Autoportrait d'agriculteur Thierry Bailliet : « Un cultivateur au cœur communicateur »

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Agriculteur dans le Pas-de-Calais, Thierry est soucieux de mieux communiquer avec le monde extérieur et de montrer les réalités de son métier. Adepte des réseaux sociaux, il les utilise pour expliquer sa façon de travailler et pour répondre aux questions du grand public. Aujourd'hui, en partenariat avec Agriculture de l'Ouest, c'est de lui qu'il parle en dressant son autoportrait.

Thierry Bailliet  Thierry Bailliet cultive notamment 24 ha de pommes de terre. (©Thierry Bailliet)

« Je m'appelle Thierry Bailliet et j'ai 43 ans, je suis marié et père de deux enfants : un garçon âgé de 16 ans et une fille de 13 ans. Je me suis installé en 1996 en Earl sur l'exploitation familiale à Loos-en-Gohelle dans le Pas de Calais. Prochainement, mon épouse va me rejoindre en co-exploitante. Coté études, je pense avoir fait pratiquement tout le cycle agricole : j'ai commencé par une quatrième et une troisième agricole, puis un Bepa et un Bta G. J'ai terminé par un Bts Acse.

Le travail en groupe

« Ce que j'aime dans mon métier, c'est le travail en groupe. Pour moi, c'est une grande force. J'aime que les choses soient organisées et structurées. Je suis président d'une Cuma, la Verloossoise, co-gérant d'une Scea pour le bio mais aussi d'une Sas panneaux photovoltaïques. J'ai ensuite deux salariés sur mon exploitation  en Earl. Ce que j'aime aussi, ce sont les différents statuts juridiques ! » plaisante Thierry.

Sur mon exploitation, je cultive 80 ha dont 24 ha de pommes de terre (une partie en location), 10 ha de carottes, 10 ha de betteraves, 10 ha de Ray-grass semence, 20 à 25 ha de céréales et le reste en pâture pour les chevaux. Je vends la récolte de mes cultures à l'industrie, à des négociants ou à la sucrerie. Je termine cette année un Programme Eau et Agriculture (Pea), dont le but est d’accompagner sur cinq ans les agriculteurs dans l’évolution de leurs pratiques afin d’améliorer la qualité de l’eau.

D'exploitant agricole à cultivateur

Par ailleurs, avec quatre collègues - dont un seul est en agriculture biologique - nous nous sommes mis à cultiver des cultures biologiques sur 15 ha : des pommes de terre, des potimarrons, des oignons, de la luzerne, du blé et de l'orge. Le projet a vu le jour grâce à notre commune et à son maire plutôt branché sur l'agriculture biologique, qui nous a proposé des terres que la mairie avait reprises à un exploitant cédant. Les récoltes sont vendues dans des coopératives ou à des éleveurs du coin. L'objectif est de fournir à terme les restaurants scolaires voisins mais pour cela, il faut que nous atteignons un volume de production plus important. Nous souhaitons aussi développer une unité de transformation pour favoriser les circuits courts comme la vente directe.

Thierry Bailliet Thierry Bailliet s'est rendu à l'Exposition Universelle de Milan dont le thème est "Nourrir la planète, énergie pour la vie".  (©Thierry Bailliet)

L'agriculture biologique, cela ne me fait pas peur. En observant mon système actuel, je ne le trouve pas si folichon que ça. J'ai notamment perdu de l'argent avec ma production de pommes de terres l'an dernier. J'ai donc décidé de me diversifier. Humainement parlant, j'avais l'impression d'avoir fait le tour de toutes les techniques possibles.

Nous travaillons avec la terre et non à son détriment

Avec l'agriculture biologique, j'en apprends de nouvelles qui sont intéressantes et je me sens plus proche de la terre. Je ne suis plus seulement assis sur mon tracteur, je suis davantage dans la réflexion qu'auparavant. Je suis repassé d'exploitant agricole à cultivateur : exploiter c'est pomper les ressources de la terre, cultiver, c'est partir de rien pour arriver à quelque chose. Je n'aime pas trop le terme d'exploitant agricole car nous travaillons avec la terre et non à son détriment.

Je fais aussi de la pension pour chevaux, c'est pour moi une diversification. Mon père élevait des taurillons mais la rentabilité était limite. En étant situé en zone urbaine, il y a de nombreuses demandes pour la pension de chevaux. J'utilise pratiquement que mes productions pour les nourrir (paille, foin, orge.) et le fumier retourne sur mes terres. Un moniteur me loue une partie des installations, il est donc autonome :  je m'occupe des pensions et lui s'occupe des cours d'équitation. »

Il a créé son propre site internet et une chaîne You Tube

« Pour communiquer sur le métier d'agriculteur avec le monde extérieur, j'ai décidé de créer un site internet que j'ai appelé " Agriculteur d'aujourd'hui ". Cette idée m'est venue en mai 2012 quand un professeur nous a indiqué que notre fils était victime des moqueries de ses camarades en raison de ma profession. Je me suis demandé comment il était encore possible de penser aujourd'hui qu'agriculteur était un métier d'arriéré, c'est comme si nous étions des personnes vivant sur une autre planète. J'ai donc voulu montrer au grand public la réalité du métier d'agriculteur, sans tabou. Même si aujourd'hui l'orientation a un peu changé car je suis plutôt suivi par des agriculteurs ou des gens du milieu agricole (80 %), j'ai cependant des remarques ou des commentaires de personnes extérieures qui me font plaisir, je peux partager avec eux et expliquer ma passion.

J'ai aussi crée dernièrement une chaîne Youtube : "Agriculteur Bio". Beaucoup de personnes pensent que c'est irréalisable de produire en bio, que c'est mal vu ou alors ont l'image d'agriculteurs idéologiques aux cheveux longs et à la barbe. Mais c'est du passé ! Avec cette chaîne, j'ai voulu montrer que l'agriculture biologique est un mode de production différent. Ce n'est pas la solution miracle mais j'ai appris des nouvelles techniques et j'ai vu qu'on pouvait arriver à des résultats concluants. Dans mon secteur, de nombreux agriculteurs se posent la question de la conversion car nous avons des petites structures et l'agriculture biologique pourrait permettre d'avoir une valeur ajoutée plus élevée, mais avec davantage de travail. Et oui, on ne peut pas avoir le beurre, l'argent du beurre et la crémière ! Je ne suis pas certain que les produits biologiques soient meilleurs pour les consommateurs, mais moins je manipule de produits phytosanitaires, mieux je me porte. Et comme l'a dit Antoine de Saint-Exupéry : "Nous n'héritons pas de la terre de nos parents, nous l'empruntons à nos enfants". »
Retrouvez Thierry sur ses pages facebook : Thierry, agriculteur d'aujourd'hui et Thierry, agriculteur bio.

Sur son site internet : Agriculteur d'aujourd'hui

Sur la chaîne Youtube : Thierry, agriculteur d'aujourd'hui et Agriculteur bio.

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