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Substances actives : la « boîte à outils » des agriculteurs se réduit

Yves Picquet, président de Phyteis

Si les volumes de substances actives vendues aux distributeurs diminuent, les solutions à disposition des producteurs agricoles sont également de moins en moins nombreuses, souligne Phyteis, l’organisation qui représente les industriels de la filière phytopharmaceutique. Ces derniers alertent également sur les distorsions de concurrence entre la France et les autres pays européens et demandent une simplification législative et réglementaire.

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« Ceux qui ne croient pas à la transition vont devoir changer d’opticien », commente Yves Picquet, président de Phytéis. En 2024, 50 054 tonnes de substances actives ont été vendues aux distributeurs (dont 33,4 % de substances actives utilisables en agriculture biologique), soit — 36,3 % tous produits confondus depuis 2008 et — 44,1 % pour les substances conventionnelles, selon les chiffres de l’organisation présentés à la presse le 12 février.

Pas de nouvelle substance active homologuée depuis 6 ans

Et surtout, pour la première fois en 2024, les trajectoires des ventes de substances actives divergent entre le conventionnel (- 5 %) et l’agriculture biologique (+ 23 %), précise Emmanuelle Pabolleta, directrice de Phyteis, qui évoque un « point de rupture ».

Si ces chiffres traduisent une dynamique de transition, il faut également avoir en tête la réduction progressive des solutions utilisables en conventionnel. Ainsi, d’après Croplife Europe, organisation qui représente le secteur de la protection des cultures au niveau européen, les agriculteurs ont perdu 89 substances actives phytosanitaires depuis six ans et demi, dont 84 en conventionnel, et 5 en biocontrôle. Il s’agit ici de perte nette : pour le biocontrôle, de nouvelles substances arrivent sur le marché, quand d’autres en sont retirées, en revanche aucune nouvelle substance active n’est arrivée sur le marché européen en conventionnel durant cette période, explique Emmanuelle Pabolleta.

Évoluer dans le même cadre législatif

Pour Philippe Michel, secrétaire général de Phyteis, la disparition des substances actives et « la boîte à outils de solutions qui se vide » rendent nécessaire une révision du règlement européen omnibus, « dans un contexte d’instabilité géopolitique » qui remet l’objectif de souveraineté alimentaire au premier plan. Et ce d’autant plus que le réchauffement climatique « bouleverse le nombre et le comportement des bioagresseurs », explique-t-il.

Pour mettre un plus grand nombre d’intrants à disposition des agriculteurs, Phyteis prône une approche autour de trois axes : accélérer (par exemple en réintroduisant la possibilité de délivrer des autorisations provisoires de vente, pour les produits de biocontrôle), rationaliser, en défendant une approbation « illimitée », sous conditions, de certaines substances actives, et réduire les distorsions de concurrence.

« Laissez-nous évoluer dans la législation européenne », résume ainsi Yves Picquet, qui s’inquiète des discussions à venir sur la proposition de loi pour protéger les captages sensibles. Parmi les distorsions déjà existantes, Phyteis cite la séparation vente conseil qui subsiste pour les fabricants de solutions de protection des plantes hors biocontrôle, l’interdiction de trois substances actives autorisées ailleurs en Europe (dont l’acétamipride), mais également l’impossibilité pour l’Anses de demander des informations complémentaires au demandeur pendant le processus d’évaluation, ce qui n’est pas le cas pour les autres agences sanitaires en Europe.

En matière de protection des cultures, « les plus gros apporteurs d’innovation sur le marché français sont clairement les membres de Phyteis », ajoute Yves Picquet. Près de 5 000 essais, dont un cinquième sur l’approche combinatoire, sont réalisés annuellement par les membres de l’organisation. Mais il faut « garantir un accès » à l’innovation, ajoute le président de Phytéis, un accès qui passe par une réglementation harmonisée mais, également, par un effort supplémentaire pour « le dernier kilomètre ». « Il serait bon de refinancer cette partie-là pour que toutes les bonnes pratiques soient amenées dans les cours de ferme », estime ainsi Yves Picquet.

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