Pensions agricoles Le gouvernement sort de sa retraite

AFP

En reprenant à son compte mercredi une proposition de loi communiste sur les pensions agricoles, la majorité a relancé de façon inattendue la réforme des retraites, suspendue sine die par Emmanuel Macron à cause du coronavirus.

Agriculteurs de dosL'entourage du chef de l'État a fait savoir la semaine dernière que « certains pans de la réforme des retraites pourraient revenir, ceux qui concernent la justice sociale ». (©Budimir Jevtic/Fotolia) Enième rebondissement dans le feuilleton de la réforme des retraites : les députés de la majorité ont soutenu mercredi une proposition de loi à laquelle le gouvernement avait pourtant fait obstacle par le passé. Porté par le chef de file des élus communistes, André Chassaigne, ce texte visant à revaloriser les pensions de retraite des agriculteurs à 85 % du Smic avait été adopté à l'unanimité en première lecture en février 2017, sous la précédente législature. Mais l'exécutif avait ensuite fait échouer son adoption au Sénat en mai 2018, via une procédure de vote bloqué.

Ce qui ne l'avait nullement empêché d'inscrire la mesure dans sa réforme des retraites, qui prévoyait ainsi une pension minimum de 1 000 euros net pour les futurs retraités justifiant d'une « carrière complète » à partir de 2022, puis jusqu'à 85 % du Smic en 2025.

Adopté début mars en première lecture à l'Assemblée - après recours au 49-3 - le projet de loi était tombé dans les limbes à l'orée du confinement, lorsque Emmanuel Macron a décidé « que toutes les réformes en cours seraient suspendues » pour se concentrer sur « le combat contre l'épidémie » de Covid-19. Puis silence radio. Jusqu'à ce que l'entourage du chef de l'État fasse savoir la semaine dernière que « certains pans de la réforme des retraites pourraient revenir, ceux qui concernent la justice sociale ».

Traduction immédiate avec la proposition de loi Chassaigne, amendée par les Marcheurs pour coller à la vision présidentielle : les retraités agricoles auront donc tous droit à 85 % du Smic « à compter du 1er janvier 2022 », avec un « écrêtement » s'ils touchent d'autres pensions. Mécontent, le député communiste a dénoncé une « entourloupette » qui réduira « significativement le nombre de bénéficiaires ».

Contacté par l'AFP, le secrétaire d'État aux Retraites, Laurent Pietraszewski, « se félicite » au contraire de ce vote en commission et estime qu'un vote en séance publique le 18 juin « serait un signe de reconnaissance et un progrès social majeur ».

« Par la fenêtre »

Du côté des syndicats, c'est la stupeur qui prédomine. « Je n'étais pas au courant », affirment d'une même voix Frédéric Sève (CFDT), Pascale Coton (CFTC) et Dominique Corona (Unsa), qui ont participé à toutes les concertations sur le réforme depuis 2017. Pas surpris pour autant, Frédéric Sève considère que « tôt ou tard le sujet allait revenir par la fenêtre », même s'il « ne croi(t) pas à une reprise de la loi ».

Qu'à cela ne tienne, Pascale Coton se dit prête à « retravailler » le dossier, surtout « si ça peut permettre de partir à taux plein à 64 ans plutôt qu'à 67 », ou pour repêcher la majoration de 5 % dès le premier enfant. « Mais si c'est pour rediviser le pays, ce n'est vraiment pas le moment », met en garde Dominique Corona, qui redoute un retour de « l'âge pivot » ou de la suppression des régimes spéciaux.

Farouchement opposé au projet dans son ensemble, le secrétaire général de Force ouvrière, Yves Veyrier, a pour sa part été catégorique mercredi matin sur France Inter : « On met définitivement de côté, on abandonne ce truc là, qui était dramatique ».

Les longues semaines de grève et de manifestation qui ont paralysé le pays en décembre et janvier n'ont cependant pas refroidi les ardeurs réformatrices de la majorité. « La réforme n'a jamais été enterrée », assure le député LREM Guillaume Gouffier-Cha, rapporteur général du projet de loi, pour qui « la question maintenant, c'est comment et quand », avec un calendrier parlementaire encombré et des « échéances sénatoriales » en septembre.

« On souhaite garder la cohérence d'ensemble », ajoute sa co-rapportrice Cendra Motin, qui ne veut pas voir « des éléments vendus à la découpe pendant les textes budgétaires de l'automne ». Sauf qu'il faudra « faire face assez vite aux revendications des indépendants », et aux « problèmes de trésorerie importants des caisses autonomes », souligne leur collègue Jacques Maire.

Alors, stop ou encore ? Élu sur « une promesse de transformation », Emmanuel Macron « n'incarne pas l'immobilisme dans le regard des Français », affirme un conseiller ministériel, avant d'avouer que « personne ne sait ce que pense le président ».


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