A quelques minutes, du petit bourg de Riec-sur-Bélon, dans le sud du Finistère, un grand hangar en bois héberge une étable pour 25 vaches laitières, mais aussi les ateliers de transformation du lait en yaourt, le moulin pour moudre le blé et le four à pain.
« On fait tout : du grain de blé au pain, et de l'herbe jusqu'au pot de yaourt », explique Fabien Pommier, ingénieur agronome de formation, en faisant visiter la ferme de Kerdudal.
Avec ses associés Romain Thomas, 43 ans, et Jean-Marie Guern, 38 ans, ils ont tout réfléchi pour vivre de leur métier « correctement, tout en ayant du temps à côté », souligne-t-il.
La production de yaourts permet ainsi de valoriser le lait à 3 euros le litre contre 50 centimes par litre seulement avant transformation.
En démarchant les cantines des crèches, écoles, collège, lycée et maisons de retraite à 30 km à la ronde, les associés ont en outre trouvé un débouché stable à leur production de 35 tonnes de yaourts et 750 kg de pain par an.
Cela a même convaincu les banques de financer leur installation.
Dix ans après la création de la ferme, 90 % des yaourts et 50 % du pain sont écoulés auprès d'une vingtaine de restaurants collectifs. Le reste est écoulé en vente directe à la ferme ou par le réseau des Biocoop et des Amaps (Association pour le maintien d'une agriculture paysanne).
« Vivre, dégager du temps pour nous »
Grâce à ce système, les associés « paysans » parviennent à se dégager un revenu de plus de 2 000 euros par mois pour 45 heures de travail hebdomadaire et six semaines de vacances par an. « Cette année, on va essayer sept semaines », sourit même Fabien.
« On revendique ce côté-là : de vivre, de dégager du temps pour nous », abonde Romain. Pour ne pas être « aliéné par la transformation », la production de lait et de pain est d'ailleurs interrompue pendant les vacances scolaires, précise-t-il.
« On a voulu faire un outil où on ne se casse pas la santé », ajoute Fabien.
Les vaches ne sont traites qu'une fois par jour et vêlent en été pour pouvoir reprendre la production de lait lors de la rentrée scolaire de septembre.
Grâce à la bonne santé de la ferme, deux salariés ont été embauchés. De plus, avec leur modèle basé sur les circuits courts, Fabien, Romain et Jean-Marie sont à l'abri des soubresauts internationaux qui affectent l'agriculture française (guerre en Ukraine, Traité de libre-échange avec le Mercosur, etc.).
« C'est une ferme collective, originale, ça correspond au modèle de vie que les jeunes veulent », souligne Bastien Moysan, secrétaire national de la Confédération paysanne.
Le syndicat agricole a inauguré dans cette exploitation bretonne son « salon à la ferme » - sorte de salon alternatif au Salon de l'Agriculture parisien - pour montrer les moyens dont disposent les maires pour soutenir l'agriculture paysanne, à l'approche des élections municipales.
« La restauration collective est un des leviers pour retrouver de la valeur ajoutée », estime M. Moysan. « On veut inciter les élus à aider ce genre d'installations. »