Pac, eau… Les leviers des Chambres d’agriculture pour sortir de la crise
Si en 2025 la France a, pour la première fois depuis quarante ans, importé davantage de produits agroalimentaires qu’elle n’en a exportés, les revenus des agriculteurs s’en ressentent directement, avant même l’entrée en vigueur de l’accord entre l’UE et les pays du Mercosur, rappellent les chambres d’agriculture. Dans un contexte difficile pour les agriculteurs, qui n’ont cessé de manifester ces dernières semaines, les chambres appellent à « redonner des perspectives », en facilitant le développement des projets sur les exploitations.
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« Nous avons besoin de se redonner une ambition pour l’agriculture, on veut y participer, c’est ce que demandent les agriculteurs qui sont dans la rue ». Pour le président de Chambres d’agriculture France, Sébastien Windsor, l’urgence est de redonner du revenu aux agriculteurs, alors que celui-ci accuse cette année encore une baisse de — 20 %, après une chute de 39 % l’année précédente. Pour cela, il faut « générer des projets dans le monde agricole, chez tous les agriculteurs, et dans tous les territoires », ajoute-t-il. Les récentes annonces gouvernementales semblent conformes à cette ambition, même s’il faut aller plus loin sur plusieurs sujets, ont expliqué les chambres d’agriculture le 14 janvier.
Tirer les leçons de la crise sanitaire
Accompagnant les éleveurs touchés par la DNC, les chambres d’agriculture saluent l’annonce de fonds supplémentaires pour indemniser les pertes de production. Alors que le dernier cas recensé date du 2 janvier, Sébastien Windsor nourrit l’espoir de voir le bout de la crise. Quant à la stratégie gouvernementale, « elle fonctionne, le doute n’est pas permis », estime le président des chambres d’agriculture.
Cette épizootie doit néanmoins permettre de tirer des leçons pour « tracer plus vite les animaux dans les déplacements », explique Olivier Lebert, secrétaire général et éleveur bovin, à travers la dématérialisation des passeports bovins et les boucles électroniques. Au-delà, une réflexion doit être menée sur la répartition sur nos territoires des différents élevages, notamment avec un retour de l’engraissement en France, ajoute-t-il, ce qui limiterait les déplacements des bovins tout en créant davantage de valeur sur le territoire.
Des simplifications nécessaires
Si les Chambres d’agriculture saluent également l’annonce de fonds supplémentaires notamment pour les filières grandes cultures (40 M€), la viticulture (130 M€), touchées par les conséquences du changement climatique, « le volet eau est primordial », souligne Arnaud Delestre, vice-président de Chambres d’agriculture France. Le triplement du fonds hydraulique, également annoncé par la ministre de l’agriculture le 9 janvier, apparaît à cet égard positif, mais « nous avons besoin de simplification aujourd’hui pour construire un projet sur l’eau », ajoute-t-il.
En ce sens, Sébastien Windsor salue la loi d’urgence annoncée hier par le Premier ministre et qui doit permettre, en plus des décrets attendus de la loi Duplomb-Ménonville, d’accélérer la mise en place de dispositifs de retenues d’eau et de débloquer les nombreux projets en attente.
Il n’y a pas que sur l’eau que des simplifications restent attendues. C’est le cas notamment sur la directive nitrates : « dans un paquet de territoires, on ne sait même plus expliquer aux agriculteurs les règles d’épandage », déplore Sébastien Windsor. Si une partie du problème vient du cadre européen, des dérogations plus générales doivent également passer par les Préfets, explique le président des Chambres d’agriculture. De même, sur les homologations de produits phytosanitaires, les Chambres demandent la mise en place d’un principe de reconnaissance mutuelle lorsqu’une solution est déjà autorisée dans un autre pays de l’UE, car les dossiers d’homologation coûtent cher et doivent être réalisés pour chaque pays. Le coût freine parfois les fabricants quand le produit concerne de petites filières.
Pac : « le compte n’y est pas »
Autre levier de soutien à l’agriculture, la Politique agricole commune. Les chambres continuent ainsi à défendre une Pac réellement commune, avec « une vocation à produire » et « une harmonisation des soutiens » pour limiter les distorsions de concurrence. Si la première proposition de budget mise en avant en juillet par la Commission n’est pas à la hauteur de ces ambitions, les évolutions annoncées plus récemment (49 milliards d’euros supplémentaires avec un ciblage rural, et 45 milliards d’euros, ciblés vers l’agriculture, provenant des fonds non affectés) restent floues et ne permettraient de toute façon pas de maintenir, pour la France, un budget identique à celui de la programmation actuelle, explique Guillaume Lefort, vice-président des Chambres d’agriculture.
Cette question du budget est d’autant plus importante que la Pac doit permettre, estiment les Chambres d’agriculture, « d’augmenter le revenu et la durabilité » dans les exploitations agricoles, en permettant notamment de maintenir de l’activité en zones intermédiaires, d’accompagner les transitions mais également les projets, grâce à une simplification des MAEC.
« Redonner une ambition » grâce aux conférences de la souveraineté
Sébastien Windsor se félicite également de la tenue des conférences de la souveraineté alimentaire qui, en parallèle des dernières annonces gouvernementales, démontrent « l’ambition de produire plus, et de lever les contraintes », estime-t-il, ne souhaitant pas « attendre l’élection présidentielle » pour avancer sur ce chantier.
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