En Bretagne, les femmes représentent 39 % des personnes accueillies au PAI (point accueil installation) mais 47 % ne donnent pas suite à leur projet d’installation agricole, soit 10 % de plus que les hommes. Autre exemple : dans les Alpes-Maritimes, 74 % des accompagnements en PPP (plan de professionnalisation personnalisé) concernent des porteuses de projet quand les agricultrices ne comptent que pour 37 % des installations du département. Pour rappel, au niveau national, seulement 26,6 % des chefs d’exploitation sont des cheffes (chiffre MSA de 2023) et, en moyenne chaque année, 34,6 % des installés sont des installées.
« L’agriculture ne se féminise pas », constatent plusieurs réseaux de développement agricole accompagnant aussi les futur(e) s agriculteurs et agricultrices dans leur parcours pour s’installer. Le fait que « beaucoup ne concrétisent pas leur projet » les interroge également. Autre constat : les accompagnements, au sein de leurs structures comme de l’ensemble des organismes qui en proposent, intègrent peu les questions de genre et les inégalités qui en découlent en termes de statut, d’accès à la formation, à la terre, aux financements…
114 000 agricultrices sans statut
Elles rappellent, qu’en 2023, selon la MSA, environ 114 000 femmes mariées à des exploitants travaillent sur la ferme sans statut, donc n’ont pas de protection sociale. Concernant la formation initiale et continue, l’orientation dans l’enseignement agricole reste genrée, les filles n’accèdent pas aussi facilement aux compétences techniques – pour apprendre à conduire un tracteur par exemple – et aux stages que les garçons. Pour ce qui est du financement, elles disposent de moins de capital initial et de garanties pour emprunter.
Les montants des prêts qui leur sont consentis sont inférieurs et les banquiers se montrent plus frileux, de même que les autres organisations accompagnatrices, en outre parce qu’une part importante d’entre elles ne viennent pas du milieu agricole et veulent développer des activités atypiques sur des structures plus petites. Les aides sont moins accessibles en raison de critères qui les défavorisent : 42 % des agricultrices s’installent après 40 ans et ne bénéficient pas de la DJA en particulier, contre respectivement 32 et 24 % pour leurs homologues masculins.
Seules 25 % s’installent avec DJA
Au global, seuls 25 % la perçoivent. Du fait de leur parcours antérieur moins agricole, elles n’ont pas forcément un diplôme de niveau 4. Sur le foncier, elles sont moins nombreuses à hériter de terres et à pouvoir en acheter pour les raisons évoquées précédemment. Elles se heurtent, de plus, aux réticences des cédants comme des propriétaires. Sans parler des stéréotypes de genre qui perdurent dans le milieu agricole, remettant en cause leur légitimité, technique en particulier.
Autant d’observations qui ont incité plusieurs groupes de développement agricole – Civam, Fadear, Fnab, Trame, Service de remplacement France, Terre de liens, Reneta, Solidarité paysans, Mouvement interrégional des Amap, Accueil paysan – à se regrouper au sein du projet inter-Onvar (organismes nationaux à vocation agricole et rurale) initié il y a deux ans – « Dégenrons l’installation en agriculture » – dont les premiers résultats ont été présentés début décembre.
S’adapter à des réalités différentes
Ses objectifs : « Être au plus près des réalités des futures et jeunes installées en agriculture et trouver des leviers face aux freins auxquels elles sont confrontées. » Il s’agit, entre autres, « de leur porter une attention particulière dans les parcours d’accompagnement et de donner l’envie aux femmes de s’installer en agriculture, puis la bonne caisse à outils pour réussir et qu’ensuite leur installation soit pérenne ». « Nos réseaux ont décidé de prendre ces sujets à bras-le-corps. Il est urgent d’agir, chacun et chacune à nos échelles, pour déverrouiller ce plafond de verre, ou plutôt de terre, afin de garantir un accès égal au métier d’agriculteur et agricultrice », lancent-elles.
D’autant que « les femmes jouent un rôle central dans la transition de l’agriculture vers des pratiques plus durables et résilientes », jugent ces organisations, ce à quoi elles sont particulièrement sensibles. « Et que le ministère de l’agriculture est en pleine construction d’une feuille de route sur la place des femmes en agriculture, ajoutent-elles. Il faut en effet faire évoluer les politiques publiques et adapter le parcours à l’installation agricole à des réalités différentes entre porteurs et porteuses de projet. »
Déverrouillons ce plafond de terre.
"Dégenrons l’installation en agriculture » vise à ce que chacun de ces organismes s’approprie cette problématique, l’étudie, expérimente, pour par la suite partager, capitaliser, diffuser les enseignements et les solutions qui en ressortent. Des études ont notamment été menées au sein des Services de remplacement France et du Reneta, réseau national des espaces-tests agricoles. 11 actions ont été recensées sur le territoire : interventions dans les établissements scolaires et les centres de formation agricoles, création ou amélioration de dispositifs d’accompagnement existants, systèmes de marrainage, de groupes d’échange, d’une pépinière d’administratrices d’OPA.