[Cartographie] Prix des terres 2017 Trois cartes et trois enseignements clés de l'évolution du foncier agricole

Terre-net Média

À 5 990 €/ha en moyenne en 2017, le prix des terres et prés libres a baissé de 0,8 % en un an. Une grande première depuis 1996 que les représentants des Safer justifient par la faiblesse répétée des revenus agricoles. Au-delà de cette évolution inédite du prix des terres, les Safer pointent du doigt une artificialisation des terres en forte hausse (+ 24 % en un an).

Des prix des terres libres 2017 très disparates

Département par département, le prix moyen d'un hectare de terres et prés libres en 2017

(Naviguez sur la carte, cliquez sur un département pour voir les données. En bleu figurent les départements où le prix moyen des terres 2017 est inférieur à la moyenne nationale, en rouge, les départements dont le prix est supérieur à cette moyenne de 5 990 €/ha - Sources des données : Safer-SSP-Terres d'Europe-Scafr)

5 990 €  : C’est le prix moyen observé en 2017 d’un hectare de terre et pré libre. Ce chiffre national cache d’importantes disparités. En matière de prix du foncier agricole, la France reste coupée en trois. Au nord du pays, de la Normandie à l’Ile-de-France et les Hauts-de-France, auxquels on peut ajouter la Marne et l’Aube, les prix dépassent largement les 7 000 € l’hectare. Dans les départements du Nord et du Pas-de-Calais, le montant du chèque avoisine les 13 000 € !

Dans une grande partie centrale du pays, de la Bretagne à la Lorraine et de la Gironde à la Savoie, le marché affiche en moyenne des tarifs moins élevés. Enfin, au sud de la France, des Landes aux Alpes-Maritimes, les prix restent presque aussi élevés qu’au nord. Comme dans le Pas-de-Calais ou le Nord, la pression foncière fait toujours exploser les prix dans les Bouches-du-Rhône (plus de 17 000 € en moyenne), le Var ou le Vaucluse.

Entre 2016 et 2017, la première baisse depuis 1996 ! 

Département par département, l'évolution du prix des terres en un an

(Naviguez sur la carte, cliquez sur un département pour voir les données. Sources des données: Safer-SSP-Terres d'Europe-Scafr)

Entre 2016 et 2017, le prix moyen de l'hectare de terre ou pré libre a très légèrement diminué de 0,8 %. C'est une grande première depuis... 1996 ! Pendant plus de 20 ans, le foncier agricole n'a cessé de voir ses prix augmenter.

Paradoxalement, cette légère baisse intervient dans un contexte où « les taux d'intérêt sont faibles » et où « les résultats entament une légère remontée ». Mais les représentants des Safer, qui présentaient jeudi 31 mai 2018 leur analyse annuelle 2017 des marchés fonciers ruraux, voient deux explications à ce léger repli des prix. D'abord le nombre de transactions : les Safer ont enregistré 86 260 transactions l'an passé, un chiffre en hausse de 7,6 %, pour une surface de 381 000 ha (+ 5,9 %). Ensuite, la faiblesse des revenus agricoles. « Les revenus restent à un niveau particulièrement faible depuis plusieurs années », a expliqué Emmanuel Hyest, président de la FNSafer.

Évolution des prix moyens des terres libres entre 2007 et 2017

Département par département, l'évolution du prix des terres en dix ans

(Naviguez sur la carte, cliquez sur un département pour voir les données. Sources des données: Safer-SSP-Terres d'Europe-Scafr)

Si un hectare de terre agricole libre valait un peu moins de 6 000 € en 2017, ce prix n’était que de 4 730 € en 2007. En dix ans, la progression des prix est, en moyenne, de 27 %. Avec une telle évolution, la terre reste une valeur sûre en termes de placement. L’évolution sur 20 ans le confirme aussi : depuis 1997, le prix d’un hectare de terre agricole libre a presque doublé.

 (©Safer-SSP-Terres d'Europe-Scafr) 

Au-delà des chiffres annuels 2017 sur la valeur vénale des terres agricoles, trois enseignements majeurs sont à retenir de l'étude publiée par la FNSafer.

55 000 ha artificialisés en 2017 !

L'artificialisation des terres agricoles repart de plus belle ! Alertant chaque année sur le niveau important de l'artificialisation des terres agricoles, les représentants des Safer ont une nouvelle fois tiré la sonnette d'alarme. Et pour cause : en 2017, 55 000 hectares auraient été artificialisés. Une estimation en hausse de 24 % en un an ! 

Après un creux en 2015, le nombre d'hectares cédés en vue de l'urbanisation augmente depuis deux ans. En 2017, 29 100 ha ont changé de mains en vue d'un changement de destination. À ce chiffre, il faut ajouter toutes les surfaces artificialisées sans forcément changer de propriétaire.

« Ce n’est pas seulement un enjeu purement agricole. L’artificialisation massive des terres agricoles remet en cause notre autonomie alimentaire et tous les efforts sur les questions environnementales. Je pense notamment à la capacité des sols en général à la rétention d’eau », a insisté Emmanuel Hyest.

Dans le cadre de la préparation de la loi foncière, prévue pour 2019, la FNSafer demande à ce que les terres classées agricoles soient protégées par définition, comme le sont actuellement les surfaces forestières. « Les terres agricoles ne peuvent plus être considérées comme un vivier dans lequel chaque opérateur peut se servir. »

18,5 % des surfaces vendues via des parts sociales de sociétés

Pour la deuxième année consécutive, les FNSafer recensent les notifications de cessions de parts de sociétés. Le marché des parts sociales cédées en pleine propriété représentait, en 2017, 6 900 transactions, et a concerné 5 220 sociétés pour une valeur de 1,33 Md€. Cela représente 28 % des 4,6 Mds€ du marché foncier rural l'an passé.

Ce sous-marché des parts sociales concerne surtout des sociétés d'exploitations agricoles, pour une valeur d'1,07 Md€. Mais les Safer relèvent une très forte croissance des opérations de sociétés de portage du foncier. À l'inverse des sociétés d'exploitations agricoles, dans lesquelles les 2/3 des membres sont des agriculteurs, les membres des sociétés de portage de foncier sont aux deux tiers des non agriculteurs.

107 acquisitions par des étrangers, un poids limité dans le marché

Tout le monde se souvient des achats de plusieurs centaines d'hectares, via l'acquisition de parts de sociétés, en région Centre, par un investisseur chinois. Depuis que les Safer se voient notifier ce type d'opérations, elles sont en mesure de dresser un premier bilan. 

En 2017, 107 acquisitions de terres agricoles l’ont été par des étrangers, pour un montant de 122 M€. « Cela reste très limité au regard du marché. Cela représente seulement 1,6 % du nombre des transactions, et 9,2 % de la valeur ».


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