Tchat commercialisation 2014-2015 Toutes les réponses de Gautier Le Molgat à vos questions

Terre-net Média

Pendant une heure, vendredi 7 novembre 2014, Gautier Le Molgat, consultant Agritel et spécialiste de la gestion du risque prix, a répondu aux questions des lecteurs de Terre-net concernant leur stratégie de commercialisation. Retrouvez toutes ses réponses.

Champs cultivésToutes les réponses de Gautier Le Molgat d'Agritel.  (©Terre-net Média)Terre-net Média :  Bonjour, Bienvenue pour ce tchat spécial marchés qui se tient dans les locaux d'Agritel, à Paris.

Arnaud Carpon : Je suis aux côtés de Gautier Le Molgat, consultant Agritel. Nous démarrons ce tchat.

A suivre mercredi 12 novembre : En vidéo, l'analyse de Gautier Le Molgat sur les perspectives de prix des céréales et oléagineux dans les prochaines semaines.
Lamary : On dit que l’embargo russe va avoir un impact sur les productions agricoles européennes. Quid des productions céréalières ?

Gautier Le Molgat : Il est clair que l'embargo russe pénalise déjà les secteurs des fruits et légumes et celui de la viande européenne. Ces volumes devront trouver de nouveaux débouchés afin d'éviter l'engorgement du marché européen.

Concernant les céréales, la Russie reste un gros concurrent de l'UE à l'export, et non un client privilégié. Par exemple, la France n'exporte pas de céréales vers la Russie, et pas plus en Ukraine d'ailleurs. Par contre, si la Russie décidait de mettre des restrictions à l'export pour ses céréales, là, le marché perdrait une source d'approvisionnement importante en céréales à l'échelle mondiale.

La Russie n'a pas à ce jour d'intérêt à procéder à ce type de restrictions. D'autant que les exportations de matières premières russes ont un gros poids dans sa balance commerciale.

Donc à ce jour, l'impact de cet embargo est très minime sur le marché des céréales car si la Russie ne trouve pas de source d'approvisionnement en UE, elle devra trouver d'autres sources d'approvisionnement pour assouvir ses besoins.

Viloc : Bonjour, Vu le poids de la récolte de maïs 2014 sur les cours de céréales, quelle opportunité ou risque de prévoir une production de mais en 2015 en lieu et place de blé ou de betteraves hors quota ? Ces derniers tendent à voir leurs cours au plus bas.

Gautier Le Molgat : La situation de la récolte 2014 plaide en effet pour une abondance de maïs. Toutefois, on note à ce jour que les prévisions de prix du maïs en récolte 2015 s'affichent 25 € supérieurs à la campagne en cours.

Par conséquent, lors de vos choix d'assolement, il sera important d'intégrer cet élément, en tout cas d'intégrer les prix du maïs prochaine récolte dans vos choix.

Dans le cadre d'une bonne gestion, il est important d'identifier vos marges prévisionnelles pour le maïs, blé et betteraves afin de faire le bon choix et de mettre en place les stratégies de couverture adaptées.

Buard : bonjour, peut-on espérer une autre baisse en décembre sur les engrais 18/46 et les urées perlées ? Les prix du maïs vont-ils revenir à des niveaux de prix raisonnables, pour couvrir nos coûts de production ? merci

Gautier Le Molgat : A ce jour comme vous pouvez le lire, notamment sur Terre-net, la tendance des engrais paraît assez ferme. Donc, après la baisse déjà observée, on est plutôt dans une phase de consolidation voire de redressement des prix.

Concernant le maïs, compte tenu des prix actuels, beaucoup d'exploitants n'arrivent pas en effet à couvrir leurs coûts de production. Néanmoins, le prix du maïs est aujourd'hui attractif dans l'alimentation animale et assez proche du cours du blé fourrager, ce qui n'ouvre pas d'énormes nouveaux potentiels de hausse pour cette production.

Pour mémoire, les cours du maïs en avant récolte (50 € supérieurs aux prix actuels) ont heureusement offert des opportunités à certains producteurs soucieux de mettre en place des stratégies de sécurisation de leur revenus.

