de construction ». Un site a récemment ouvert près de Dunkerque (Nord), avec une capacité initiale de 1 400 tonnes de frites par jour, et deux autres sont en chantier, l'un dans la Somme et l'autre dans le Nord.

« Pour la prochaine campagne, deux alternatives s’offrent donc à nous, producteurs, maillon essentiel et indispensable de la filière pomme de terre : laisser le marché se réguler tout seul ou accepter de réduire la voilure ». Pour le président du CNIPT, « un agriculteur ne doit produire que ce qu’il est certain de vendre, grâce aux engagements contractuels ou aux débouchés historiques. Seule une offre en adéquation avec la demande, et une prise de conscience collective permettra de recréer de la valeur au sein de notre filière ».

Des pertes de 8 000 à 10 000 €/ha

« Tout laisse à penser, à ce jour, que la campagne 2026 pourrait être encore plus dramatique que la campagne actuelle. Les contrats à destination de l’industrie sont en forte baisse, tant en prix qu’en volumes. Le marché libre aura une place plus importante. En termes de consommation, le marché intérieur est mature, avec peu de perspectives de développement. Le marché export s’est clairement développé ces dernières années, mais se sature. Les outils de transformation ne tournent pas à pleine capacité, certains ferment en Europe et les projets industriels en développement sont reportés ou revus à la baisse. »

Luc Chatelain, président du Comité national interprofessionnel de la pomme de terre depuis janvier 2026. (© CNIPT)

Le président de l’interprofession n'entend pas « adresser un message moralisateur » à ses collègues producteurs. « Je le sais : un hectare de céréales de printemps ou de maïs ne fera pas exploser nos recettes à l’hectare. Mais ce que je sais aussi, et j’en suis convaincu, c’est que chaque hectare de pommes de terre ne trouvant pas sa place sur le marché se traduira par des pertes considérables sur nos comptes d’exploitations (8 000 à 10 000 €/ha), avec des conséquences durables. » « En tant que producteurs, notre responsabilité est majeure. »

Dans sa lettre ouverte aux producteurs, le président du CNIPT s'adresse également à tous les acteurs de la filière : « soyons collectivement et individuellement responsables pour faire en sorte que, demain, notre filière pomme de terre française, qui a tellement d'atouts, permette encore aux femmes et aux hommes qui la font vivre de s'épanouir sereinement ».

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