À l'issue d'une réunion à Matignon, le président de l'organisation, Arnaud Rousseau, a dit espérer voir « clarifier » les détails de ces « mesures d'urgence attendues qui sont rappelées depuis très longtemps par la FNSEA ». Il a mentionné les dossiers sanitaire, de la viticulture, de la taxe carbone aux frontières, mais aussi les décrets d'application de la loi Duplomb qui prévoit notamment des mesures de simplification administrative en faveur de la profession.
« Nous lui avons rappelé ce qui compte aujourd'hui, ce ne sont plus les mots, mais les actes », a asséné Arnaud Rousseau, alors que la mobilisation du monde agricole est repartie depuis la fin des fêtes.
Les annonces gouvernementales ont jusque-là été jugées insuffisantes pour répondre aux multiples crises auxquelles les agriculteurs font face : épizootie de dermatose nodulaire contagieuse (DNC) chez les bovins, faible cours du blé et prix élevé des engrais, menace d'une concurrence accrue des pays latino-américains du Mercosur...
Mardi soir, Arnaud Rousseau a répété que l'accord UE-Mercosur, qui semble devoir franchir des étapes décisives dans les prochains jours, représentait « le symbole de ce que nous ne voulons pas pour l'agriculture européenne ». Plus tôt mardi, l'UE a promis une rallonge budgétaire de 45 milliards d'euros dès 2028 dans la future politique agricole commune (Pac), à la veille d'une réunion spéciale des ministres de l'agriculture à Bruxelles, visant à répondre aux « préoccupations » du secteur.
Cette annonce ressemble à une ultime concession avant la signature de l'accord de libre-échange avec le Mercosur, envisagée le 12 janvier. Le président Emmanuel Macron s'est réjoui de cette rallonge, estimant que la France pourrait « ainsi garantir le maintien du niveau actuel de ces aides jusqu'en 2034 », dans un message sur X (ex-Twitter).Ursula von der Leyen a besoin au préalable du feu vert des États membres, lors d'un vote attendu dès vendredi.
« Nous avons redit clairement au Premier ministre que pour nous il n'était pas question qu'on puisse accepter quoi que ce soit sur cet accord qui est encore une fois un accord mal né », a martelé Arnaud Rousseau mardi soir.
Il a dit sa méfiance vis-à-vis des annonces de Bruxelles sur la future Pac et indiqué avoir demandé des précisions à Sébastien Lecornu. « Nous allons attendre de voir ce week-end ce qui se passe, et si le Mercosur devait être signé, évidemment nous appellerions à de nouvelles mobilisations », a mis en garde le président de la FNSEA.
Pour la Confédération paysanne, également reçue par le Premier ministre mardi, ces mesures « ne sont pas structurelles (...) pour nous, il faut que la France reste sur un "non" ferme et définitif » à l'accord UE-Mercosur, a déclaré à l'AFP une porte-parole du syndicat, Fanny Métrat, à sa sortie de Matignon.
Le syndicat a répété à Sébastien Lecornu son rejet de l'abattage total des troupeaux de vaches touchés par la DNC, sans obtenir gain de cause, a-t-elle concédé, en prévenant que la colère du monde agricole restait « immense » et que la mobilisation se poursuivrait, notamment lors du Salon de l'agriculture prévu fin février.