Sous les monuments de Paris, le coup de force des tracteurs agricoles

Sous les monuments de Paris, le coup de force des tracteurs agricoles
(©Coordination Rurale 86)

En haut des Champs-Elysées, sous l'Arc de Triomphe, le calme vers 6h, avant l'aube, comme si le jeu du chat et de la souris avec les forces de l'ordre pour que les membres du syndicat Coordination rurale investissent les principaux monuments à bord de leurs engins massifs avait été tâche aisée.

Cerné par un imposant dispositif policier sur le rond-point de l'Arc de Triomphe, un agriculteur descend un quatre-quarts de son tracteur bleu, dont la pelle est recouverte d'une invective : « France ! Veux-tu encore de tes paysans ».

« On n'est pas là pour foutre le bazar », se justifie d'emblée auprès de l'AFP Damien Cornier, un agriculteur de 49 ans venu de l'Eure. « On a juste envie de travailler et vivre de notre métier, et éviter que les gens mangent de la merde », explique cet exploitant spécialisé dans la betterave sucrière.

Bonnet jaune CR (Coordination rurale) vissé sur la tête, il avoue être surpris d'avoir rallié aussi facilement vers 3h30 ce haut lieu du tourisme avec treize autres tracteurs, sans rencontrer la moindre opposition. « Ça s'est très bien passé. On a pris les bons chemins », sourit l'agriculteur membre de la CR 27, venu porter la colère d'une profession. « On n'arrive plus à vivre de notre travail. Le problème, c'est qu'on nous impose des normes françaises, mais nous, on est payés au prix du marché mondial », s'agace Damien Cornier. L'ancien Premier ministre « Gabriel Attal nous a fait des promesses en 2024, mais on n'a rien eu ! », ajoute-t-il.

« Colère globale »

Au total, d'après Bertrand Venteau, président du deuxième syndicat agricole français, une centaine de tracteurs sont entrés dans Paris, « un exploit ».

Selon le ministère de l'Intérieur, ils ont par petits groupes « contourné et forcé parfois en prenant des risques totalement inconsidérés les barrages mis en place en grande couronne et en petite couronne » de Paris.

Ludovic Ducloux, co-président de la CR 33, et une vingtaine d'autres sont arrivés aussi avant 4 h sous la Tour Eiffel, où ils ont eu le temps d'aligner une dizaine de tracteurs pour une photo souvenir. Les forces de l'ordre leur ont ensuite demandé de les garer dans une rue adjacente. Mais le coup est réussi, estime le viticulteur du Bordelais, 46 ans, qui assure n'avoir « pas forcé de barrage » policier. « C'est passé sans avoir d'encombre », se félicite-t-il, expliquant n'avoir « pas trouvé de gendarme sur (sa) route ».

« On avait dit qu'on monterait à Paris. On n'avait jamais réussi ! Maintenant on va voir s'il y en a qui sont prêts à nous recevoir », souligne-t-il au pied de la Dame de fer plongée dans le brouillard.

Un appel à manifester devant l'Assemblée nationale à 10h a été lancé par la CR, pour protester notamment contre l'accord de libre-échange entre l'UE et des pays du Mercosur.

« Il y a une colère globale de l'agriculture parce qu'elle est en train de mourir au complet », peste Ludovic Ducloux, accompagné d'agriculteurs qui opinent du chef.

La suite du mouvement et de la présence des tracteurs dans Paris ? « On verra », botte en touche Damien Cornier, sous l'Arc de Triomphe. Perché dans son tracteur, un autre hausse les épaules. Sur son engin, il a bricolé un échafaud et pendu un mannequin, bottes et combinaison d'agriculteur. « On en est là », dit-il.

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