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« Souveraineté alimentaire » à l'horizon 2035 : où en sont les filières ?

Annie Genevard a présenté mardi les travaux des filières agricoles françaises pour « réarmer » la production à l'horizon 2035.

Point d'étape avant le lancement cet été d'une « grande stratégie » pour assurer la souveraineté alimentaire de la France, la ministre de l'agriculture Annie Genevard a présenté mardi les travaux des filières agricoles françaises pour « réarmer » la production à l'horizon 2035.

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Sept groupes sectoriels ont été mis en place pour « identifier les marges de reconquête de la production et de la transformation ». Une demande revient régulièrement : simplifier l'administratif et les normes environnementales. Le plan sera peaufiné ces prochains mois à l'échelle locale.

Viande blanche

Plus d'un poulet sur deux consommé en France est importé. L'appétit grandissant pour les œufs français vide certains rayons. La France ne produit pas assez de jambons pour ses planches de charcuterie.

Afin de réduire les importations, la filière volaille aurait besoin de 280 nouveaux poulaillers par an, en plus des 14 000 existants, soit 2,8 milliards d'euros d'investissement d'ici 2035.

Pour la filière œufs, il faudrait 575 nouveaux poulaillers d'ici 2035 (1,1 milliard d'euros).

Concernant les porcs, 100 créations ou reprises d'élevages par an (5 milliards d'euros) - 2 100 existent déjà. Pour les lapins, 30 créations ou reprises par an (300 millions) et les canards gras, 55 créations et 100 reprises annuelles (250 millions).

Ces filières demandent notamment une simplification des autorisations environnementales pour construire plus facilement de nouveaux bâtiments.

Fruits, légumes et grandes cultures

Un plan souveraineté existe pour les fruits et légumes depuis 2023 et pour le blé dur depuis 2024.

Troisième producteur européen de légumes frais, cinquième pour les fruits, la France importe toutefois près de la moitié de ce qu'elle consomme. Son taux d'auto-approvisionnement était de 54 % entre 2021 et 2023. Objectif : regagner 5 points d'ici 2030 et 10 d'ici 2035.

Seule la pomme de terre est autosuffisante. La France en est le premier exportateur mondial. Elle manque toutefois d'usines de transformation.

En plus de promouvoir la consommation, le groupe fruits et légumes recommande de « sécuriser la production et la transformation », notamment avec des aides pour s'adapter au changement climatique.

La France, premier producteur européen de blé et de maïs, importe pourtant de la farine et des pâtes, souligne le groupe grandes cultures. Ce groupe de travail recommande de soutenir les investissements dans les outils de transformation pour « reconquérir » des parts de marché avec des produits français, mais aussi de développer des filières de protéines végétales et de textiles.

Viande rouge

Les filières d'élevages de ruminants sont proches de l'autosuffisance (viande bovine, lait de chèvre), voire excédentaires (lait de vache et brebis), sauf la viande ovine, pour laquelle il faudrait un million d'agneaux supplémentaires par an d'ici 2028.

Mais la concurrence brésilienne sur le bœuf et néo-zélandaise sur les agneaux effraye alors que le cheptel français ne cesse de baisser, dans le sillage d'une consommation qui s'érode.

En plus de stabiliser, voire de remplumer les cheptels, les principaux défis sont la modernisation des élevages, l'adaptation au changement climatique, la facilitation de la construction de nouveaux bâtiments et une meilleure communication sur l'origine des viandes sur les produits.

Viticulture

Vins et spiritueux forment toujours le 3e excédent commercial de la France, mais celui-ci régresse, affecté par les guerres douanières et une érosion des volumes vendus, face à la baisse de consommation.

Contre cette « crise économique majeure », renforcée par des aléas climatiques, il faudra « adapter les volumes », comme le permet l'Union européenne, estime la filière, qui a déjà mis en œuvre plusieurs plans d'arrachage de vignes. Et « adapter l'offre » (vins aromatisés, « produits innovants »...).

Sur le plan agronomique, elle réclame de l'innovation variétale, souhaite valoriser les coproduits et « éviter » les restrictions d'usage de pesticides que l'UE n'impose pas.

Au plan commercial, il faut cibler les jeunes adultes, miser sur l'œnotourisme et conquérir de nouveaux pays.

Autres produits

Le groupe dédié aux autres productions végétales recommande d'augmenter la production de houblon, de plantes aromatiques et médicinales ou de lin, et de relocaliser la production de jeunes plants.

Le groupe pêche et aquaculture reprend, lui, les plans existants pour ses filières : moderniser la flotte, renforcer pisciculture et conchyliculture. Il appelle aussi à un « sursaut » des consommateurs français, qui préfèrent le saumon et les crevettes importés au merlu, les pêcheurs français fournissant moins du quart des poissons consommés en France.

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