Les agriculteurs en moins bonne santé que les autres actifs en fin de carrière

Agriculteur dans un champ
Sur le plan psychique, la santé des agriculteurs de plus de 50 ans est plus mauvaise que dans les autres professions. (©Adobe Stock)

Les exploitants agricoles ont deux fois plus de chance de se dire en bonne santé que quelqu’un qui exerce en tant qu’ouvrier, employé, ou dans une profession intermédiaire, et moins de risques de déclarer des pathologies telles que les maladies chronique, les troubles de l’alimentation, du sommeil ou de la vision, constate le Centre d’études de l’emploi et du travail (CEET) dans une publication de novembre 2025.

Pourtant, les agriculteurs sont plus exposés que les autres catégories professionnelles à la pénibilité du travail, et ces pénibilités jouent un rôle dans l’apparition de pathologies. On connaît notamment le lien entre l’exposition aux produits phytosanitaires et la prévalence du myélome multiple, du cancer de la prostate ou de la maladie de Parkinson.

Ce paradoxe entre l’état de santé déclaré et l’exposition accrue à des contraintes influant sur l’état de santé traduit surtout « un problème de mesure de la réalité plutôt que la réalité en elle-même », indique le Centre de l’emploi et du travail. Les résultats présentés par l’organisme s’appuient sur les données de l’enquête Conditions de travail réalisée entre 2018 et 2019 par la Direction de l’animation et de la recherche, des études et des statistiques (Dares), ainsi que sur celles de 2026 dédiées aux risques psychosociaux. Ces données ont été couplées à 34 entretiens menés auprès d’agriculteurs de 50 ans et plus.

Une forte dégradation de l’état de santé après 50 ans

On découvre ainsi que « la santé des agriculteurs de plus de 50 ans est nettement moins bonne que celle de leurs collègues n’ayant pas atteint cet âge ». Ils se révèlent deux fois plus nombreux à connaître un problème de santé qui les limite dans leurs activités habituelles, et les troubles dépressifs sont 3,5 fois plus fréquents chez les plus de 50 ans que chez les plus jeunes.

Globalement, l’écart de santé selon la tranche d’âge « est presque toujours plus élevé pour les agriculteurs que pour les autres catégories socioprofessionnelles ». Les exploitants agricoles connaissent un vieillissement corporel plus précoce et une situation globalement plus dégradée en matière de santé mentale.

Une accumulation de pénibilités

En cause, les différentes pénibilités du travail des non-salariés agricoles, dont les conséquences s’accumulent au fil des années. Sur le plan physique, les agriculteurs sont soumis à un cumul de contraintes comme le port de charges lourdes, les postures pénibles, mais aussi à des nuisances (humidité par exemple) et à un cumul de risques (contact avec des produits dangereux, risque infectieux, travail avec des machines...). Ils y sont même davantage exposés que les salariés agricoles.

Au niveau psychique, le fait d’être chef d’entreprise ajoute des contraintes bureaucratiques et réglementaires sources de stress. Les agriculteurs sont également plus exposés à une insécurité socio-économique, avec « une difficile adaptation des pratiques de travail à la volatilité des prix et aux évolutions réglementaires », indique le Centre d’études de l’emploi et du travail, qui constate que cette insécurité s’est accrue au fil des différentes réformes de la Pac.

Par ailleurs, l’exposition aux pénibilités se fait sur un temps particulièrement long et en continu : le début de carrière commence parfois très jeune, il y a très peu de reconversions ensuite, et les exploitants agricoles effectuent un nombre d’heures de travail particulièrement important. « Seuls 12 % des agriculteurs de 50 ans ou plus déclarent disposer d’au moins 48 heures de repos consécutives, contre 79 % de l’ensemble des actifs de la même tranche d’âge », souligne la publication.

Si la santé des agriculteurs après 50 ans s’avère « comparable à celle des classes populaires salariées sur le plan physique », la prévalence des troubles psychiques est « sensiblement plus élevée dans le non-salariat agricole que dans les autres professions », explique le CEET.

Une poursuite consciente de l’activité

Malgré la dégradation de leur santé en fin de carrière, les agriculteurs ont tenance à continuer malgré tout leur activité professionnelle, « parce qu’il leur apparaît possible de continuer ou parce qu’il leur semble impossible, à tout le moins inconcevable, d’arrêter », constate le CEET.  87 % des agriculteurs de plus de 50 ans estiment ainsi pouvoir poursuivre le même travail jusqu’à la retraite, contre seulement 76 et 75 % des ouvriers et employés dans la même tranche d’âge.

Les composantes valorisées du métier, la socialisation, font généralement contrepoids aux pathologies, certains agriculteurs préférant même travailler davantage « pour oublier leur souffrance, sinon se soigner », souligne la publication.

Ces constats amènent plusieurs réflexions, sur « la capacité des politiques publiques à poursuivre un objectif de performance économique sans nuire à la santé des agriculteurs », mais également sur celle « du système de retraite à tenir compte des effets pathologiques d’une carrière passée dans le non-salariat agricole ». Le CEET évoque notamment les difficultés, pour les agriculteurs, à accéder aux dispositifs de cessation anticipée de l’activité.

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