Le changement climatique aggrave la pénibilité du travail agricole
Si elles affectent la production agricole, les évolutions du climat modifient également les conditions de travail des exploitants et des salariés du secteur, au point de fragiliser l’attractivité du métier, indiquent les résultats du premier baromètre Clisève pour l’agriculture.
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Bien que l’on investisse beaucoup d’énergie sur la transition, les pratiques agricoles et les itinéraires techniques pour faire face au changement climatique, « les impacts sur l’humain sont laissés sous les radars », explique Caroline Véran, fondatrice de l’agence Croissance Bleue qui a réalisé, avec Lapa Research, le premier baromètre santé-climatique au travail dans l’agriculture.
Les résultats, présentés en avant-première à l’occasion d’un webinaire de l’Afja, le 16 février, compilent les retours du terrain de plus de 2 500 acteurs issus de différentes filières agricoles, exploitants, salariés permanents et saisonniers, qui ont répondu à l’enquête entre mars et décembre 2025.
Un changement climatique observé et ressenti partout
Le premier enseignement du baromètre, c’est qu’il n’y a pas de climato-scepticisme dans le monde agricole : 94 % des répondants déclarent avoir au moins un signe concret du changement climatique dans la région où ils travaillent, et 82 % s’en disent préoccupés. Les résultats sont similaires qu’il s’agisse des exploitants agricoles ou des salariés, et quelle que soit la nationalité (le questionnaire a été traduit en 12 langues), le genre ou l’ancienneté. « Il s’agit d’un sujet consensuel », souligne Caroline Véran.
74 % des répondants avouent ainsi un « sentiment d’impuissance face aux évènements climatiques », 59 % une « tristesse face à la dégradation de leur environnement », et 56 % se disent inquiets pour l’avenir de leur exploitation.
Un travail devenu plus fatigant, et ralenti
Pour 68 % des répondants, la première cause de pénibilité est liée au climat (travailler sous la chaleur, la pluie, le froid), devant l’effort physique qui ne constitue une des principales sources de pénibilité que pour 29 % des sondés. Un répondant sur deux considère que son travail s’avère plus fatigant qu’avant.
À noter que cette pénibilité climatique n’est pas qu’occasionnelle, puisque pour 40 % des répondants, elle s’observe plus de trois mois par an.
Des risques accrus pour la santé
Cette nouvelle donne climatique engendre davantage de risques pour la santé des exploitants et des travailleurs agricoles. 60 % des répondants estiment ainsi que de nouveaux risques sont apparus ou qu’ils se sont intensifiés depuis quelques années. Il s’agit ici d’un ressenti du terrain, et non « d’une étude épidémiologique », précise Caroline Véran.
Toutes catégories confondues, cette pression concerne d’abord les risques physiques, pour 85 % (coup de chaleur, maux de tête, déshydratation sont les premiers symptômes, intensifiés depuis cinq ans pour plus de la moitié des enquêtés). Les risques mentaux sont également élevés pour la catégorie des exploitants (cités par 67 %, contre 29 % des salariés saisonniers), tout comme les risques infectieux (67 % pour les exploitants, contre 31 % pour les saisonniers et 41 % pour les salariés en CDI). Les salariés (saisonniers et en CDI) sont en revanche plus nombreux à citer les risques chimiques (25 %), contre 14 % des exploitants, et 10 % des encadrants.
Un frein à l’attractivité du métier
Alors que le secteur peine à renouveler les générations et à recruter des salariés, l’accroissement de la pénibilité liée au climat fragilise l’attractivité du travail agricole. 26 % des exploitants interrogés envisagent d’arrêter le travail agricole d’ici cinq ans. Cette « usure silencieuse » pourrait limiter la capacité à transmettre, explique Caroline Véran, car « transmettre une ferme, c’est aussi transmettre ses risques ».
Plus précisément, il ne s’agit pas tant d’attirer que de garder, car le travail agricole n’est pas organisé pour prévenir ces risques. Sept professionnels sur dix n’ont jamais été formés ou sensibilisés sur le lien entre santé au travail et risques climatiques, révèle l’étude.
La formation, un levier à développer
Parmi les principales mesures de protection à mettre en place, citées par les salariés agricoles, figure en premier lieu l’accès à l’eau potable assuré pour tout le monde (47 %), suivi par le changement d’horaire (44 %), et une organisation mieux adaptée à la météo (38 %). Ils citent également des distributions d’eau régulière, ou encore le droit de s’arrêter quand cela ne va pas. Si ces solutions relèvent du bon sens, elles mériteraient d’être mieux connues, et peut-être pour certaines, d’être intégrées dans un cadre réglementaire qui simplifierait la décision des responsables agricoles et des encadrants. À noter qu’en cas de fortes chaleurs, la pratique la plus efficace pour limiter les risques reste la modification des horaires de travail.
La généralisation des formations est également indispensable : aujourd’hui, faute de formation structurée, « la gestion du risque climatique repose largement sur de l’empirisme », indique le baromètre, et l’expérience reste souvent acquise « sur le tas », « au prix de premiers symptômes ». Pour renforcer la pédagogie autour de ces questions, Clisève entend déployer des actions d’adaptation du travail, et affiner les résultats de son baromètre, filière par filière, avec de nouvelles vagues d’enquête.
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