Insécurité alimentaire Dix ans après les émeutes de la faim, le CCFD pointe l'inaction internationale

AFP

Dix ans après l'envolée des prix agricoles et les émeutes de la faim dans 38 pays d'Afrique, l'ONG CCFD Terre Solidaire dresse un implacable constat de l'inefficacité de l'action internationale pour réduire la faim dans le monde, accusant la France de « schizophrénie » sur le sujet.

A l'occasion de la journée internationale de l'alimentation des Nations unies, l'ONG publie lundi un rapport montrant une montée de « l'insécurité alimentaire dans le monde », avec « une personne sur trois qui n'a pas accès à une alimentation équilibrée, saine et durable ».

Malgré de multiples engagements en ce sens, « nous n'avons pas réduit de moitié le nombre de personnes souffrant de la faim dans le monde. Et les chiffres de l'Organisation des Nations unies pour l'agriculture (FAO) publiés en septembre montrent que 815 millions de personnes dans le monde sont concernées », a déclaré à l'AFP Maureen Jorand, responsable du plaidoyer Souveraineté alimentaire au sein de l'ONG. « Il semble que l'on soit encore loin de l'objectif que la communauté internationale se fixe depuis plus de 40 ans de réduire par deux la faim dans le monde », ajoute le rapport.

Le Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD) estime urgent de « lutter contre la volatilité des prix » et demande une régulation des marchés agricoles, « alors que se multiplient les traités de libre échange et autres accords de partenariat économique qui ne permettent pas aux pays de protéger leur agriculture, en particulier dans les pays en développement ». L'ONG épingle également les « impacts négatifs » de « certains investissements dans l'agriculture », comme « l'accaparement des terres » en Afrique ou en Asie, et « l'endettement des paysans ».

Le CCFD est particulièrement sévère pour une initiative internationale lancée en mai 2012 (nouvelle alliance du G8) afin de lutter contre l'insécurité alimentaire en Afrique, qui a surtout débouché sur l'ouverture des marchés agricoles africains à des multinationales et sur l'implantation de grands projets d'agro-business, mais n'a guère contribué à nourrir les populations.

En France, le CCFD critique la « schizophrénie » des Etats-généraux de l'alimentation en cours où se discutent avec des objectifs « potentiellement divergents » la « conquête de marchés agricoles à l'international par les entreprises françaises » et « la politique de coopération pour la sécurité alimentaire mondiale ». Pour l'ONG, la lutte contre l'insécurité alimentaire et nutritionnelle suppose « une transition et des choix clairs de modèles agricoles et de systèmes alimentaires ».


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