Libre-échange L'UE finalise un accord commercial avec le Japon, un « signal » à Trump

AFP

Bruxelles et Tokyo ont finalisé vendredi l'accord commercial qu'ils négocient depuis 2013 juste avant une réunion au sommet de l'Organisation mondiale du Commerce (OMC), dans l'optique d'envoyer « un signal clair » au monde, en particulier à Donald Trump.

« La finalisation des négociations démontre la forte volonté politique du Japon et de l'UE de continuer à hisser haut le drapeau du libre-échange », se sont félicités le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker et le Premier ministre japonais Shinzo Abe dans un communiqué commun.

« L'UE et le Japon s'engagent à faire fonctionner l'économie mondiale sur la base de marchés libres, ouverts et équitables (...) valorisant pleinement nos valeurs, combattant la tentation du protectionnisme », ont souligné les deux hommes, qui se sont téléphonés dans la matinée. Ce discours vise tout particulièrement le président américain Donald Trump, dont la politique protectionniste et la remise en cause des règles commerciales multilatérales de l'OMC inquiètent ses partenaires.

Européens et Japonais ont d'ailleurs mis les bouchées doubles ces dernières semaines pour parvenir à finaliser cet accord avant une rencontre ministérielle de l'OMC de dimanche à mercredi à Buenos Aires.

« Importance énorme »

Dès son arrivée au pouvoir en janvier, Donald Trump avait retiré son pays du Traité transPacifique (TPP) signé avec 11 pays de la région Asie-Pacifique, dont le Japon, la troisième puissance économique mondiale. Les Japonais s'étaient alors recentrés sur les négociations avec l'UE, au point d'en faire une priorité, parvenant à s'entendre sur les grands principes de cet accord, ce que Bruxelles avait annoncé en grande pompe en juillet 2017.

« Cet accord à une importance économique énorme », a insisté vendredi la commissaire européenne au Commerce Cecilia Malmström. « C'est le plus gros accord commercial que l'UE ait jamais négocié ». L'UE est le troisième partenaire commercial du Japon, tandis que le Japon - 127 millions d'habitants - arrive en sixième position pour le Vieux Continent. L'accord doit maintenant être soumis aux Etats membres et au Parlement européen en vue d'une entrée en vigueur en 2019, a précisé Cecilia Malmström, sans faire référence à une éventuelle ratification par les parlements nationaux.

La question d'une ratification nationale des accords de libre-échange négociés au nom des Etats membres par la Commission fait débat dans l'UE. Bruxelles aimerait se contenter d'un feu vert du Parlement européen, mais certains pays tiennent à ce que ces accords, de plus en plus contestés, soient ratifiés par leur propre parlement, ce qui peut ralentir, voire remettre en cause, le processus.

Fromages contre voitures

Le texte tel qu'il a été finalisé ne comprend que des domaines de la compétence exclusive de l'UE, ce qui signifie qu'aucune ratification nationale n'est nécessaire sur le papier. Il ne comprend pas notamment la partie liée à la délicate question du règlement des différends entre Etats et investisseurs, sur laquelle l'UE n'est pas encore parvenue à s'entendre avec le Japon. Les discussions sur le sujet continueront « en début d'année prochaine » et pourront être réglées « à part », a affirmé Cecilia Malmström.

Les négociations sur le Jefta (Japan-EU free trade agreement) avaient été lancées en mars 2013 dans une quasi-indifférence, contrairement aux accords négociés par l'UE avec le Canada (Ceta) ou les Etats-Unis (TTIP/Tafta). Il a fallu attendre l'intensification des pourparlers en 2017 pour que des voix s'élèvent, comme celle notamment de l'ONG Greenpeace, qui a dénoncé des discussions menées « derrière des portes closes ».

Côté européen, le secteur agroalimentaire sort grand vainqueur des discussions, l'accord supprimant les droits de douane pour presque tous les produits alimentaires, mais parfois après une période transitoire. Les deux parties sont aussi parvenues à un compromis sur la question sensible des produits laitiers, et notamment des fromages importés des pays de l'UE, sur lesquels les lourdes taxes japonaises vont progressivement être réduites. Les Japonais obtiennent de leur côté un libre accès au marché européen pour leur industrie automobile, mais seulement à l'issue d'une période de transition de plusieurs années.


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