Comment le Mercosur renforce ses exportations de céréales et concurrence la France
Portés par la hausse de leur production de blé et de maïs, les pays du Mercosur renforcent leurs exportations céréalières. La concurrence avec la France sur ses marchés d’exportation reste pour le moment limitée en blé tendre, mais plus directe en maïs, notamment vers l’Espagne et l’Italie.
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Dans un document diffusé le 11 février, FranceAgriMer se penche sur le potentiel du Mercosur en matière d’exportations céréalières, et sur la façon dont il pourrait venir concurrencer la France sur ses marchés historiques.
Premier constat : la production céréalière du groupe de quatre pays sud-américains (Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay) « est en progression et bénéficie de marges d’expansion, notamment via des surfaces mobilisables, renforçant sa capacité exportatrice ».
Entre la campagne de commercialisation 2015/16 et celle de 2024/25, la production cumulée de blé, de maïs et d’orge du Mercosur est ainsi passée de 131 Mt à 229 Mt, dont presque deux tiers proviennent du Brésil et un tiers d’Argentine.
Cette hausse de la production s’appuie sur une progression des surfaces : + 0,5 Mha en blé et + 6,3 Mha en maïs en neuf ans pour le Brésil, + 2,4 Mha en blé et + 2,7 Mha en maïs pour l’Argentine.
FranceAgriMer souligne par ailleurs une asymétrie de la répartition de la production : le Brésil domine pour le maïs (70 % de la production du Mercosur en moyenne) tandis que l’Argentine est motrice pour le blé (64 %).
La montée en puissance de la production céréalière du Mercosur alimente ses exportations, qui ont doublé pour le maïs en neuf campagnes, atteignant 75 Mt sur 2024/25. Le blé a aussi progressé, mais plus modestement : + 36 %, à 17 Mt.
En blé tendre, concurrence limitée mais à surveiller en Afrique subsaharienne
La concurrence du Mercosur sur les clients des exportations françaises de blé tendre s’avère pour le moment « limitée et partielle ». De fait, les expéditions des quatre pays sud-américains sont surtout dirigées vers l’Amérique latine et l’Asie, quand les débouchés traditionnels du blé tendre français restent concentrés sur l’Afrique francophone et l’Union européenne.
En moyenne sur les années 2020-25, sur les 13 Mt de blé tendre exportés par le Mercosur, 49 % sont partis vers l’Amérique latine, 17 % vers l’Asie de l’Est et du Sud-est, 7 % vers l’Afrique subsaharienne, 4 % vers l’Afrique du Nord, et aucun volume n’a été exporté vers l’Union européenne.
Sur la même période, la France a expédié près de la moitié de ses volumes exportables vers l’UE, 26 % vers l’Afrique du Nord, 12 % vers l’Afrique subsaharienne et 11 % vers l’Asie de l’Est et du Sud-est, avec une hausse ponctuelle des envois vers la Chine.
C’est donc vers l’Afrique subsaharienne que l’on pourrait observer une forme de concurrence entre les origines françaises et sud-américaines pour le blé tendre.
Mais la France exporte surtout vers la Côte d’Ivoire, le Sénégal et le Cameroun, tandis que le Mercosur est plutôt présent dans les pays non francophones, notamment le Kenya et le Nigeria. Une concurrence partielle donc, mais « qui pourrait s’intensifier à moyen terme avec la croissance de la demande sur les grands marchés africains ».
De leur côté, les exportations de blé tendre du Mercosur vers l'Afrique du Nord sont pour l’instant « volatiles et non structurelles », souvent liées à des écarts de prix ponctuels. Par exemple, sur la campagne 2017/18, le prix moyen à l’export du blé tendre du Mercosur avoisinait les 150 €/t contre plus de 400 €/t pour le blé français, ce qui a entraîné un pic d’exportations du Mercosur vers l’Algérie.
Pour le maïs, une concurrence plus directe sur l'UE
C’est pour le maïs que la concurrence entre la France et le Mercosur est la plus directe, notamment sur les marchés européens, où les deux exportateurs « se positionnent sur des pays d’élevage clés ».
En moyenne sur les cinq dernières années, la France a exporté 4,5 Mt de maïs par an, dont 4 Mt vers l’UE à 27, notamment vers l’Espagne (25 %) et l’Italie (7 %). Le Mercosur expédie un volume équivalent vers l'UE-27 (4,2 Mt/an), avec là aussi un poids marqué vers les marchés espagnol (59 %) et italien (9 %).
Au sein de l’Europe hors-UE, « le Royaume-Uni concentre l’essentiel de la demande de maïs et la France y domine le Mercosur » en termes de volumes : 665 000 t/an contre 218 000 t/an.
Au-delà de l’Europe, les débouchés du maïs sud-américain se situent surtout en Asie de l’Est et du Sud-est (31 Mt en moyenne ces cinq dernières années), en Amérique latine (14 Mt), en Afrique du Nord (12 Mt) et au Proche et Moyen-Orient (12 Mt).
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