Les porteurs de projets en agriculture Qui sont-ils ? Que cherchent-ils ? Exemples avec T. Payen et C. Herbert

Terre-net Média

Les témoignages de Thomas Payen, en recherche d'exploitation, et de Cyrille Herbert, installé depuis six ans, illustrent parfaitement les nouveaux profils et attentes des candidats à l'installation en agriculture, développés dans un précédent article. Souvent plus âgés, en reconversion professionnelle, non issu du milieu agricole ou hors cadre familial, ils cherchent des exploitations plus petites, en bio, avec un parcellaire relativement groupé, ce qui ne correspond pas forcément aux offres de reprise.

exploitation agricole« Plus on visite de fermes, et plus on se rend compte de la divergence entre les structures à transmettre et les objectifs des porteurs de projets ! », fait remarquer Thomas Payen. (©Terre-net Média) 

Thomas Payen, en projet d'installation : « Faire converger les besoins divergents des cédants et des repreneurs »

Son profil

Thomas cherche, avec sa compagne, à reprendre une ferme en hors cadre familial dans le département de l'Ille-et-Vilaine. « Nous ne sommes pas issus du milieu agricole », précise-t-il.

Pour tous les deux, il s'agit d'une reconversion professionnelle. Thomas notamment, ingénieur dans le domaine de l'énergie, a travaillé 10 ans dans différents secteurs de la transition écologique.

Ses attentes

  • Foncier :  20 à 40 ha (avec portage éventuellement).
  • Production : grandes cultures bio avec atelier de transformation (farine/pain).
  • Terres/bâtiments/maison : achat ou location.

« Nous sommes ouverts à diverses possibilités », explique-t-il.

  • Localisation : 40 km autour de Rennes, le lieu de travail de sa conjointe.

Son parcours

Depuis quelques mois, le porteur de projet se forme à son nouveau métier : agriculteur. Car c'est lui qui s'installera en premier, puis ce sera le tour de sa compagne. Le futur exploitant prépare un BTSA à Angers (Maine-et-Loire), afin d'obtenir la capacité professionnelle agricole, et de bénéficier de l'accompagnement et des aides à l'installation.

Dans ce cadre, il a déjà rencontré les différents intervenants auxquels il aura affaire. Et pour trouver une exploitation, il utilise tous les canaux possibles : RDI (répertoire départ installation), petites annonces, sur leboncoin.fr entre autres et dans les journaux, divers organismes agricoles tels que Terre de liens, Agrobio35, etc. Il a même réalisé une vidéo pour présenter son projet sur le site www.jemelanceenagriculture.com(1)  !

Thomas a déjà réalisé 6-7 visites. « Plus on visite, plus on acquiert de l'expérience et plus on affine stratégie de recherche, insiste-t-il. Et plus on se rend compte de la divergence entre les objectifs des porteurs de projets et les structures à transmettre ! Faire converger les besoins des cédants et repreneurs est délicat et prend du temps. Il faut donc essayer de dialoguer le plus ouvertement possible. » « Dans notre cas, ajoute-t-il, nous allons certainement devoir créer l'atelier "céréales" de toutes pièces. »

Plus on visite, plus on affine sa stratégie de recherche.

Cyrille Herbert, installé depuis 6 ans : « Changement de production, accueil de plusieurs projets : les cédants doivent s'y préparer »

Son profil

Cela fait maintenant six ans que Cyrille est éleveur laitier à Maen-Roch en Ille-et-Vilaine. Même s'il vient du monde agricole, ses grands-parents ayant été agriculteurs, son installation s'est effectuée en hors cadre familial, ces derniers ayant déjà cédé leur ferme. Après un BTS de machinisme agricole, où il a découvert l'élevage pendant ses stages, il a été agent de remplacement 18 mois, puis porcher 18 mois. 

Son parcours

Le futur agriculteur a d'abord fait jouer son réseau professionnel. Il obtient trois contacts, réalise deux visites, mais aucune ne se concrétise : un autre jeune est choisi ou la structure est démantelée pour agrandir plusieurs fermes. Cyrille s'inscrit alors au RDI qui dispose d'offres, plus nombreuses et au rayonnement plus large. « Cela m'a aidé à augmenter mes contacts, à préciser mes critères de choix et à adopter la bonne posture face aux cédants, explique-t-il. Par exemple, il y a plein de questions qu'on ne pense pas à poser au premier rendez-vous. » 

Il y a plein de questions auxquelles on ne pense pas au premier rendez-vous.

