Embargo russe, baisse des prix Face aux crises, le monde agricole plaide pour le « patriotisme alimentaire »

Afp

Paris, 26 sept 2014 (AFP) - Face aux crises multiples qui le frappent, de l'effondrement des cours à l'embargo russe, le monde agricole en est réduit à appeler au patriotisme des consommateurs pour qu'ils achètent français.

Bovins ViandeLe prix des animaux perd 2 à 3 centimes toutes les semaines selon la Fnb. (©Terre-net Média)

Touchés de plein fouet par la surproduction, producteurs de fruits et légumes s'alarment de trouver dans les rayons des supermarchés des produits venus des pays voisins, vendus moins cher que les leurs alors même que les cours ne couvrent plus leurs charges.

Vendredi, Xavier Beulin le président du principal syndicat agricole du pays, la Fnsea, a appelé en réaction à faire preuve de « patriotisme alimentaire ». Il a lancé un appel aux collectivités et à l'État pour qu'ils confectionnent au moins « deux repas sur trois » à base de produits français. « Par rapport aux cantines et aux collectivités, il est du devoir du gouvernement de donner l'exemple », a poursuivi Jacques Rouchaussé, président de l'association des Légumes de France.

Un appel immédiatement relayé par le ministre de l'Agriculture en personne. « Chaque Français doit penser à consommer des fruits et légumes français », a indiqué Stéphane Le Foll, au sortir d'une réunion avec la filière.

Même tonalité chez les éleveurs bovins qui s'insurgent de voir dans les rayons des grandes surfaces des viandes importées, étiquetées "Origine européenne", malgré les engagements de la filière à promouvoir l'étiquette "Vbf" pour "viande bovine de France". « Le marché intra-communautaire est embourbé. Le secteur de l'élevage souffre depuis un an et le prix des animaux perd 2 à 3 centimes toutes les semaines », alerte Jean-Pierre Fleury, président de la Fédération nationale bovine (Fnb). « Il va falloir que l'Europe prenne des mesures mais le plus simple, pour commencer, c'est le patriotisme économique » insiste-t-il.

La Fnb, qui représente les éleveurs, en veut à la grande distribution « qui se ménage une marge d'approvisionnement à l'étranger de 10 à 15 %. Avec l'embargo russe et la désorganisation des flux européens, c'est (pour les grandes surfaces) le moment. Elles le savent bien ». Car si la filière française vendait peu aux Russes, l'Allemagne et la Pologne étaient de gros fournisseurs qui vont se rabattre sur le marché communautaire, explique-t-il. « Inévitablement ça va peser sur les prix ».

Les éleveurs se sentent délaissés

Mais Jean-Pierre Fleury et les éleveurs désignent aussi, comme Xavier Beulin, la restauration collective et les élus qui gèrent les cantines. « Sur 280.000 tonnes de viande rouge consommées en restauration collective, 80 % sont des viandes d'importation et ces importations croissent de manière exponentielles depuis deux mois », coïncidant avec le début des sanctions russes, affirme-t-il.

L'embargo russe contre les produits alimentaires européens date de début août et commence à se faire lourdement sentir sur le marché communautaire, désormais engorgé. Fin août, les pomiculteurs avaient déjà appelé au patriotisme fruitier, imitant en cela leurs confères polonais qui avaient lancé un appel du même type pour résister aux représailles russes.

Après les violentes manifestations des légumiers bretons à Morlaix (Finistère) et les incendies du centre des impôts et de la mutualité agricole, Stéphane Le Foll a annoncé des mesures de trésorerie et d'allègement des charges en faveur des producteurs de fruits et légumes. « La déstabilisation des marchés a commencé », estime-t-il. « Si on ne se coordonne pas à l'échelle européenne, le risque d'avoir des chutes de prix est important toutes filières confondues : fruits et légumes, viandes porcines et viandes bovines ».

Les promesses de soutien du gouvernement ignorent pour le moment les éleveurs qui se sentent délaissés. Ils espèrent se faire entendre lors du Sommet de l'Elevage à Cournon près de Clermont-Ferrand, à partir de mercredi. Et que le ministre, qui doit s'y rendre, « ne va pas attendre la catastrophe pour préparer un plan de mesures ». 


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