Tester le métier d’agricultrice… et se heurter déjà aux inégalités
Des inégalités hommes/femmes dès le test d’activité agricole. Une enquête du réseau des espaces-test agricoles, le Reneta, en arrive à cette conclusion. La répartition des tâches y est déjà genrée et 74 % des projets féminins impactés par les responsabilités familiales. Certaines entrepreneuses à l’essai témoignent, en outre, de violences sexistes et sexuelles.
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« Depuis 2020, la moitié des testeurs d’activité agricole sont des testeuses », constate le Reneta, réseau des espaces-test qui permettent, dans un cadre légal, d’essayer le métier d’agriculteur et d’agricultrice avant de se lancer en disposant de moyens de production et en étant accompagné. Il rapporte ce chiffre à la part de femmes s’installant en agriculture derrière, qui n’est que d’un tiers. D’où l’intérêt, selon lui, de prendre en compte le genre dans le test d’activité agricole, ce qui était peu le cas jusqu’ici.
Dans le cadre du projet inter-Onvar (organismes nationaux à vocation agricole et rurale) « Dégenrons l’installation en agriculture » – la présentation des premiers résultats a eu lieu en décembre – deux enquêtes ont été menées, la première auprès des entrepreneurs et entrepreneuses à l’essai, la seconde de leurs accompagnateurs et accompagnatrices, pour faire un état des lieux de la situation et mettre en œuvre des actions spécifiques.
Seules 40 % font de la mécanique
Lorsque le test se fait en couple, la répartition des tâches s’avère assez genrée : 90 % des femmes s’occupent de l’administratif contre 70 % des hommes, et seulement 40 % de la mécanique et de l’entretien des machines versus 70 %. Qu’elles envisagent de s’installer en couple ou seule, les responsabilités familiales impactent 74 % les projets féminins vs 54 % pour leurs homologues masculins. « La maternité est source de tensions au niveau de l’organisation du travail et interroge les candidates à l’installation sur leurs droits et leur avenir professionnel », détaille l’étude.
Ici aussi, elles se sentent moins légitimes que leurs collègues masculins, dans leur futur métier pour 90 % d’entre elles, à demander de l’aide pour 70 % et avoir le droit à l’erreur pour 90 % également. « Le test permet de prendre conscience de ces déséquilibres hommes/femmes et des difficultés parfois à travailler en couple. Se confronter à l’autre, futur associé – conjoint ou non – facilite la décision de s’installer en société ou pas. »
L’espace-test les aide à gagner en confiance, autonomie et légitimité
À leur arrivée au sein de l’espace-test, les femmes font face aux mêmes obstacles sur la formation, le foncier, le financement… que les futures installées en agriculture qui ne sollicitent pas ce dispositif. Vouloir devenir agricultrice est vécu comme « un changement de vie, un grand chamboulement ». Elles voient alors l’essai comme « un outil d’installation progressive, simplifiant les investissements parce qu’il donne confiance aux banques, et favorisant le développement d’un réseau et l’ancrage local. »
Cet essai m’a donné le courage de m’installer seule.
Il les aide à être plus autonomes, confiantes et à prendre des responsabilités. « Un moyen de légitimisation pour celles qui projettent de s’installer en individuel », comme l’illustre l’un des propos recueillis : « Le test a été l’élément déclencheur de mon installation. Je ne pensais pas avoir le courage de m’installer seule. J’ai pu expérimenter cela progressivement. » De tous ces éléments, le Reneta en a fait un plan d’actions pour que les entrepreneuses accèdent plus facilement au test d’activité.
Il s’agit d’abord de mieux le faire connaître et d’en parler dans tous les parcours de formation comme « d’une brique » essentielle pour construire son projet d’installation et l’ajuster si nécessaire, sans obligation immédiate de résultats, pour les femmes comme les hommes. Le réseau va travailler notamment sur l’adaptation des moyens de production (ergonomie du matériel entre autres), l’apport en capital et la rétribution du travail au sein du couple, etc. Et parce que les espaces-test ne sont pas exempts de discriminations, ni de violences sexistes et sexuelles, le réseau a adopté une charte de prévention et de lutte.
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