Alain 51 : Bonjour, l'abondante récolte de l'hémisphère nord (tous produits confondus !) semble être actée aujourd'hui. Peut-on s'attendre à une deuxième partie de campagne plus optimiste sachant que l'on ne connait pas vraiment les potentiels de l'hémisphère sud à ce jour ? Il semble toutefois que l'effet El nino ait été moindre que prévu !

Gautier Le Molgat : Sur El Nino, les modèles actuels montrent en effet une probabilité plus faible de réalisation de ce phénomène par rapport à il y a quelques mois.

Néanmoins, les conditions météo de l'hémisphère Sud semblent avoir pénalisé les perspectives de production du blé australien.

Et sur l'Amérique du Sud, nous observons aujourd'hui une moindre certitude sur les perspectives tant d'assolement que de production en soja pour le printemps prochain.

Face à l'ensemble des éléments déjà "pricés" par le marché, on peut considérer que la vision très rassurante en termes de perspectives de production que nous avions en septembre dernier l'est un peu moins aujourd'hui. Ceci dit, il ne faut pas occulter l'abondance des stocks liés à la bonne production de l'Hémisphère Nord.

Ricomax : Le blé dur va s'envoler ou s'effondrer ?

Gautier Le Molgat : Le marché du blé dur, cette année encore, est extrêmement volatil, avec des prix très différents d'une qualité à l'autre. Le Canada souffre lui-aussi, d'une moindre qualité que l'année dernière, redonnant au blé dur français une place sur le marché de l'export. Le mouvement de hausse actuel est porté par cette situation.

Mais, une fois les achats des pays importateurs réalisés, le potentiel de rebond restera limité. Pour mémoire, le marché du blé dur a déjà connu des débuts de campagne très soutenus avant de se replier fortement faute de clients à ce prix.

Blédina : bjr, vous parlez régulièrement de la volatilité des prix. Votre indice doit être très bas en ce moment ?

Gautier Le Molgat : Non au contraire. Il ne faut pas confondre volatilité des prix et tendance des prix. La volatilité mesure l'amplitude de variation des prix à une période donnée (idée d'écart-type par rapport à la moyenne observée).

Le marché montre depuis quelques temps des variations importantes tant à la hausse qu'à la baisse sur des périodes courtes. Par contre, la volatilité est bien inférieure, malgré tout, aux récentes années (2010 notamment). A ce jour, cet élément est important pour définir le coût de prime des options.

En blé, la volatilité actuelle est légèrement supérieure à 20 %, alors qu'en colza, elle se situe plutôt autour des 16 %. L'équipe d'Agritel construit un indice mensuel (Avi - Agritel volatility index) qui d'ailleurs a montré un net regain de la volatilité depuis maintenant deux mois sur le marché français.

Matif : J'ai encore 20 % de ma récolte 2014. Les cours semblent remonter. Dois-je les positionner maintenant ou ai-je intérêt à attendre ?

Gautier Le Molgat : Il est important, compte tenu du contexte de marché rencontré depuis le printemps, d'avoir atteint un niveau de couverture plus élevé à cette période-ci de l'année que les années antérieures. Elément que vous pourrez vérifier dans les conseils prodigués jusqu'à présent (disponibles notamment sur Terre-net).

Concernant une sensibilité à la hausse de 20 %, cela ne me paraît pas aberrant à cette période-ci de l'année, car on voit bien depuis quelques semaines des rebonds de prix possibles. Mais il ne faudra pas espérer retrouver, sauf élément exceptionnel, le niveau de prix d'avant récolte au printemps dernier.

Faites tout de même attention à la qualité des marchandises qu'il vous reste à vendre, car le potentiel de hausse paraît clairement bien plus bas pour des qualités fourragères voire standard que pour des qualités meunières.

Christian : J'ai eu la chance de récolter du blé de bonne qualité. Ayant des capacités de stockage, considérez-vous que la situation est favorable ? Dois-je attendre l'hiver pour vendre en misant sur une hausse des cours ?

Gautier Le Molgat : Si votre blé est véritablement de qualité meunière avec un taux de protéines et un Hagberg répondant aux critères de la meunerie (local mais aussi export), alors il semble moins urgent de se positionner actuellement. Néanmoins, je vous rappelle qu'une stratégie de couverture par options est tout à fait possible.

