Loi Alimentation et réforme de la SNCF Un train législatif en double un autre, au détriment des agriculteurs

Terre-net Média

Le projet de loi Alimentation issu des Etats généraux devait être débattu à partir du 27 mars prochain à l’Assemblée nationale. Mais, doublé par la réforme de la SNCF, le texte ne sera au programme des députés que le 17 mai. En attendant, la FNSEA, qui réunit ses adhérents en congrès à Tours les 28 et 29 mars, veut afficher sa « volonté de rebond » pour « accompagner les démarches de progrès ».

Henri Bies-Pere, Christiane Lambert et Jérôme Despey, jeudi 22 mars 2018 lors d'une conférence de presse de la FNSEA.Henri Bies-Pere, Christiane Lambert et Jérôme Despey, jeudi 22 mars 2018 lors d'une conférence de presse de la FNSEA. (©Terre-net Média)

Dans le cadre du conflit social « dur » qui s’annonce à la SNCF, les cheminots auront-ils le soutien de l’opinion publique ? En tout cas, ils n’auront probablement pas celui des agriculteurs. Car un train législatif, aussi prioritaire soit-il aux yeux du Gouvernement, peut en cacher un autre. La « loi alimentation » présentée par le Gouvernement fin janvier 2018, très attendue par le monde agricole, devait ainsi être débattue à partir du 27 mars. Mais le Parlement dispose, non pas de doubles voies, mais d’une voie unique de débat. Et le projet de loi s’est fait doubler par celui de la réforme de la SNCF. Le texte issu des Etats généraux de l’alimentation censé permettre la prise en compte des coûts de production des agriculteurs n’arrivera donc sur les bancs de l’Hémicycle qu’à partir du 17 mai.

« Nous le regrettons vivement, d'autant que ce qui nous revient des négociations commerciales, au travers des enquêtes anonymes menées par différentes organisations, (c'est que) les négociations se sont très, très mal passées », a indiqué Christiane Lambert, présidente de la FNSEA, lors d’un point presse à Paris jeudi 22 mars. Selon elle, près d'une entreprise sur deux considère que les relations commerciales se sont dégradées par rapport aux autres années.

En quête de solutions dans tous les domaines

En attendant la mi-mai, la FNSEA veut « bouger » parce que « le monde bouge » ! Mercredi 28 et jeudi 29 mars à Tours, des centaines de représentants du syndicat majoritaire seront réunis en congrès annuel. Suite au décès de Xavier Beulin en février 2017, « ce sera le premier congrès pour la nouvelle équipe, mais aussi pour le président Macron et son ministre Stéphane Travert, qui viendra le clôturer », a expliqué la présidente du syndicat.

« Le climat agricole reste particulier. Et nous mesurons les séquelles des crises ayant touché plusieurs productions », a concédé Christiane Lambert. « Au Salon de l’agriculture, on a senti une ambiance de préoccupation exprimée les premier et le deuxième jours, et puis très vite, une ambiance positive, une ambiance de recherche de solutions. »

Décrivant des « situations psychologiques délicates, des agriculteurs qui décrochent, qui s'accrochent mais qui vivent des difficultés très fortes », notamment de trésorerie, la présidente de la FNSEA a rappelé l'annonce par Emmanuel Macron du dispositif d'accompagnement et de préretraites et installations de jeunes agriculteurs. « Nous espérons que Stéphane Travert nous apportera quelques précisions la semaine prochaine. »

Ceci dit, la FNSEA pourrait reprendre ou détourner à son compte quelques slogans de la SNCF – « le progrès ne vaut que s'il est partagé par tous » ou encore « donner à la FNSEA des idées d’avance » - tant le syndicat veut « bouger » et faire bouger l’agriculture. Six thématiques seront mises en exergue lors du congrès avec, pour chacune d’elles, des personnalités extérieures invitées à débattre : la construction du prix, la montée en gamme, le « contrat de solutions » défendu par le syndicat, le changement climatique, le numérique et, enfin, la compétitivité et la Pac. Dans chaque domaine, « l’objectif est de s’aérer le cerveau avec des pistes pour s’en sortir ».

Signe que la démarche positive de la FNSEA vers des solutions porte ses fruits : son « contrat de solutions », présenté fin 2017 et détaillé aux « 10 ministres venus sur le stand de la FNSEA au Salon de l’agriculture », sera signé par quatre d’entre eux – Stéphane Travert (agriculture), Nicolas Hulot (transition écologique), Agnès Buzyn (santé) et Frédérique Vidal (enseignement supérieur, recherche et innovation) – en juin prochain.

« À nous de vous faire préférer la FNSEA »

Outre le débat parlementaire décalé sur le projet de loi Alimentation, la FNSEA se prépare aussi à une autre échéance cruciale : les élections des chambres d’agriculture en janvier 2019. Le syndicat n’entend pas seulement défendre son bilan. « Nous avons un match à jouer. Il a lieu tous les six ans. Nous voulons donner cette envie à nos agriculteurs pour les accompagner vers la victoire. »

La rhétorique sportive empruntée par Christiane Lambert n’est pas anodine. Pour « développer la culture de la gagne », le syndicat a convié, pendant le congrès, Marc Lièvremont, joueur, entraîneur et ancien sélectionneur du XV de France, pour faire des participants des « premiers de cordée pour tirer l’ensemble de la profession vers le haut ».


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