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Au Salon de l'agriculture, des syndicats désunis et un président mal aimé

Rendez-vous traditionnel pour la FNSEA et les Jeunes Agriculteurs, boycott de la Confédération paysanne et revirement à la dernière minute de la Coordination Rurale : les principaux syndicats agricoles ont fraîchement accueilli un président en fin de règne samedi au Salon de l'agriculture.

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Les mots ne sont pas tendres. « Macron n'est pas le bienvenu ici », lâche un cadre de la CR, 2e syndicat, habitué des actions coup de poing, qui conseille au président de « passer au large » de son stand. « Pas question de cautionner ce cirque », lance de son côté un porte-parole de la Confédération paysanne (positionnée à gauche).

Même la puissante FNSEA, accusée de « cogestion » avec le gouvernement, « n'attend plus aucune vision » pour l'agriculture de la part du président, mais elle a tout de même assisté au traditionnel petit-déjeuner inaugural.

Tout a semblé compliqué et confus : du format des rendez-vous proposés par l'Élysée aux attentes parfois contradictoires des acteurs agricoles, le tout dans un Salon de l'agriculture transformé en labyrinthe par les services de sécurité.

Habituellement, le président reçoit les syndicats à son arrivée Porte de Versailles pour inaugurer l'événement. Mais après trois ans de crise et face à un monde syndical profondément fracturé, l'Élysée a semblé tergiverser sur le format de la rencontre, notamment après des annonces ambiguës de boycott par la CR. Ont été successivement évoqués un rendez-vous collectif puis des rencontres bilatérales.

Avant de couper le ruban, le président a déclaré qu'il verrait « chacun des syndicats » agricoles « qui le souhaite », appelant à ne pas faire de cette séquence « un moment de division ».

Ping-pong de déclarations

Un ping-pong s'en est suivi : « vu comment va l'agriculture française, hors de question de s'afficher avec lui », a d'abord déclaré le président de la CR Bertrand Venteau, appelant à un rendez-vous commun avec « tous les syndicats » pour mettre fin à la « guerre » entre eux et « construire » l'agriculture.

Mais l'alliance FNSEA-JA, en désaccord avec les autres syndicats notamment sur le sujet brûlant de la gestion sanitaire de la dermatose nodulaire bovine, a refusé une réunion intersyndicale, qui aurait tourné au « débat stérile », selon l'expression du président des JA Pierrick Horel.

Après une valse d'hésitation, Bertrand Venteau a fini par aller rencontrer Emmanuel Macron, qui lui a promis « de tenir une réunion » associant Chambres d'agriculture, syndicats et interprofessions, prochainement à l'Élysée.

« Il va nous refaire une énième réunion à l'Élysée avec les syndicats, les filières mais en fait, ça fait deux ans qu'on porte les mêmes choses, il a juste à les mettre en application », a dénoncé M. Venteau à la sortie de l'entretien, après avoir pourtant obtenu ce qu'il souhaitait.

« C'est extrêmement agaçant de ne pas être considéré », a-t-il ajouté, demandant une « accélération » sur la loi d'urgence agricole promise par le Premier ministre, estimant qu'il n'était pas du ressort de son syndicat de la rédiger.

« Présidentielle agricole » 

De son côté, le président de la FNSEA a ironisé sur le revirement de la CR : « Ils découvrent que parler aux pouvoirs publics, que ce soit le président, le chef du gouvernement ou les ministres et parlementaires, ça fait partie du boulot quand on fait du syndicalisme agricole », a déclaré Arnaud Rousseau à l'AFP. Mais, a-t-il ajouté, « aller chez le chef de l'État, c'est pas une fin en soi : il faut voir pour quoi faire ».

« Le président de la République aujourd'hui est celui qui va négocier à Bruxelles. Voilà ce qu'on attend de lui », a-t-il poursuivi, appelant à défendre un budget agricole européen robuste et à protéger la France des concurrences « déloyales ».

Pour la Confédération paysanne, le président a cessé d'être un interlocuteur : il est jugé « responsable de cette situation de crise » et a « manqué à sa parole » après avoir « promis il y a deux ans des prix planchers pour soutenir le revenu des agriculteurs ».

Pour la plupart des syndicalistes croisés, l'enjeu du salon n'est pas plus la rencontre avec le président mais celles qui s'annoncent avec les candidats à la présidentielle de 2027.

« On attend le lancement de la "présidentielle agricole" lors de ce salon pour échanger avec les futurs candidats », a précisé Arnaud Rousseau. La CR, dont plusieurs responsables affichent leur proximité avec l'extrême droite, distribuait de son côté ses bonnets jaunes, annonçant accueillir « tous ceux qui la soutiennent ».

 

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