Agriculture française : marchés sous pression en 2025 et fortes incertitudes en 2026
Chute des prix, hausse des coûts, décrochage du commerce extérieur… Après une année 2025 éprouvante pour le secteur agricole, 2026 s’est ouverte sur un environnement économique et géopolitique toujours très instable, où les enjeux internationaux pèsent de plus en plus.
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Dans un point de conjoncture publié en janvier, Chambres d’agriculture France dresse le bilan d’une année 2025 marquée par « des turbulences multiples » qui ont affecté l’agriculture française et met en avant « les dimensions internationales qui pèsent de plus en plus pour le secteur agricole ».
L’économiste Thierry Pouch rappelle la « spirale baissière » dans laquelle se trouvent les marchés des grandes cultures, mis sous pression par une offre mondiale abondante. Ces derniers mois, les prix du blé sont ainsi tombés dans une fourchette de 185-195 €/t et ont parfois approché les 200 €/t, un niveau trop faible pour couvrir les coûts de production.
La situation est d’autant plus tendue que la question des engrais est redevenue centrale en raison de la hausse des coûts d’approvisionnement (+ 12 % pour le poste engrais et amendements entre novembre 2024 et novembre 2025), des taxes supplémentaires instaurées par l’UE sur les engrais importés de Russie et de Biélorussie, et du mécanisme MACF mis en place au 1er janvier 2026 et que les pouvoirs publics pourraient suspendre rétroactivement.
Le MACF concernerait toutes les importations françaises d’engrais et induirait un surcoût d’environ 170 M€, selon le ministère de la transition écologique.
Dans ce contexte de baisse des prix des grains et de renchérissement des prix des intrants, les résultats des exploitations se sont dégradés : selon le Rica, le revenu courant avant impôt (RCAI) a diminué pour la deuxième année consécutive.
Décrochage du commerce extérieur agroalimentaire
Pour Thierry Pouch, la faiblesse des prix de l’énergie joue toutefois un rôle d’amortisseur début 2026 : grâce à une offre mondiale abondante et une demande modérée, le prix du baril de pétrole demeure plutôt bas. « La reconfiguration de la carte mondiale de l’offre pétrolière » sera un enjeu majeur dans les mois qui viennent, comme l’a illustrée la prise de contrôle du secteur pétrolier vénézuélien par les États-Unis, en janvier.
L’économiste alerte aussi sur un signal préoccupant pour l’agriculture française : le décrochage de son commerce extérieur agroalimentaire, une situation inédite depuis 1978. De fait, « entre octobre 2024 et octobre 2025 en cumulé, le solde commercial s’est contracté de 87 %, à seulement 715 millions d’euros ».
Chambres d’agriculture France s’interroge sur l’absence de réaction des pouvoirs publics face à cette dégradation, rappelant que l’érosion de la compétitivité de l’agriculture française s’observe depuis le début des années 2000.
« L’excédent total agroalimentaire ne tient plus qu’à un fil », poursuit Thierry Pouch : le solde des produits bruts est déficitaire, tandis que l‘excédent des produits transformés subsiste, mais baisse fortement. Les échanges avec les pays de l’UE continuent de se détériorer, et seul le solde positif avec les pays tiers permet encore de garder un excédent global.
Cette fragilité est renforcée par le net recul de la compétitivité-prix : la hausse de l’euro face au dollar depuis début 2025, couplée à la mise en place des droits de douane américains, a pénalisé les exportations agricoles françaises.
Pour le chercheur, la détérioration du solde commercial agroalimentaire de la France pose des questions majeures, en particulier celles de la souveraineté alimentaire et de la place de l’agriculture française au sein de l’économie mondiale.
Durcissement du contexte international
La situation française s’inscrit dans « un contexte international qui s’est brusquement durci » ces derniers mois. Le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche a ainsi marqué le retour d’une stratégie commerciale agressive des États-Unis, via un usage intensif des droits de douane sur les produits importés. L’objectif : réduire le déficit commercial colossal du pays, y compris en matière agroalimentaire, en ciblant notamment les produits européens.
La Cour suprême américaine pourrait remettre en cause cette politique : dans les semaines qui viennent, elle doit statuer sur la légalité des droits de douane. En cas d’invalidation, l’administration Trump pourrait se tourner vers d’autres leviers, notamment monétaires, pour restaurer la compétitivité US à l’export.
En parallèle, les tensions commerciales entre l’UE et la Chine se sont accentuées et compliquent aussi les exportations françaises. Les taxes européennes sur les importations chinoises de véhicules électriques ont entraîné des représailles de Pékin, qui touchent entre autres la viande porcine et les produits laitiers.
Pour Thierry Pouch, cette « élévation du degré de conflictualité économique et commerciale dans le monde a provoqué une sorte de panique dans l’UE », conduisant à l’accélération des discussions autour de l’accord avec le Mercosur, signé mi-janvier.
Les divisions apparues entre les États membres sur ce dossier laissent selon lui présager de nouveaux clivages sur le sujet des accords commerciaux (Inde, Thaïlande, Malaisie, Australie), et font peser un risque de tensions politiques au sein de l’UE à l’approche de négociations cruciales sur le budget européen, la Pac et l’élargissement de l’Union à l’Ukraine.
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