Tribune de Pascal Cochelin, consultant Robotique agricole : la future main d’œuvre des champs

Pascal Cochelin Terre-net Média

« La robotique conquiert les bâtiments agricoles depuis les années 2000. Depuis peu, elle se dégourdit les jambes et part à l’assaut des champs, des serres et des vergers. Un potentiel énorme, mais aussi un long chemin à parcourir pour répondre aux exigences complexes du travail sur le terrain », explique dans une tribune Pascal Cochelin, consultant en efficience numérique.

Robots agricolesSelon Pascal Cochelin, « dans 5 à 10 ans, les robots, seuls ou en groupes, seront à même de prendre en charge les tâches les plus pénibles et répétitives ». (©Terre-net Média)

 

« Robots et machines futuristes peuplent les films de science-fiction et nos imaginations depuis des décennies. Aujourd’hui, la réalité rejoint déjà la fiction. Les robots avancent à cloche-piedretrouvent leur équilibre ou interagissent « intelligemment » avec les êtres humains.

La première difficulté de la robotique en agriculture : la complexité de l’interaction avec le terrain et les plantes. 

Dans le milieu agricole, la ressemblance des robots avec les Hommes n’est pas encore d’actualité, mais ils rendent déjà de grands services. Depuis plus de 15 ans, les robots de traite libèrent les éleveurs d’une tâche répétitive et chronophage. Dans les bâtiments, l’alimentation du bétail et le nettoyage profitent également de cette assistance. Les perspectives à venir de la robotique agricole sont inimaginables. Ses bénéfices espérés sont aussi nombreux que variés : gains économiques, diminution de la pollution, réduction de la pénibilité des travaux, optimisation des pratiques culturales…

Mais à ce jour, la tâche principale des robots, qui travaillent à l’extérieur des bâtiments agricoles, est le désherbage mécaniqueOzAnatisMYCE_vigne ou encore ecoRobotix n’en sont que quelques exemples. Techniquement, il s’agit de l’approche la plus simple, avec des terrains réguliers et une interaction minimale avec les plantes cultivées.

Car la première difficulté de la robotique en agriculture : la complexité de l’interaction avec le terrain et les plantes. Car je ne vous apprendrais rien en disant que le sol est souvent boueux, rocailleux et/ou irrégulier. Pour un robot, c’est un gros problème. De même, les plantes, qui peuvent nous paraître similaires comme les ceps de vigne ou les arbres taillés, présentent de grandes différences aux yeux d’un programme informatique. Et quand il faut tailler une branche ou cueillir un fruit, c’est tout un cheminement "intellectuel" et "manuel" que les robots n’ont pas encore tout à fait. D’autant plus que "réfléchir" demande de la puissance, donc de l’énergie, et que les batteries sont limitées. On tourne un peu en rond !

MÉFIANCE DES AGRICULTEURS À L'ÉGARD DES ROBOTS

Prenons un exemple concret et voyons les atouts et les manques des robots actuels : la cueillette de fruits. Partant du constat qu’une cueillette mécanisée est déjà très optimisée en termes de temps de récolte et de coût, une cueillette robotisée ne présente un intérêt que si elle apporte une plus-value significative. Nous pouvons ainsi imaginer qu’un arboriculteur au sein d’une région touristique pourrait paramétrer ses robots pour qu’ils ramassent les fruits mûrs et les mettent en cagettes calibrées. Le tout étant prêt à 9h du matin, quand la vente aux touristes peut commencer. On peut l’imaginer. Mais pour le moment, les robots ne sont pas assez « intelligents », pas assez autonomes et pas assez polyvalents. Il faut leur intégrer plus d’intelligence artificielle et plus de capacités de manipulation. Donc des batteries plus puissantes. Cela viendra d’ici quelques années.

Dans 5 à 10 ans, les robots, seuls ou en groupes, seront à même de prendre en charge les tâches les plus pénibles et répétitives.

Autre frein au développement des robots agricoles : la méfiance. Car ces petites bêtes peuvent révolutionner les habitudes des agriculteurs, mais exigent aussi de revoir sensiblement la manière même d’aborder l’agriculture. Ainsi, la question qui revient le plus souvent est « quelle sera la place de l’agriculteur si les robots font tout ? ». Il est vrai que piloter un robot au travers d’une tablette ou d’un smartphone fait sans doute plus rêver la génération Z (les moins de 18 ans) que la génération X (les plus de 45 ans). Et que le plaisir de mener un bon gros tracteur ou une moissonneuse-batteuse est un privilège que l’on a du mal à imaginer perdu. Cette méfiance est amplifiée par le fait que nous n’en sommes qu’aux balbutiements de cette technologie. Le marché le montre : la plupart des robots sont produits par des start-up. Beaucoup sont encore à l’état de prototypes, plus ou moins avancés. Et donnent des résultats plus ou moins convaincants dès que les conditions se durcissent.

La robotique agricole a d’ores et déjà largement démontré son potentiel. Les agriculteurs pionniers vont lui permettre de mûrir en offrant aux concepteurs des conditions réelles de travail. L’intelligence artificielle, le sens du « toucher » et le couplage avec IoT et Big Data feront des miracles. Dans 5 à 10 ans, les robots, seuls ou en groupes, seront à même de prendre en charge les tâches les plus pénibles et répétitives. Et donc d’augmenter le confort de travail pour les générations actuelles et l’attirance du métier pour les générations futures.

Pionniers, l’avenir des robots, et donc en partie de l’agriculture, est entre vos mains pour les aider à passer les quelques années qui viennent ! »

L'auteur : Pascal Cochelin 
Pascal Cochelin, consultant  
en efficience numérique.   


Pascal Cochelin accompagne les dirigeants dans leurs projets numériques, quel que soit le domaine de l’entreprise.

Deux axes : 
• le système d'information (opérationnel, organisation, pilotage de projet, audits...), 
• la transition numérique de l’entreprise (avec adaptation aux attentes, capacités et besoins de chaque service)... Avec la conviction profonde que la réussite d’un projet numérique dépend autant de la maîtrise technologique que de la volonté des équipes à la mettre en œuvre.

  
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