Passion Ils redonnent vie aux vieux tracteurs

Elodie Mas Terre-net média

Dans la famille Gayraud, on est concessionnaires de père en fils, mais aussi collectionneurs de tracteurs anciens. Claude a transmis sa passion pour la restauration à son fils, Philippe. Ils ont déjà retapé près de 160 tracteurs. Dernier ressuscité grâce à leurs soins ? Un Waterloo Boy de 1917 qui, après 1.200 heures de travail, redémarre au quart de tour !


Le Waterloo Boy à son arrivée à l'atelier. (© DR)

Ecouter Claude et Philippe parler de leurs tracteurs suffit à mesurer l’ampleur de leur passion. Ils sont intarissables sur l’histoire de chacun des 160 tracteurs déjà passés entre leurs mains.

« J’y consacre la majorité de mon temps libre depuis près de quarante ans donc on en a de toutes les marques, datant de 1916 à 1960, confirme Claude, concessionnaire à la retraite. J’avais commencé par des voitures anciennes puis mon métier m’a fait dévier. Ça me faisait mal au cœur de voir partir de vieux tracteurs à la ferraille donc j’en commencé à en sauver… Et quand on met le doigt dans l’engrenage, après tout y passe… (rires) »

Il a d’ailleurs transmis le virus à son fils, Philippe, qui dirige Espace Agri, une concession John Deere à Réalmont (Tarn) : « Tombé dans le machinisme à ma naissance, je me suis installé à vingt ans et je fais de la restauration avec lui le week-end. On aime ça, c’est tout ! Il y a le plaisir de redonner vie à de vieilles machines et l’envie de participer à la sauvegarde du patrimoine ».

« Pas de 35 heures ! »


Première étape, le nettoyage ! (© DR)

Une de leurs dernières trouvailles ? Un Waterloo Boy de 1917 sur lequel ils ont passé près de 1.200 heures depuis l’été 2008… « Il avait été importé des Etats-Unis pour le Salon de l’agriculture et un des responsables, basé à Toulouse, l’avait acheté, raconte Philippe. Il a servi de 1917 à 1945 puis il a été démonté et conservé dans le château de son propriétaire jusqu’à ce qu’on le récupère grâce à l’intermédiaire d’une connaissance. C’est une première main quasiment ! »

Après le nettoyage, ils ont d’abord dû identifier toutes les pièces manquantes puis rechercher le maximum d’informations sur ce modèle. « La première chose qu’on doit collectionner ce sont les bouquins, souligne Claude. Même si les morceaux restants permettent de retrouver les cotes, c’est plus facile d’avoir des plans et des photos pour reproduire à l’identique les pièces. » Car, à quelques rares exceptions près, ces fondus de mécaniques fabriquent tout eux-mêmes ! « J’ai tout ce qui faut dans mon atelier : un tour, une plieuse, une fraise… En partant d’un bloc d’acier, refaire le volant moteur m’a par exemple pris une semaine complète. Et pas une semaine de 35 heures, mais de 45 heures ! »

 


La seule roue restant à l'achat... (© DR)


Le résultat après restauration. (© DR)

« Une chance phénoménale »

Pour mener à bien leurs restaurations, les Gayraud contactent parfois les constructeurs et échangent beaucoup avec d’autres collectionneurs de tracteurs anciens, notamment via internet. « Pour le Waterloo Boy, j’ai par exemple pu retrouver un volant et un carburateur d’origine aux Etats-Unis, illustre Philippe. C’est une chance phénoménale de pouvoir retrouver de telles pièces d’époque ! »


Un carter refait et riveté à l'ancienne. (© DR)
Et la récompense de tout ce travail de chercheurs puis d’orfèvre, c’est le premier démarrage de la machine... « C’est l’émotion finale !, résume Claude, enthousiaste. Le premier bruit du moteur reste toujours gravé en mémoire. D’autant qu’il faut souvent deux ou trois jours pour la mise en route car chaque tracteur a ses astuces de démarrage. C’est passionnant ! »

Un musée privé


Après un an de travail, le Waterloo Boy n°5057 RL6
sorti d'usine le 24 janvier 1917, fonctionne. (© DR)
Pour partager avec le plus grand nombre son amour des tracteurs, Claude voulait ouvrir un musée de la machine agricole mais il y a renoncé : « Les collectivités nous ont dit qu’elles n’avaient pas de budget pour ce genre de projet. Mais tant pis. Je fais sur demande visiter ma collection aux passionnés et je participe régulièrement à des expositions. »

Il espère d’ailleurs, qu’après son fils, ses petits-enfants prendront la relève. « Mon gros défaut c’est que je ne revends quasiment jamais. J’ai dû en céder seulement une dizaine en quarante ans. Mais bon, là, je commence à manquer de place donc je vais peut-être quand même me séparer de quelques tracteurs... Mais seulement ceux que j’ai en double, et pas pour l’argent... Pour pouvoir en acheter d’autres ! (rires) »


(© DR)


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