Un jour, en visitant une exploitation, « ça a tout de suite matché avec les cédants ». En juillet 2013, la démarche de reprise est lancée. En janvier 2014, le parcours d'installation avec la chambre d'agriculture commence. Il durera un an, pendant lequel Cyrille effectue un stage de parrainage de quatre mois. Le but : « découvrir le fonctionnement de la ferme puisque je ne la connais pas du tout », explique-t-il. « Cela permet d'aborder des sujets et d'observer des pratiques que l'on n'évoque pas ou peu lors des entretiens préliminaires à la cession  », insiste-t-il.

« Les cédants étaient un peu sceptiques au départ, sur le fait de travailler ensemble, de confronter deux générations qui n'ont pas forcément les mêmes idées et façons de voir les choses. D'ailleurs, j'avais moi-même quelques appréhensions, reconnaît le jeune homme. Mais, ça s'est très bien passé, nous avons même regretté de ne pas avoir choisi la durée maximale d'un an, qui permet de couvrir les quatre saisons et l'ensemble des activités. »

Sa vision des attentes des cédants/repreneurs

Également engagé au syndicat Jeunes Agriculteurs, Cyrille remarque depuis 10-15 ans que beaucoup de porteurs de projets, « qui reprennent des élevages bovins lait, ne conservent pas cette production et s'orientent vers une grande diversité d'ateliers ». Selon lui, il faut que les cédants, « qui ont passé leur carrière à faire du lait et à investir dans cet outil », en aient conscience. Ce qui est vrai dans d'autres filières d'ailleurs.

Comment avoir confiance dans les projets atypiques ?

Mais « comment avoir confiance dans les projets atypiques ? », se demandent souvent les exploitants qui approchent de la retraite. « C'est un projet de vie, donc on s'y engage pleinement ! On met en œuvre tous les moyens nécessaires pour le construire et le réussir », rétorque Thomas Payen. N'oublions pas non plus l'accompagnement possible par les organismes agricoles, les formations (plan de professionnalisation personnalisé) et les chiffrages technico-économiques (plan d'entreprise) exigés pour bénéficier des aides. Autant de cautions pour les cédants.

Le responsable professionnel estime être à un « tournant » en termes d'installation/transmission en agriculture avec « des structures de plus en plus grandes, au coût de reprise lui aussi de plus en plus élevé, qui pourront peut-être accueillir plusieurs projets distincts ». On divise bien les exploitations pour l'agrandissement, alors pourquoi pas le faire pour l'installation. À cela également, les agriculteurs doivent s'y préparer s'ils veulent transmettre plus facilement leur ferme

Agriculture biologique, surface modérée, proximité d'un centre urbain, foncier accessible autour de la ferme, développement du maraîchage...

Les exemples ci-dessus et ci-dessous confirment les nouveaux profils et attentes des porteurs de projets, que les cédants doivent connaître pour réussir à transmettre leur exploitation.

Se lancer en présentant son projet d'installation en vidéo

Le site www.jemelanceenagriculture.com propose une plateforme où les candidats à l'installation en agriculture peuvent présenter leur projet en vidéo et se faire connaître auprès des cédants, comme :

  • Martial, 45 ans : il veut produire des céréales bio, avec atelier de transformation et vente en circuit court 

En reconversion professionnelle lui aussi, ce fils de boulanger et petit-fils d'agriculteur a travaillé 20 ans dans l'immobilier. Ses attentes : une ferme de 100-150 ha dans le sud de l'Ille-et-Vilaine, à proximité de l'axe Rennes-Nantes, avec à l'idéal une maison d'habitation (quatre chambres). « Je suis ouvert à beaucoup de scénarios, par exemple  : vente dès le départ de la totalité de l'exploitation ou installation progressive si le cédant a besoin d'un peu de temps, résume-t-il. Mon projet est mûr et l'apport bancaire débloqué. »

  • Ségolène, Laurie, Julien et Arthur : ils souhaitent élever des vaches de races locales et des brebis laitières, avec transformation intégrale du lait (+ maraîchage)

Leurs attentes : 40 ha minimum, dont une vingtaine autour des bâtiments, à 1 h environ de Lorient. Ils recherchent un système herbager pour assurer l'autonomie alimentaire du troupeau. Ils le conduiront en agriculture de conservation des sols, agroécologie et agroforesterie pour « régénérer leurs terres et assurer un bon maillage bocager ». 

Source de l'article : webinaire "Les porteurs de projets : qui sont-ils, que cherchent-ils ?", organisé par la chambre d'agriculture de Bretagne, dans le cadre de la semaine régionale de l'installation et de la transmission, du 20 au 27/11/20 et de la Quinzaine de la transmission/reprise d'exploitations agricoles 2020 déployée à l'échelle nationale dans tout le réseau.


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