Gérard : La France ne veut pas des Ogm mais est fan du Bio. Du moins, nos politiques. Mais au niveau mondial, est-ce dans les pistes d'avenir ? Peut-on imaginer un jour un marché à terme des céréales bio ? Merci de votre réponse.

Gautier Le Molgat : A ce jour, le marché mondial (certains pays importateurs) paraît plus ouvert aux Ogm (notamment importation de maïs américain, soja) que la France voire l'Europe. Deux questions méritent d'être posées :

1/ Le marché non-Ogm conventionnel, peut-il être dissocié du marché mondial ou non ? Aujourd'hui, peu de pays importateurs intègrent vraiment cet élément dans leurs choix d'approvisionnement.

2/ Sur le bio, les rendements offriront-ils des possibilités de ne pas avoir recours à de la marchandise conventionnelle voire Ogm ? Compte tenu de l'étroitesse de la production bio à ce jour, il paraît difficile d'imaginer un contrat à terme spécifique pour ce type de production. Car la clé de succès de l'efficience d'un marché à terme, c'est le volume d'échange et l'intérêt que portent les opérateurs à ce produit.

Par ailleurs, le bilan français à l'export de céréales, montre que le bio reste encore à destination du marché intérieur que réellement de l'export pays tiers (débouché nécessaire et essentiel pour équilibrer le bilan européen). Pour rappel, le prix des productions bio sont souvent largement supérieurs aux marchandises conventionnelles, elles-mêmes en concurrence avec d'autres origines sur le marché export pays tiers.

nicopitch : On entend des nouvelles plutôt négatives sur l'état des cultures d'hiver en Russie et en Ukraine. Quel est l'avis de votre bureau à Kiev ?

Gautier Le Molgat : Il est vrai que l'état des cultures en Russie et globalement sur la zone Mer Noire est un élément important à surveiller sur la prochaine récolte, car tout risque de production offrirait un élément de tension sur la récolte actuelle. Bien que l'hiver soit arrivé très rapidement, le redoux observé par exemple cette semaine ne laisse pour le moment pas craindre d'effet négatif sur les cultures en place.

jeuneagri : J'avais vu une synthèse sur Terre net expliquant que c'est pas si rentable que ça de vendre sur le marché à terme. On nous rabache que les marchés seront plus volatils dans les années qui viennent. Comment peut-on le savoir ? Et si oui, est-ce que ça vaut le coup d'investir dans des cellules et vendre sur le marché à terme. Un jeune agriculteur qui sait pas trop quoi faire pour vendre un peu mieux.

Gautier Le Molgat : Pour rappel, le marché à terme n'est qu'un outil où l'on peut réaliser des couvertures, soit avec des contrats à terme, soit en utilisant des options. Il est avant tout essentiel de définir sa stratégie de couverture en fonction du risque de prix que vous êtes prêt à assumer.

Ne confondons pas solutions logistiques (stockage à la ferme) et stratégie de commercialisation. Le fait de stocker (à la ferme ou chez le collecteur) n'exclut en rien l'obligation de définir une stratégie de sécurisation du prix de vente soit via des contrats de vente sur le marché physique ou sur le marché à terme.

Jean-François : Bonjour, aujourd'hui il existe uniquement des barèmes de réfraction sur le prix des céréales (PS Protéine Hagberg), peut-on voir apparaître un système de bonifications lorsque ces indices sont supérieurs (PS a 80 ? Hagberg à 300 par exemple) ? Ou simplement un prix de vente selon la qualité réelle du blé ?

Gautier Le Molgat : A ce jour, le marché des grains utilise les barèmes de base définis par l'interprofession. Chaque acheteur a la possibilité de mettre en place des barèmes différents en fonction de sa politique commerciale (par exemple, certains collecteurs mettent en place des primes protéines).

La grande difficulté liée à une mise en œuvre de bonification est la valorisation de la marchandise "bonifiée" sur le marché. Car le marché ne valorise peut-être pas le critère supérieur de votre marchandise. Cela tient à la capacité des vendeurs de céréales à segmenter les marchandises et de trouver des débouchés adaptés à chacun d'eux s'ils existent.

Terre-net Média : Ce tchat touche à sa fin.

Arnaud Carpon : Merci d'y avoir participé. 

Pour suivre l'évolution des cours des matières premières agricoles, rendez-vous sur :

L'observatoire des marchés


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