Fnsea Xavier Beulin : « la rentrée s’annonce d’ores et déjà difficile »

Terre-net Média

Le président de la Fnsea, redoute les conséquences économiques de l’embargo décrété par la Russie sur les produits agricoles et agroalimentaires. Les mesures à adopter pour en atténuer les effets ne relèvent pas seulement du budget de la Pac.

Xavier Beulin, président de la Fnsea.Xavier Beulin, président de la Fnsea. (©Terre-net Média)

Pour la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles, la seule bonne nouvelle de la rentrée est politique. La composition du second gouvernement de Manuel Valls annoncée mardi 26 août conforte, selon Xavier Beulin, la politique de l’offre engagée depuis quelques mois par François Hollande, président de la République. « Les politiques keynésiennes de ces 30 dernières années nous desservent. Il faut redonner de la compétitivité aux entreprises pour produire plus et créer de l’emploi ». Et selon Xavier Beulin, l’agriculture a les moyens de s’inscrire dans cette politique de l’offre mais il faut lui donner les moyens de se moderniser, de favoriser la recherche et d’investir. La discussion au Parlement du projet de loi sur la transition énergétique sera l’occasion pour le syndicat de faire des propositions.

Dans l’immédiat, cette orientation devrait se concrétiser par une simplification « aux forceps » du traitement des dossiers d’investissements des agriculteurs (en divisant par deux la durée nécessaire) et des normes environnementales appliquées en France. « Nous voulons simplement un alignement sur celles décidées par la Commission européenne et rien d’autre », a rappelé Xavier Beulin.

La Fnsea redoute le jugement qui sera rendu par la cour de justice européenne qui pourrait, de nouveau, condamner la France et son gouvernement sur leur incapacité à réduire la teneur en nitrates d’un certain nombre de cours d’eau. Ce qui se traduirait par une extension géographique des zones vulnérables concernées par la directive nitrates et par un durcissement de la réglementation à appliquer qui en découlerait.

L'embargo dépasse largement le cadre de la Pac

Sinon, la rentrée agricole sera tendue en raison de la conjoncture de plusieurs facteurs économiques défavorables. La plupart des prix agricoles sont, pour des raisons différentes, en baisse depuis plusieurs mois. Les récoltes sont abondantes et les débouchés à l’export sont limités. Et depuis l’embargo commercial sur les produits périssables décrété par la Russie le 7 août dernier, l’avenir paraît bien obscur.

Mais Xavier Beulin ne veut pas sombrer pour autant dans la dramaturgie. Les prix des céréales baissent mais certains problèmes de qualité ne justifient pas les décotes observées actuellement sur les marchés. Les céréales françaises peuvent trouver des débouchés intéressants dans l’alimentation animale.

C’est davantage l’embargo russe qui est source d’inquiétudes car personne n’est en mesure d’en apprécier les conséquences. Outre les exportations de produits rendues impossibles et les pertes commerciales qui en découlent, Xavier Beulin redoute évidemment les effets par ricochet qu’engendre cet embargo avec le repli inévitable d’une partie des produits qui ne sont pas vendus vers les marchés intérieurs. Le président de la Fnsea a apprécié la réactivité de la Commission européenne qui a décidé de retirer du marché certains produits agricoles à commencer par des fruits. Mais la mesure doit être étendue à tous les produits concernés par ce boycott. Et dans ce cas de figure, son coût dépassera largement les 400 M€ budgétisés par la Commission européenne pour la financer. C’est pourquoi Xavier Beulin considère que le traitement économique de cet embargo de produits agricoles périssables doit être « traité avec des moyens complémentaires à la Pac » et relever entre autres du budget global de l’Union européenne.

Relations commerciales amont-aval

La situation actuelle oblige à davantage de vigilance. La Fnsea veillera à ce que la grande distribution ne soit pas tentée de faire davantage pression sur les prix des produits agricoles et agroalimentaires en arguant leur abondance et en mettant par conséquent en concurrence des produits qui n’ont pas été soumis aux même normes de production. Halte au dumping social en vigueur en particulier en Espagne! « De la production à la vente, il faut rendre coresponsables l’ensemble des acteurs de la chaîne de valeur ».    

Le président de la Fnsea estime aussi qu’une telle crise politico-économique conduit forcément à relancer le débat sur la nécessité de conduire et de financer des politiques publiques de stockage et de régulation. Elles seraient au final peu couteuses pour le contribuable européen compte tenu des taux d’intérêts actuellement en vigueur.

Mais surtout, Xavier Beulin s’étonne que la Commission européenne ne porte pas la question de l’embargo auprès de l’Organisation mondiale du commerce dont la Fédération de Russie est membre. Ce qui lui incombe d’en respecter au minimum les règles.


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