Phytosanitaires Pesticide dans l'eau d'un village catalan : plainte pour « empoisonnement »

AFP

Deux plaintes ont été déposées mercredi à Perpignan, une pour « empoisonnement », l'autre pour « négligence », à la suite de la découverte de pesticides dans l'eau alimentant un village des Pyrénées-Orientales, a indiqué à l'AFP l'avocat des plaignants.

À la suite de la pollution d'une rivière, les quelque 900 habitants de Tautavel sont privés d'eau potable depuis deux mois. L'avocat des plaignants Me Jean Codognès précise que deux plaintes ont été déposées : une contre X pour « empoisonnement » afin qu'une enquête puisse déterminer l'origine, la seconde pour « négligence » vise Perpignan Méditerranée Métropole, gestionnaire du réseau d'au potable.

L'avocat pointe « une conjonction de plusieurs problématiques : d'abord, les installations de pompage ne sont pas aux normes, classées fragiles et vulnérables, la zone de captage doit être modifiée depuis 2012, mais rien n'a été fait. Il y a une négligence des pouvoirs publics ».

« Ensuite, ajoute-t-il, on suspecte un ou des viticulteurs soit d'avoir utilisé ces produits chimiques interdits, soit d'avoir vidangé des cuves contenant ces produits dans des zones inadaptées », qui auraient terminé dans la rivière qui traverse le village, le Verdouble.

« Les analyses révèlent la présence de plusieurs molécules de pesticides, soit du fluxapyroxad, un fongicide, le thiamétoxame, un insecticide substance active de la famille néonicotinoides, de l'atrazine et therbuthylazine dont l'utilisation est interdite par décret N°2018-675 du 30 juillet 2018 », soulignent dans leur plainte les trois associations.

Pour le président LR de Perpignan Méditerranée Métropole, Robert Vila, un retour à la normale est prévu pour le 10 août. « L'agence régionale de santé a effectué des analyses qui ont montré que l'eau n'était pas consommable. Aujourd'hui, dit-il, les analyses sont de plus en plus rassurantes, on se rapproche de quelque chose de normal. (...) On espère qu'aux alentours du 10 août, la situation sera à nouveau normale ».

Depuis le 10 juin et l'appel à ne plus consommer l'eau du robinet, Perpignan Méditerranée Métropole distribue gratuitement des bouteilles d'eau aux habitants de Tautavel.

C'est « une analyse de routine (qui) a révélé la présence importante de pesticides, généralement utilisés dans le monde agricole. On avait alerté à plusieurs reprises de la fragilité de la station de traitement », a précisé à l'AFP Giselle Santana, de la délégation Pyrénées-Orientales de l'Agence régionale de santé (ARS).

Cette semaine, dans l'urgence, « une station de traitement mobile a été installée, avec un filtre à charbon actif, qui permet de retenir les molécules présentes dans l'eau, mais le problème n'est pas réglé à long terme. La solution pérenne, c'est un investissement de plusieurs millions d'euros », ajoute l'experte de l'ARS.

« On ne peut pas suspecter un geste volontaire, il faut identifier le fautif pour faire cesser ces pratiques. Ce sont des produits hyper dangereux, cancérigènes », alerte Patrick Marcotte, porte-parole local d'EELV et du collectif Alternative aux pesticides 66, une des associations plaignantes.

Les deux autres associations à avoir porté plainte sont l'Association des usagers de l'eau des Pyrénées-Orientales et l'Association Tautavelloise pour l'information et la sauvegarde.

« On regrette le laisser-faire de l'ancienne municipalité alors que la rénovation du captage était subventionnée à 80 %. Il faut relancer le débat sur le développement de la viticulture bio, 20 % du vignoble est en bio dans le département, c'est un terroir exceptionnel, il faut protéger cette AOC magnifique (AOC Côtes du Roussillon Villages-Tautavel) », plaide l'écologiste.


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